Attentat à Nice : ces élus qui plaident pour un état d'urgence "permanent"

Publié à 08h45, le 15 juillet 2016 , Modifié à 10h53, le 15 juillet 2016

Attentat à Nice : ces élus qui plaident pour un état d'urgence "permanent"
Olivier Falorni et Éric Ciotti © Montage Le Lab via AFP

Après l'attentat de Nice, qui a fait au moins 84 morts jeudi 14 juillet, François Hollande a rapidement annoncé que l'état d'urgence, qui devait être levé le 26 juillet après la fin du Tour de France, serait finalement "prolongé de trois mois". Un projet de loi doit prochainement être soumis au vote des parlementaires pour ce faire. Olivier Falorni, député (Radical) de Charente-Maritime, est favorable à cette prorogation. "C'est nécessaire mais je pense que ce n'est pas suffisant", estime-t-il néanmoins, proposant que cet "état d'exception" devienne "permanent", et ce "tant que nous aurons une guerre à mener".

[Les réactions politiques au fil de cette journée sont à retrouver dans notre suivi en direct des événements.] 

L'ancien élu socialiste (exclu du PS pour dissidence aux législatives de 2012) et membre de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015 en France, réagit sur RTL vendredi 15 juillet à cette attaque terroriste, ce camion qui a foncé dans la foule sur la promenade des Anglais à Nice en écrasant les gens sur son passage. Sur l'état d'urgence, il dit :

 

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Je crois qu'aujourd'hui, il faut acter le fait que l'état d'urgence dans ce pays ne peut plus être un état d'exception et qu'il doit devenir un état permanent tant que nous aurons une guerre à mener. Je crois que vraiment il faut qu'aujourd'hui, les Français prennent la mesure - et malheureusement je crois que ce matin ils prennent cette mesure - que nous devons mener une guerre avec des mesures qui sont certes d'exception mais qui devront se prolonger pendant des mois et des mois.

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En fin d'interview, il martèle : "Je vous dis qu'aujourd'hui, l'état d'urgence doit être un état permanent." Il assume la nécessité, pour cela, de "changer la loi" et argumente :

 

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Le pays des droits de l'homme, aujourd'hui, il est frappé au cœur et vous savez, la liberté on en parle beaucoup, mais c'est la sécurité qui est la première des libertés. Et si l'on veut assurer notre liberté donc notre sécurité, il faut nous adapter.

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> À lire : Le président de la commission d'enquête sur les attentats sidéré de n'avoir pas été entendu par l'exécutif

Sur France Info, le député LR Éric Ciotti a lui aussi défendu cette position. "On a baissé la garde", a estimé celui qui aspire à devenir ministre de l'Intérieur en cas de victoire de Nicolas Sarkozy en 2017. Et d'ajouter :

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Ce qui me frappe, c’est qu’une fois de plus, on réagit après un drame. C’est toujours le même scénario : l’émotion, la communication, la réaction et ensuite la banalisation. Pourquoi [François Hollande] a-t-il annoncé hier qu’on levait l’état d’urgence ? Nous avons eu trois textes de loi pour approuver l’état d’urgence à l’Assemblée nationale : après le 13 novembre, en février et en mai. Chaque fois, personnellement, j’ai demandé que l’état d’urgence soit prolongé. Nous devons être dans un état d’urgence permanent parce que la menace, elle est permanente, elle est maximale.

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François Fillon, de son côté, n'a pas explicitement formulé la même proposition, mais a considéré que l'état d'urgence "ne suffit pas" à assurer la sécurité du territoire et des Français. "Il faut utiliser tous les instruments de notre droit, et en particulier de notre Code pénal, pour prévenir au maximum des attentats comme celui qui vient d'être commis", a fait valoir l'ancien Premier ministre, sans préciser à quoi il faisait référence exactement.

Entre temps, Olivier Falorni avait aussi considéré "qu'on peut s'interroger sur la capacité d'un État à faire face à ce genre d'attaque", avec un mode opératoire encore jamais vu sur le territoire Français. Il développe :

 

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Dans le cadre de la commission d'enquête, nous avons rencontré les services de sécurité israéliens et américains, qui sont réputés comme les meilleurs au monde. Ils nous ont dit [que] malgré toutes nos qualités, nous n'empêcherons pas des attentats. Et quelques jours après, s'est déroulé Orlando et en Israël, se produisent des attentats très régulièrement. Effectivement, nous devons mettre tous les moyens de l'État pour lutter contre le terrorisme et ça a été l'objet du rapport de notre commission d'enquête, nous avons fait des propositions. Simplement, nous avons entendu à l'occasion de cette commission d'enquête le directeur de la DGSI qui nous indiquait encore récemment qu'il pourrait y avoir de nouvelles modalités d'action, de nouvelles modalités d'attentats, et notamment à travers des véhicules, des voitures, des camions qui pourraient utiliser l'explosif. Ça n'a pas été le cas aujourd'hui, il n'y avait pas d'explosifs, mais on voit bien qu'il y a de nouvelles techniques qui sont aujourd'hui des actes de guerre très clairs. Et si certains avaient oublié que nous étions en état de guerre, l'événement tragique d'hier soir le rappelle tragiquement.

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Interrogé sur les "mesures" supplémentaires à mettre en oeuvre dans le cadre de cet "état d'urgence permanent" qu'il appelle de ses voeux, Olivier Falorni estime qu'il "faut mettre des mesures extrêmement strictes pour que tous ceux qui sont fichés, qui sont sous contrôle judiciaire, ne puissent plus sévir. Ça suppose des changements, même dans le cadre de la loi."

À l'heure actuelle, on ne connaît toujours pas avec précision l'identité de l'auteur de l'attaque de Nice. Les papiers d'identité retrouvés dans le camion sont bien ceux du conducteur. Il s'agit d'un homme âgé de 31 ans, domicilié à Nice. Selon une source policière, il est seulement connu pour des faits de droit commun, mais pas des services de renseignements. L'enquête vise désormais, notamment, à déterminer si l'individu a bénéficié de complicités. Une perquisition a été menée à son domicile.

Cela n'empêche pas Olivier Falorni, tout en admettant qu'il "ne sait pas qui est l'individu" ni s'il "était quelqu'un de fiché, de connu", de se dire favorable au bracelet électronique "pour ceux qui seraient soupçonnés de pouvoir commettre des attentats" et à la rétention administrative "préventive". "S'il y a des signaux forts de menace pour un individu qu'il passe à l'acte, il faut utiliser tous les outils qu'on possède quitte effectivement à changer la loi", dit-il. Et ce même si dans le cas précis, cela aurait a priori été totalement inutile.

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