Publié à 11h58, le 06 août 2014 , Modifié à 09h11, le 07 août 2014

Non, le RPR de Jacques Chirac ne renaît pas de ses cendres

© TORREGANO/SIPA

Fin juillet, on apprenait que des membres du Rassemblement pour la France (RPF) de Christian Vanneste avaient déposé, en début d’année, le nom du Rassemblement pour la République (RPR). Le nom et le logo de l’ancien parti de Jacques Chirac étaient ainsi devenus la propriété du RPF. Une renaissance qui avait un intérêt politique : le candidat du RPF dans le Vaucluse pour les prochaines sénatoriales, François Vaute, sera soutenu par le RPR.

Ravi de son coup, Igor Kurek, secrétaire général du RPF, expliquait le 24 juillet à La Provence pourquoi son parti déterrait ainsi le RPR. L’objectif était clair : "récupérer le noyau dur de l'UMP" et rassembler les "familles gaullistes dispersées et déboussolées".

Sauf que l’initiative est moins claire qu’il n’y parait.

En 2002, le RPR a été absorbé par l’UMP. Mais sa dissolution n’ayant jamais déclarée, le parti reste officiellement actif. Voici ce qu’écrit la Préfecture de police de Paris, où sont enregistrées les associations :

À ce jour, aucune déclaration de dissolution n’a été déclarée auprès de nos services.

Pourtant, un RPR a bien été "créé" auprès de la préfecture de Paris le 26 juin 2014 par les membres du RPF de Christian Vanneste. Comment ? Attention c’est subtil : ils ont lancé Le Rassemblement pour la République et non Rassemblement pour la République. C’est un détail, un article, "le" en l’espèce, qui fait toute la différence.

Voici les statuts de "Le Rassemblement pour la République" :

  Statuts



Sur le site r-p-r.fr géré par le RPF en revanche, c’est bien le nom "Rassemblement pour la République" qui est affiché. Le logo, la croix de Lorraine, côtoie le visage de Charles Pasqua. Ce qui n’a rien d’anodin car il existe… deux RPF : celui de Christian Vanneste – auquel appartient Igor Kurek - et celui créé en 1992 par Nicolas Stoquer, et dirigé un temps par Charles Pasqua. Vous suivez toujours ?

Au RPF créé par Nicolas Stoquer, on n’est pas franchement ravi de cette récupération du RPR. Contacté par Le Lab, le président Sébastien Nantz ne cache pas son énervement :

Le RPF de Christian Vanneste n’en est pas à son premier coup. Il avait déjà essayé de récupérer le logo de Florian Philippot (FN, ndlr) pour les municipales, la croix de Lorraine entourée des flammes du Front national. Ces gens-là sont d’extrême-droite. Moi je suis gaulliste.

Une référence aux polémiques initiées par Vanneste comme celle en 2012 sur - ce sont ses mots - "la fameuse légende de la déportation des homosexuels".

Le malaise ne se cantonne cependant pas au RPF. Alain Dufaut, sénateur UMP du Vaucluse, s’est ému de la récupération du RPR par le RPF de Vanneste auprès de… Charles Pasqua, cofondateur avec Nicolas Stoquer et ancien président du RPF. Dans une lettre adressée au sénateur le 1er août et consultée par Le Lab, Pasqua s’étonne du "comportement du dénommé Igor Kurek" qui "prétend récupérer le sigle RPR". Mais il signifie également à Alain Dufaut qu’il a d’autres chats à fouetter : 

Ceci ne me concerne pas car le mouvement que nous avons créé s'appelle 'Rassemblement pour le France et l'Indépendance de l'Europe'. Monsieur Kurek n'y appartient pas. D'autre part, je lui dénie formellement le droit de parler en mon nom et je précise qu'il n'est pas un de mes proches et qu'il ne l'a jamais été !!!

Voici l’intégralité de la lettre de Charles Pasqua :



À l’inverse, au RPF de Christian Vanneste, on estime que "le RPR n’appartenait plus à personne". Joint par Le Lab, l’ancien député du Nord salue cette initiative de rachat du RPR. Cela lui rappelle ses premiers pas en politique, au sein d’un parti créé par Jacques Chirac "quand il y avait une droite républicaine, nationale et libérale", dit-il. Il ajoute :

C’est évident que, dans le marasme actuel de l’UMP, il faut qu’on soit clair au niveau de la ligne gaulliste.