Le rapporteur socialiste de la loi pénale accuse le Figaro de "désinformation" et de faire "campagne contre la réforme Taubira"

Publié à 15h30, le 29 mai 2014 , Modifié à 08h11, le 30 mai 2014

Le rapporteur socialiste de la loi pénale accuse le Figaro de "désinformation" et de faire "campagne contre la réforme Taubira"
Maxppp

D'un côté, le Figaro qui s'interroge sur un débordement d'un député socialiste à propos de la délinquance sexuelle. De l'autre, le même député socialiste qui accuse Le Figaro d'avoir déformé ses propos, et qui se défend de toute complaisance à l'égard des délinquants sexuels. Que s'est-il passé entre Dominique Raimbourg et le Figaro ? Le Lab vous refait le fil.


Le 27 mai, le journal s'interroge: Dominique Raimbourg, rapporteur de la loi Taubira, a-t-il dérapé ? Dès l'introduction de l'article, est expliqué en quoi le député socialiste aurait été imprudent :


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Le député PS Dominique Raimbourg, qui présentait lundi devant la presse les cas d'application de la nouvelle 'contrainte pénale', a expliqué que des attouchements dans le cadre familial ne justifieraient pas la prison.

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Le récit se fait ensuite plus précis. En prenant bien soin de préciser que son journaliste était présent à la conférence de presse de Dominique Raimbourg, Le Figaro cite des propos du rapporteur qui peuvent laisser pantois. Voici un extrait de l'article :


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'Il y a des infractions sexuelles qui ne signalent pas un ancrage dans une délinquance particulière'. La contrainte pénale pourra donc concerner, par exemple, 'un oncle qui, à la fin d'un repas de famille un peu alcoolisé, a un geste déplacé envers sa nièce'.


Mais, dit-il, 'des personnes qui agressent sexuellement des femmes la nuit, c'est grave et cela peut justifier l'incarcération'.

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Indignation d'un syndicat de policier dans le même article, qui y voit là un message "d'indulgence" à l'égard des délinquants sexuels. Très vite, la polémique monte, et certains politiques de droite n'hésitent pas à rebondir dessus, comme Eric Ciotti :



L'article du Figaro est également relayé par des sites proches de l'extrême-droite (dont nous ne donnerons pas les liens volontairement). Chrétienté.info estime ainsi que Raimbourg juge "pas graves" les attouchements sexuels sur mineurs. Boulevard Voltaire raconte une réunion de famille fictive lors de laquelle un oncle a "la main balladeuse" avec sa nièce, avec cette conclusion toute en subtilité :


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Même si la petite allait rapporter la scène à ses parents, même si ces derniers portaient plainte pour attouchements sur mineur de moins de 15 ans, bientôt, grâce à la loi Taubira, tonton – coup dans le pif ou non – ne risquera plus rien… C’est ce qu’on apprend dans Le Figaro.

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Un petit tour sur les mentions de Dominique Raimbourg sur Twitter suffit à constater l'indignation de quelques lecteurs de ces sites. Mais Dominique Raimbourg se défend. Il assure avoir simplement distingué deux types d'agressions sexuelles, et donc de peines :



Dénonçant des "attaques immondes" et un "article mensonger", Dominique Raimbourg cite et retweete d'autres journalistes présents à sa conférence de presse, prenant sa défense :



Au Lab, Dominique Raimbourg précise ce qu'il a voulu dire lors de cette conférence de presse :


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J'ai cité trois exemples de délinquance. Le voleur à l'étalage, le marin qui embrasse une jeune fille sur la joue de force, et l'oncle qui a un geste déplacé envers sa nièce. J'ai simplement rappelé que ce n'était pas le même type de délinquance.



Au cours d'un repas de famille, un oncle alcoolisé qui a un geste déplacé envers une nièce, ce n'est pas un ancrage dans la délinquance. C'est grave, c'est une aggression sexuelle. Mais ce n'est pas le même type de délinquance qu'un homme qui viole une femme dans la rue. 

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Et Dominique Raimbourg d'accuser le Figaro de "désinformation" :


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C'est une campagne de lutte contre la réforme pénale. C'est une phrase retirée de son contexte. 

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Le journaliste du Monde Franck Johannès prend également la défense de Dominique Raimbourg, accusant son confrère du Figaro d'un "résumé parfaitement venimeux", "pas très propre". Sur son blog, Johannès parle "d'un petit bout de phrase" a été "sorti de son contexte". Pas si étonnant selon ce dernier, qui accuse Le Figaro de "mener campagne" contre Christiane Taubira. 

Du rab sur le Lab

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