EELV annonce sa participation à un "meeting contre l’islamophobie" controversé puis s’en retire

Publié à 17h36, le 27 février 2015 , Modifié à 11h34, le 03 mars 2015

EELV annonce sa participation à un "meeting contre l’islamophobie" controversé puis s’en retire
La direction d'Europe Ecologie-Les Verts, au congrès de Caen, le 30 novembre 2013 © CHARLY TRIBALLEAU / AFP
Image Ghislain de Violet


C’est un cafouillage révélateur des vifs débats qui traversent Europe Ecologie-Les Verts (EELV) sur les questions de laïcité, d’intégration et de discrimination.

Jeudi 19 février, une tribune publiée sur Mediapart annonce la tenue d’un "Meeting contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire" le 6 mars à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Parmi les signataires de cet appel censé faire suite aux attentats de janvier, des associations communautaires ou de défense des minorités et des formations politiques, comme le Parti communiste (PCF), Ensemble (parti affilié au Front de gauche) le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et EELV donc.

Le projet suscite toutefois des remous dans les rangs écologistes. La présence au meeting d’organisations comme le Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF), Les Indivisibles, mais surtout les Indigènes de la République et l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) agite le fil de discussion interne d’EELV, à l’initiative notamment de Pierre Minnaert (voir son mail ci-dessous).

Dans ces échanges de courriers, que le Lab a pu consulter, le délégué du parti et d'autres responsables des Verts remettent en cause la décision de la "Commission transnationale", un organe interne du mouvement, d’avoir apposé la signature d’EELV au côté d’organisations souvent décriées pour leur hostilité revendiquée à la laïcité.

Si les écolos n’ont pas forcément applaudi les annonces sécuritaires de Manuel Valls après les attentats contre Charlie Hebdo, l’animosité que ces groupes militants ont pu exprimer face aux caricatures du magazine, souvent présentées comme islamophobes, les attaques des Indigènes de la République contre une société taxée de racisme ontologique contre les immigrés ou encore les accointances de l’UOIF avec les Frères musulmans passent mal. Dans les échanges de mail auxquels le Lab a eu accès, un conseiller fédéral d'Europe Ecologie explique ainsi :

Ces mouvements ont assorti leur condamnation des récents attentats de toutes sortes d'explications en forme de justifications; ils ont dénoncé les manifestations du 11 janvier. On peut, on doit trouver des initiatives unitaires pour exprimer notre refus des violences racistes, des discriminations dont sont victimes dans notre pays les personnes d'origine ou de culture musulmane sans se compromettre avec des alliés aussi sulfureux.

Lors de sa réunion du mardi 24 février, le Bureau exécutif du parti (l’organe de décision) décide donc d’annuler la participation d’EELV au rassemblement (même si le nom de la formation n'avait pas encore été retiré de l'appel ce vendredi 27 février).

Contacté par le Lab, François de Rugy précise d’ailleurs que "ceux qui avaient donné notre signature pour cet événement n’étaient pas habilités à le faire". Le chef des députés écolos dit voir dans ce raté l’opportunité pour son parti de clarifier sa conception de la laïcité et de la République :

Il y a une gêne d’un certain nombre de gens de gauche qui cultivent une sorte de mauvaise conscience liée au passé colonial de la France. Ce qui fait qu’on en vient parfois à accepter les discours insupportables d'organisations pour qui les discriminations justifieraient quelque part la radicalisation des jeunes et in fine les attentats. C’est le moment ou jamais de trancher une bonne fois ces débats entre nous.

Le mail de Pierre Minnaert, qui a lancé la discussion autour de la participation des Verts au meeting :




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