Comment Manuel Valls essaye de disqualifier une candidature Hollande

Publié à 10h40, le 27 novembre 2016 , Modifié à 16h21, le 27 novembre 2016

Comment Manuel Valls essaye de disqualifier une candidature Hollande
Manuel Valls se présentant comme le meilleur d'entre eux © AFP
Image Etienne Baldit


POUSSE-TOI D'LÀ - Manuel Valls n'en est plus au stade des allusions. Il est clairement dans l'affirmation. Le Premier ministre joue depuis des semaines sa participation, celle d'un homme qui "se prépare" à être candidat au cas où, alors que François Hollande doit annoncer sa décision de se représenter ou non début décembre. Dimanche 27 novembre, le chef du gouvernement passe un cap et indique clairement être prêt à se présenter, y compris face à François Hollande dans le cadre de la primaire de "La Belle Alliance Populaire" - une idée publiquement avancée la veille par Claude Bartolone. Surtout, il explique assez frontalement et longuement que le chef de l'État ne devrait pas se représenter.

C'est dans une interview au Journal du Dimanche que Manuel Valls fait valoir ses nombreux arguments en faveur de SA candidature et en défaveur de celle du Président. "Il faut se préparer au face-à-face. Je m'y prépare, j'y suis prêt", lance-t-il, ajoutant : "Je prendrai ma décision en conscience". Et lorsqu'on lui demande si une candidature Hollande serait à même de créer la "dynamique" qu'il estime nécessaire pour éviter l'élimination au premier tour en 2017, il répond assez franchement non : 

J'ai des rapports de respect, d'amitié, et de loyauté avec le Président. Mais la loyauté n'exclut pas la franchise. Force est de constater qu'au cours de ces dernières semaines, le contexte a changé. La parution du livre de confidences [voir ici, ndlr] a créé un profond désarroi à gauche. Comme chef de la majorité, ma responsabilité est donc de tenir compte de ce climat.

Face au désarroi, au doute, à la déception, à l'idée que la gauche n'a aucune chance, je veux casser cette mécanique qui nous conduirait à la défaite. Je n'oublie pas que le Président a été élu par les Français en 2012. Mais toute candidature doit intégrer le rapport avec les Français, avec la gauche, avec notre famille politique. Toute décision qui ferait fi de ces trois dimensions apparaîtrait comme bancale ou fragile. Me concernant, j'intègre en permanence ces trois éléments.

"Désarroi", "doute", déception", "mécanique qui nous conduirait à la défaite", "bancale", "fragile"... Autant de manières de disqualifier François Hollande tout en faisant valoir, en creux, ses propres qualités. Ou quand le Premier ministre en exercice défie sans détour le président de la République (tout en l'assurant à nouveau de sa "loyauté" teintée de "franchise").

Il en remet une couche :

Le moment est grave et historique. Chacun doit en être conscient. Je mets la pression sur chacun d'entre nous.

[...] La question n'est pas seulement celle de l'envie, mais bien celle de la responsabilité historique qui doit prendre en compte l'intérêt de la France et de la gauche.

Faut-il ici comprendre que s'il se représentait, François Hollande prendrait la "responsabilité historique", dans ce moment "grave", de contrevenir à "l'intérêt de la France" ? On dirait bien. Et alors que la décision du chef de l'État de se représenter semble prise, son annonce n'étant selon les observateurs qu'une question de jours, Manuel Valls "met en garde contre les certitudes ou les analyses définitives qui lui sont prêtées".

Ou comment lui faire comprendre qu'il est encore temps de renoncer... 

> À lire : Si François Hollande est candidat, Manuel Valls prévient qu’il ne fera pas activement campagne pour lui

En déplacement à Madagascar, François Hollande a refusé de répondre aux questions de la presse au sujet de cette interview-défi de son Premier ministre. "Je lis toute la presse, j'entends, je vois", a-t-il simplement déclaré. Il avait auparavant expliqué :

Nous devons montrer ce qu'est la France partout, comment nous devons nous rassembler quelles que soient les circonstances, quelles que soient les échéances, quelles que soient les épreuves, quels que soient les choix que nous aurons à faire. Nous rassembler, c'est le plus essentiel.




[BONUS TRACK] Crise de régime

Dans Le Parisien ce dimanche, le porte-parole du PS Olivier Faure critique vertement l'idée de Claude Bartolone d'une double candidature Hollande-Valls à la primaire. Cela "ouvrirait une crise de régime", estime le député de Seine-et-Marne. Son message au quatrième personnage de l'État est le suivant :



Un président de la république et un Premier ministre qui gouvernent ensemble mais sont rivaux à la primaire ? C'est totalement inimaginable ! Cela ouvrirait une crise de régime !

Du rab sur le Lab

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