Anne Hidalgo vous offre quatre minutes de fessée verbale adressée à Emmanuel Macron

Publié à 09h19, le 13 juillet 2016 , Modifié à 09h32, le 13 juillet 2016

Anne Hidalgo vous offre quatre minutes de fessée verbale adressée à Emmanuel Macron
Anne Hidalgo © BERTRAND GUAY / AFP

PAN PAN CUL NU - Dernièrement, Anne Hidalgo montrait son désintérêt le plus total pour le cas Emmanuel Macron. "J'en ai rien à battre", avait-elle sobrement indiqué en direct à la télévision. Mais il semblerait que cela soit légèrement plus compliqué que cela. Si la maire (PS) de Paris ne vibre pas aux moindres tribulations du ministre de l'Économie, elle n'en demeure pas moins une observatrice attentive de ce qui se passe du côté du gouvernement en prévision de 2017. Et autant préciser tout de suite qu'elle a énormément de choses à redire à propos de la démarche de plus en plus claire d'Emmanuel Macron pour la prochaine présidentielle.

Mardi 12 juillet à la Mutualité, à Paris, ce dernier a tout fait pour signifier qu'il était candidat déjà en campagne, sans pour autant prononcer les mots magiques qui lui auraient à coup sûr coûté son poste. "Imaginez où nous serons dans trois mois, dans six mois, dans un an ! […] Ce mouvement, personne ne l’arrêtera, nous le porterons ensemble jusqu’en 2017 et jusqu’à la victoire !", a-t-il par exemple assuré à ses supporters (et, indirectement, à François Hollande), se disant à la tête d'un mouvement qui "inquiète le système" et veut porter "l'espoir" face à "l'ennemi" qu'est "la peur". Ce qui, avouons-le, ne peut pas être interpréter de 36 manières différentes. 

Et c'est là qu'on en revient à Anne Hidalgo. Sur France Inter ce mercredi, elle se fend de quatre grosses minutes de mise à l'amende totale d'Emmanuel Macron. Quatre minutes, c'est long. Surtout lorsque le propos est aussi violent. Jugez plutôt :

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Je suis quand même un peu étonnée, si vous voulez... Quelqu'un qui se présente comme 'antisystème', qui a été un énarque, qui vient d'une banque d'affaires, qui a été quand même conseiller du président de la République et qui a mis [en oeuvre] une bonne partie de la politique économique du pays - qui n'a pas produit les effets, qui était plutôt en soutien de l'austérité et de ce qui se passait à l'échelle européenne. Je suis un peu surprise qu'un personnage en plus sans trop de loyauté vis-à-vis de ceux qui l'ont aidé... Bon. Mais c'est leur affaire hein, moi j'essaye toujours de m'entourer plutôt de gens qui sont impliqués, concernés. Moi je considère que quand on a une responsabilité, on doit faire ce pourquoi on a été élu. Il est ministre de l'Économie, il s'occupe pas beaucoup de l'économie du pays, donc voilà...



[...] Je suis un peu surprise qu'on continue à produire, dans notre système médiatico-politique - parce qu'il est totalement dans notre système médiatico-politique -, des espèces de personnages qui, parce qu'ils auraient une certaine énergie, une volonté de tuer le père, la mère et les frères et soeurs, que finalement on crédite cela. [...] Je suis un peu surprise qu'on continue à mettre en avant ce type de profils. Moi j'ai pas entendu le début du commencement d'une idée. Il est quand même le pur produit d'un système, un système très français, un système de reproduction d'élites. Il est totalement, pour ceux qui s'intéressent à Bourdieu, la caricature de ce que Bourdieu décrit comme étant une des faiblesses, un des maux de notre société, de notre pays, à savoir cette reproduction des élites qui un jour arrivent et qui nous expliquent qu'ils sont hors système.



[...] Le pays a besoin d'un nouveau souffle, de renouer avec la démocratie avant même des femmes et des hommes, des gens qui se prennent pour des femmes et des hommes providentiels. Je crois qu'on est dans une crise démocratique profonde, les idées sont plus importantes que celles et ceux qui vont les incarner. Et dans celles et ceux qui incarnent des idées, il vaut mieux partir sur des femmes et des hommes qui ont une densité, qui ont compris aussi le jeu collectif, qu'on est rien tout seul, qu'il vaut mieux travailler avec des femmes et des hommes compétents autour de soi et partir du fond plutôt que de partir des egos et des caricatures que l'on peut voir et qui sont les productions d'un système médiatico-politique qui n'a pas bien fonctionné ces dernières années.

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"La première des responsabilités de toute femme et homme politique, c'est quand même de respecter ce pourquoi il a été ou élu ou désigné", estime-t-elle encore, désireuse de voir un "ministre de l'Économie qui s'occupe un peu mieux d'économie qu'il ne le fait aujourd'hui, parce que pour le coup, il y a une grande absence française sur ce plan-là". Elle ajoute enfin que "c'est surtout la droite qui considère qu'il est intéressant", même si Emmanuel Macron répète qu'il est "de gauche" et "dans un gouvernement de gauche".

Voilà, c'était la séance de fessée verbale du jour. 



[BONUS TRACK] 

Anne Hidalgo n'est pas la seule à avoir ironisé sur le caractère prétendument "antisystème" d'Emmanuel Macron et de son mouvement. À gauche et à droite aussi, y compris au gouvernement, ce passage du discours du ministre de l'Économie, anciennement secrétaire général adjoint de la présidence de la République et conseiller de François Hollande, après avoir été banquier d'affaires chez Rotschild, fait doucement rigoler tout le monde. 

Sur France Info, la ministre du Logement Emmanuelle Cosse s'est refusée à dire trop de méchancetés sur son collègue. "Ce meeting, ça dit une envie d’une politique qui se modernise, qui s’affronte aux réalités économiques et aux difficultés. [...] Il attire des gens qui sont un peu éloignés de la politique et je pense qu’il faut regarder ça très positivement", a-t-elle fait valoir. Avant tout de même d'ajouter :

 

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Après, je vous cache pas que j’ai trouvé un peu facile les critiques anti-système quand on est totalement né du système.

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Le député LR Benoist Apparu, lieutenant d'Alain Juppé, a lui aussi fustigé ce positionnement macronien contre le "système" :

 

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