Ces hommes de l'ombre qui naviguent entre François Hollande et Emmanuel Macron

Publié à 19h59, le 06 novembre 2016 , Modifié à 20h16, le 06 novembre 2016

Ces hommes de l'ombre qui naviguent entre François Hollande et Emmanuel Macron
© CHARLES PLATIAU / POOL / AFP

Ils ont tous les deux été proches. Ils pensent tous les deux à la présidentielle. Ils n’ont tous les deux pas encore annoncé leur décision quant à une candidature pour 2017. Entre François Hollande et Emmanuel Macron, c’est une partie de poker menteur qui se joue depuis plusieurs semaines. Quand certains hollandais historiques, comme Michel Sapin ou de Stéphane Le Foll, n’hésitent pas à recadrer Emmanuel Macron, d’autres personnalités gardent quant à elles des contacts plus ou moins étroits avec l’ancien ministre de l’Economie.

 

  • Robert Zarader, "l'homme libre" qui penche pour Emmanuel Macron

Robert Zarader ne s’en cache pas. "J’aime bien Emmanuel Macron et je suis un vieil ami de François Hollande", confie-t-il au Lab. Jusqu’à présent, ce communicant murmurait régulièrement à l’oreille de François Hollande, qui lui a remis la Légion d’honneur en 2015. Désormais, Robert Zarader, qui se définit comme "un homme libre", réussit un mini-exploit : continuer à rendre visite au chef de l’Etat tout en échangeant avec Emmanuel Macron, de préférence par SMS. 

Cette relation interpelle et dérange. "Dans la hollandie, certains me disent que je suis un traître, et d’autres me traitent d’espion", déclare Robert Zarader. Il n’empêche : ce docteur en économie s’est récemment rapproché de l’ancien ministre de l’Economie. Au point désormais de douter de l’intérêt pour François Hollande de briguer un nouveau mandat. "Pour moi, l’amitié, c’est de dire qu’il ne faut pas aller droit dans le mur", lance-t-il. Il "ne fera pas campagne contre" le président de la République, précise-t-il toutefois. Mais il prévient : "Si François Hollande va dans le mur, je ne ferais pas non plus campagne pour lui".

 

  • Jean-Pierre Mignard, l’ami de François Hollande qui le met en garde

Certes, Jean-Pierre Mignard reste toujours "proche" de François Hollande comme il le précise au Lab. Le parrain de deux des quatre enfants du chef de l’Etat attend de savoir quelle sera sa décision pour la présidentielle. Mais il le met déjà en garde, comme Robert Zarader : "Si les risques de défaite sont ceux que les sondages prédisent, pourquoi prendre le risque de perdre, pourquoi s’immoler et pour quelle cause ?"

Depuis qu’Emmanuel Macron a quitté le gouvernement, l’avocat ancien président de l'association de Ségolène Royal "Désirs d’avenir" ne l’a pas revu. Mais il échange encore avec lui des SMS. "Nos rapports sont bons", précise-t-il, soulignant partager sa ligne sur des questions sociétales, notamment de vivre-ensemble et de laïcité. Dans ces conditions, Jean-Pierre Mignard ne sait pas encore ce qu’il fera pour 2017. "Je ne m’interdis bien de choisir. Choisir, c’est se limiter. Je ne veux pas me limiter", affirme-t-il.

 

  • Christophe Madrolle, invité régulier de l’Elysée

Il n’est pas le plus connu. Pourtant, Christophe Madrolle conserve des contacts réguliers avec François Hollande et Emmanuel Macron. Depuis le début de l’année, le secrétaire général de l’Union des démocrates et des écologistes (UDE) a ainsi rencontré à sept reprises François Hollande à l’Elysée avec Jean-Luc Bennahmias, candidat à la primaire de "la Belle alliance populaire". Le responsable du Front démocrate a aussi vu récemment à deux reprises Emmanuel Macron, avec qui il échange des SMS.

Joint par Le Lab, Christophe Madrolle, "soutien du président de la République", explique qu’il s’agit de "faire exister un courant social-démocrate avec un seul candidat à la présidentielle". "Mon but est que les gens puissent se parler et se rassembler sur les idées", avance le conseiller municipal de Marseille, qui se voit en "aiguillon" entre François Hollande, Emmanuel Macron et Manuel Valls.

 

D’autres hollandais ont en revanche coupé les ponts avec Emmanuel Macron. Ils n’ont d’ailleurs pas forcément eu vraiment le choix. C’est le cas de Gaspard Gantzer, qui avait pourtant "une relation affective" avec lui, souligne un proche des deux hommes. Depuis qu’Emmanuel Macron a quitté le gouvernement, le chef du pôle de la communication de l’Elysée "n’a plus de contact avec lui", dit-il au Lab. "Et lui non plus n’a pas cherché à en avoir avec moi", précise-t-il. Et pour cause. Le responsable des relations presse de l’Elysée reconnait qu’à partir du moment où Emmanuel Macron a quitté le gouvernement, "il lui était difficile de conserver un contact" avec son ancien camarade de promo à l’ENA, promotion Léopold Sédar Senghor (2004).

Autre proche de François Hollande à avoir rompu avec Emmanuel Macron : Julien Dray. Après le départ du gouvernement de son ancien protégé, qu’il avait pourtant pris sous son aile, le conseiller régional du PS d’Ile-de-France n’a pas hésité à le qualifier de "déserteur". "Julien Dray est encore plus hollandais que François Hollande. Il l’accompagne car il a un côté poilu (surnom donné aux soldats de la Première Guerre mondiale, ndlr)", sourit un fin connaisseur des deux hommes.

Deux personnalités politiques qui pourraient ne pas s’affronter en 2017. Car malgré son départ du gouvernement le 30 août pour s’occuper de son mouvement "En Marche !" et préparer la suite, Emmanuel Macron tient à ne pas insulter l’avenir. En août, il avait demandé au sénateur PS François Patriat, qui le soutient, de ne pas "abîmer la relation personnelle qu’il a avec François Hollande".  

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