À Alger, Emmanuel Macron qualifie la colonisation française de "crime contre l’humanité"

Publié à 16h43, le 15 février 2017 , Modifié à 19h00, le 16 février 2017

À Alger, Emmanuel Macron qualifie la colonisation française de "crime contre l’humanité"
Emmanuel Macron était en déplacement à Alger les 13 et 14 février. © STRINGER / AFP
Image Victor Dhollande-Monnier


Pour tout candidat à la magistrature suprême, le déplacement en Algérie fait partie des passages obligés dans la campagne. Emmanuel Macron n’a pas échappé à la règle en se rendant deux jours, lundi 13 et mardi 14 février à Alger. Le candidat d’En marche ! a notamment rencontré des hauts dirigeants. Il en aussi profité pour faire quelques télés.

Invité à évoquer les relations franco-algériennes ce mardi 14 février, l’ancien ministre de l’Economie n’a pas mâché ses mots. Pour lui, la colonisation est "une vraie barbarie". Il explique à la télé algérienne Echorouk News :

La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. En même temps, il ne faut pas balayer  tout ce passé […] ll y a une jolie formule qui vaut pour l’Algérie : "La France a installé les droits de l’homme En Algérie. Simplement, elle a oublié de les lire".

Retrouvez cet extrait ici en vidéo :





En novembre 2016 pourtant, tout en critiquant la colonisation, il reconnaissait que des "éléments de civilisation" l'avaient accompagné. Il disait au Point

Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un Etat, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie.

En juin, alors qu’il était encore le patron de Bercy, il avait également évoqué le rapport de la France à son "histoire coloniale".Mais sans aller aussi loin et aussi fort que mardi 14 février. "En espérant enfouir une histoire qu'on a jugé honteuse, on s’est éloigné et désintéressé de l’Afrique", affirmait-il. 

Après de nombreuses réactions indignées, notamment chez LR et au FN, Emmanuel Macron a tenu à préciser sa pensée sur la colonisation jeudi 16 février sur sa page Facebook. "Sommes-nous aujourd'hui condamnés à vivre à jamais dans l'ombre de ce traumatisme pour nos deux pays", s'est d'abord interrogé le candidat d'En marche ! Et d'expliquer : 



Il est temps de clôturer ce deuil. Il faut pour cela avoir le courage de dire les choses, et de ne céder à aucune simplification [...] Dire que la colonisation a entraîné la négation du peuple algérien. Que cela a produit une guerre, qui n'était pas digne de la France. Parce que des actes inhumains, de la barbarie, de la torture ont été commis. A tous nos anciens combattants, je veux ici dire : "Vous êtes nos enfants. Les enfants de la France". Les enfants d'un Etat qui doit assumer ses responsabilités. Mes propos n'étaient pas destinés contre vous. En rien. C'était simplement de reconnaître une responsabilité de l'Etat français. Nous ne devons pas nous dérober.

Cette position le différencie fortement de ses deux principaux adversaires du moment, Marine Le Pen et François Fillon. En 2013, la présidente du Front national s’était déclarée favorable à l’enseignement de la colonisation mais sans en oublier les "aspects positifs". "La colonisation  est systématiquement abordée dans notre pays dans un aspect résolument négatif, et cet apprentissage doit faire l'objet d'un rééquilibrage pour que les enfants puissent en percevoir la complexité, les aspects négatifs, probablement, mais également les aspects positifs", expliquait-elle à l’époque.

François Fillon refuse toute repentance lui aussi. "Non, La France n'est pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord", déclarait-il le 28 août dernier à Sablé-sur-Sarthe.

Finalement, Emmanuel Macron se rapproche beaucoup de la position de François Hollande sur le sujet. En visite en Algérie au début de son quinquennat, le chef de l’Etat avait reconnu les "souffrances" infligées par la colonisation. Mais il n'était pas allé jusqu'à présenter "des excuses". 





[Edit 16/02 à 18h51] Ajout déclarations d'Emmanuel Macron 

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