Chapelle-Pajol : le harcèlement de rue devient un terrain d'affrontement politique avant les législatives

Publié à 20h32, le 19 mai 2017 , Modifié à 10h39, le 20 mai 2017

Chapelle-Pajol : le harcèlement de rue devient un terrain d'affrontement politique avant les législatives
Image d'illustration représentant l'entrée du métro La Chapelle, à Paris © image Flickr Katchooo
Image Sylvain Chazot


L'article du Parisien, publié jeudi 18 mai, fait grand bruit. Intitulé Paris : des femmes victimes de harcèlement dans les rues du quartier Chapelle-Pajol, il y reproduit les témoignages de plusieurs femmes habitant ce quartier du nord de Paris et se disant victimes d'injures, de violences, de menaces, de la part de groupes d'hommes. Une pétition a été lancée sur internet par le collectif SOS La Chapelle. Son nom est sans équivoque : "Les femmes, espèce en voie de disparition au cœur de Paris".

Très vite, ce sujet a été pris en main par les politiques. À quelques semaines des élections législatives, il est même devenu un sujet de campagne.

Sur Twitter, le groupe Les Républicains à la mairie de Paris a diffusé ce vendredi, quelques heures seulement après la publication de l'article du Parisien, un montage d'une vidéo de la Mairie de Paris publiée en mars 2017 sur des marches exploratoires de femmes à la Goutte d'Or, un quartier différent de celui de La Chapelle-Pajol, à Paris. 

Dans cet extrait, on voit le maire PS du 18e arrondissement Éric Lejoindre et Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris chargée de toutes les questions relatives à l'égalité femmes / hommes, face à une habitante lui expliquant qu'elle ne pourra pas se rendre dans des cafés. "On ne peut pas rentrer, nous les femmes. On ne peut pas rentrer pour ne pas se sentir gênées", dit la riveraine. Hélène Bidard répond d'un simple "d'accord". Deux mois plus tard, après la publication de l'article du Parisien, le groupe LR à Paris s'indigne de cette réponse a minima.





La vidéo d'origine est plus longue et montre en une dizaine de minutes le but de ces initiatives où associations et pouvoirs publics déambulent dans les rues afin d'"identifier les zones de l’espace public qui entraînent des situations ou un sentiment d’insécurité", pour reprendre les mots de la mairie de Paris.





Vendredi après-midi, la candidate LR-UDI aux législatives dans la 17e circonscription de Paris Babette de Rozières a organisé un sit-in et une marche dans le quartier, rapporte France Bleu. "C'est extrêmement désagréable et choquant de voir en quelques heures, une fois qu'il y a un buzz sur les réseaux sociaux, que c'est récupéré par les candidats aux législatives", s'indigne sur France bleu une membre de l'association Demain La Chapelle.

A la demande de Babette de Rozières, la présidente LR de la région Île-de-France Valérie Pécresse a également fait le déplacement. "Il faut dire au président de la République qu'il y a des zones de non-droits", a-t-elle expliqué devant les caméras : 

Il faut dire au président de la République qu'il y a des zones de non-droits. Il y a des zones dans lesquelles les femmes se font agresser. Il y a des zones où les femmes ont le sentiment de ne pas avoir le droit de cité [...] Alors maintenant, il faut agir. On a des zones de sécurité prioritaire. Il n'est pas normal que cette zone de la place de la Chapelle ne soit pas zone prioritaire [...] Il y a urgence. Les habitants crient. On ne les entend pas et c'est pour ça que moi, présidente de région, je suis venu avec Babette de Rozières pour crier avec eux. 

Une séquence à retrouver ci-dessous en vidéo : 





Joint par le Lab, Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris chargé du Logement et candidat aux législatives dans la 17e circonscription, refuse "d'utiliser ce sujet à des fins électorales". Il précise :

J'ai déjà rencontré les riverains de ce quartier à deux reprises et je continuerai à le faire. Il y a de vraies questions de harcèlement de rue mais utiliser cette question-là pour s'en prendre à l'accueil des migrants, ce n'est pas digne. Il ne s'agit pas de faire un coup politique. Ce problème d'ailleurs n'est pas né avec l'article du Parisien.

De son côté, la maire de Paris Anne Hidalgo a publié un long communiqué cosigné par la préfecture de Paris et dans lequel elle assure :

Chaque fois qu’une difficulté est identifiée, des mesures spécifiques sont mises en place pour y remédier. Il peut s’agir d’aménagements sur le mobilier urbain, tels que l’amélioration de l’éclairage public, de la mise en place de dispositifs policiers spécifiques par la Préfecture de Police, ou de renforts humains déployés par la Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP) de la Ville de Paris.

Le quartier de Pajol fait partie des zones prioritaires. Des situations de harcèlement de rue à l’égard des femmes y ont été constatées. Si les femmes ne sont pas 'interdites' de circuler, il existe bel et bien un fort sentiment d’insécurité qu’il convient de résoudre au plus vite.

Et la maire de Paris d'assurer qu'elle ne tolérera pas "qu’un quartier soit en proie à des actes de discrimination à l’égard des femmes. Cela ne correspond ni aux valeurs de Paris, ni aux valeurs de la République".

Du côté de LR, on s'interroge sur cette réaction. Un proche de Nathalie Kosciusko-Morizet, présidente du groupe LR à la mairie de Paris, s'étonne :

Plutôt que de faire des concerts, on attend de la maire qu'elle commencer à agir. Mais comme bien souvent, Anne Hidalgo est dans la réponse et la réaction plutôt que dans l'action.

Contactée, Colombe Brossel, candidate PS aux législatives dans la 17e circonscription de Paris, n'avait pas répondu à nos sollicitations vendredi en début de soirée. 

[Edit 20/05 à 10h33] Ajout déclaration Pécresse

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