Ce selfie de Bernard Cazeneuve avec le président de l'UOIF et un imam de Nice qui énerve le FN

Publié à 19h52, le 29 mars 2016 , Modifié à 19h52, le 29 mars 2016

Ce selfie de Bernard Cazeneuve avec le président de l'UOIF et un imam de Nice qui énerve le FN
© DR
Image Sylvain Chazot


C'est une photo diffusée sur Twitter lundi 28 mars par l'identitaire Philippe Vardon et reprise quasiment immédiatement par le site d'extrême droite FdeSouche. On y voit Bernard Cazeneuve prendre un selfie avec Amar Lasfar, président de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) et Otmane Aissaoui, imam UOIF de Nice et délégué départemental de l'organisation dans les Alpes-Maritimes.




Cette photo était passé inaperçue, simplement postée sur le Facebook de la section 06 de l'UOIF. Elle a été prise à l'occasion de lors d'une réunion de L'instance de dialogue avec l'islam de France le 21 mars dernier, soit la veille des attentats de Bruxelles.

Ce mardi 29 mars, le secrétaire général du FN Nicolas Bay s'insurge. Pour lui, cette image est l'illustration de "la complaisance dont bénéficie les islamistes de l'UOIF de la part des pouvoirs successifs".

Dans un communiqué, l'eurodéputé ajoute :

Tant le principe que les participants de cette photo interrogent. Est-il normal que le ministre de l'Intérieur, celui qui a pour mission de protéger notre pays et nos compatriotes de la menace islamiste, pose ainsi avec une organisation s'appuyant sur la doctrine des Frères Musulmans et dont des imams ont été dénoncés pour leurs déclarations antisémites ou des propos ambigus sur le djihad ?

Au Lab, l'entourage du ministre de l'Intérieur - qui est aussi chargé des cultes - rappelle le contexte de cette photo : la réunion de L'instance de dialogue avec l'islam de France. "Cela réunit tout le monde, sauf les salafistes. Et l'UOIF ne fait partie des salafistes. C'est l'organisation qui rassemble le plus de musulmans en France", dit-on avant de rappeler que l'imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, connu pour ses positions en faveur d'un islam libéral, est lié à l'UOIF.

C'est à la demande d'Amar Lasfar et d'Otmane Aissaoui  que Bernard Cazeneuve a accepté de se plier au jeu du selfie, rapporte-t-on. Place Beauvau, on dénonce donc  une polémique "qui n'a pas lieu d'être" avant de fustiger l'attitude du FN sur le sujet :

Il n'y a que la fachosphère que ça excite. Mais ce n'est pas la première fois que le FN relaye les mensonges de la fachosphère. Ils travaillent ensemble.

Un exemple ? En novembre dernier, sur France inter, Marine Le Pen avait affirmé que pour Bernard Cazeneuve, "prôner le djihad n'est pas un délit". "C'est un propos qu'il a tenu, je crois, alors je vous le dis de mémoire, en 2014 sur RTL", avait-elle ajouté. Ce qui était tout à fait faux mais cette information avait néanmoins été diffusée par des sites d'extrême droite.

Pourquoi, alors, tant d'énervement ? Parce que l'UOIF est désormais dans le viseur de certains politiques. Sur Europe  1, vendredi 25 mars, Christian Estrosi a violemment critiqué le mouvement. "Soit ils sont décidés à dénoncer définitivement toute forme de djihadisme et à le combattre dans leur propos, dans leur comportement, dans leur organisation, soit ils sont décidés à se reconnaître dans toutes les valeurs de la République, soit il faudra que le gouvernement en tire toutes les conséquences jusqu'à aller à sa dissolution", a déclaré le président LR de PACA.

Issue des Frères musulmans, l'UOIF prône un islam orthodoxe même si le président, Amar Lasfar, dément tout lien. "Être Frère musulman, c’est appartenir à une organisation en Egypte, en Syrie ou en Jordanie. Il n’y a pas de Frères musulmans ici en France", jurait-il à Libération. Le quotidien rappelait, dans un article d'avril 2015, qu'Amar Lasfar avait défendu, en 1994, 17 jeunes filles voilée exclues de leur lycée à Lille.

Dans son livre Considérations inconvenantes: Sur l'Ecole, l'Islam et l'Histoire en France (éd. du Toucan), l'enseignant Bruno Riondel évoque cette phrase attribuée à Amar Lasfar dans la revue Homme et migrations d'avril 1999 : "Nous travaillons à ce que la notion de communauté soit reconnue par la République. Alors, nous pourrons constituer une communauté islamique, appuyée sur les lois que nous avons en commun avec la République, et ensuite appliquer nos propres lois à notre communauté." Des propos ressortis par Marion Maréchal-Le Pen dans un communiqué, le 24 mars, pour dénoncer l'organisation d'un rassemblement de l'UOIF à Marseille avec, notamment, Tariq Ramadan.

Si Amar Ladfar assure que son organisation n'a pas de liens avec les Frères musulmans, elle reste proche de certaines  personnalités très controversées. En février, l'UOIF avait invité à Lille trois prédicateurs étrangers dont l'un expliquait que "l'homosexualité implique la peine de mort' et un autre estimant que "les juifs ont une capacité incroyable à détruire les nations, y compris chrétiennes, de l’intérieur", rappelait Marianne le 25 mars. 

Du rab sur le Lab

PlusPlus