Benjamin Griveaux défend le journalisme d'investigation ET EN MÊME TEMPS la plainte d'un ministère après des révélations de presse

Publié à 12h38, le 29 novembre 2017 , Modifié à 13h02, le 29 novembre 2017

Benjamin Griveaux défend le journalisme d'investigation ET EN MÊME TEMPS la plainte d'un ministère après des révélations de presse
Benjamin Griveaux © AFP
Image Etienne Baldit


C'est une pratique qui tend encore un peu plus les relations entre l'exécutif et la presse, qui ont souvent été houleuses depuis l'élection d'Emmanuel Macron. Pour la deuxième fois depuis le début du quinquennat, une ministre a porté plainte après des révélations d'un journal sur des projets du gouvernement. Une menace sur la liberté de la presse au sens où la protection des sources des journalistes serait ainsi écornée ?  Que nenni, se défend l'exécutif.

La ministre de la Culture Françoise Nyssen avait annoncé, lundi 13 novembre, son intention de porter plainte contre X après la publication par Le Monde de documents "internes", "non validés", contenant des "pistes de travail" pour réformer l'audiovisuel public. Au mois de juin, la ministre du Travail Muriel Pénicaud en avait fait de même après que Libération avait rendu public un texte issu de la Direction générale du travail qui comprenait certaines pistes du gouvernement concernant la réforme du code du travail.

Sur BFMTV mercredi 29 novembre, le tout nouveau porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux est interrogé sur la démarche de Françoise Nyssen. Il la justifie et conteste toute dimension "inquiétante" à la chose. Et explique que la presse devrait attendre que le gouvernement finalise ses projets officiellement pour en faire des objets de débat public, plutôt que de se procurer et de publier des documents de travail. Il dit :

Non, je vais vous dire une chose : ce qui est inquiétant, c'est que quand vous êtes dans votre équipe, et quand vous faites votre conf' de rédac le matin ici, si les documents que vous avez, vous voyez les papiers là que vous avez [devant vous], si ça se retrouve demain matin dans la presse, dans le journal ou sur internet avec vos notes personnelles, c'est assez désagréable. Donc il faut qu'on puisse travailler en confiance, les ministres avec leur administration et leur cabinet. C'était un document de travail qui est sorti. Et il n'est pas souhaitable, pour le coup, que les documents de travail circulent parce qu'il faut que le débat se fasse quand les termes ont été adoptés par le gouvernement, et c'est ça qu'on met sur la place publique, pas des documents de travail.

Les projets de réforme du gouvernement ne sont cependant *pas forcément* comparables à des notes prises en conférence de rédaction, mais passons. Le porte-parole du gouvernement estime donc que ces révélations de presse doivent être évitées. C'est pourtant le même homme qui, à peine une minute auparavant, défendait le journalisme d'investigation pour prendre la défense des magazines de France 2, Envoyé Spécial et Complément d'enquête, menacés par des coupes budgétaires jusqu'à des annonces plus rassurantes de la part de France Télévisions. Il disait alors :

Je suis pour, et je l'ai toujours été, que l'investigation puisse se faire dans la presse écrite comme sur les médias radiophoniques ou télévisuels. Je trouve que par exemple les Panama Papers, c'est un travail utile de transparence qui est fait pour notre démocratie, absolument indispensable. Donc vous ne me trouverez jamais derrière les censeurs, jamais derrière la police de la pensée, il est heureux et il est souhaitable que des émissions d'investigation puissent faire leur travail.

On est aujourd'hui dans une hyper-démocratie, je suis content qu'on ait des médias qui permettent de débattre démocratiquement dans notre pays.

Sauf quand ils mettent leur nez là où on ne voudrait pas qu'ils le mettent, en somme. Une conception personnelle du journalisme et de la liberté de la presse.

Une séquence à revoir en vidéo :





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