Édouard Philippe reconnaît sa "mauvaise humeur" en matière de transparence (mais promet une loi qui ira "plus loin")

Publié à 10h27, le 18 mai 2017 , Modifié à 10h44, le 18 mai 2017

Édouard Philippe reconnaît sa "mauvaise humeur" en matière de transparence (mais promet une loi qui ira "plus loin")
Édouard Philippe sur France Inter, jeudi 18 mai 2017 © Montage Le Lab
Image Etienne Baldit


T-R-A-N-P-A-R-E-N-C-E. 11 lettres qui se sont imposées dans la vie politique française au cours du quinquennat Hollande, au gré des affaires qui ont concerné des ministres et d'autres responsables politiques. Mais cette évolution ne va pas sans provoquer les réticences d'un certain nombre d'élus qui s'inquiètent de dérives "voyeuristes". Le nouveau Premier ministre Édouard Philippe, par exemple, n'a pas été le meilleur élève qui soit en tant que député. Ce qu'il reconnaît volontiers, critiquant une forme "d'inquisition"... tout en promettant que la loi sur la moralisation de la vie publique promise par Emmanuel Macron ira "plus loin" que les dispositions actuelles, un impératif pour réparer le lien entre les citoyens et les politiques.

Avant d'être nommé à Matignon et alors que son nom circulait parmi ceux des premier-ministrables, Édouard Philippe avait en effet été épinglé par Mediapart, le site d'informations révélant que le député-maire (LR) du Havre avait "écopé d'un blâme sur sa déclaration de patrimoine de 2014 de la part de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique" (HATVP). En cause, une mauvaise volonté évidente de se plier à cette obligation légale renforcée depuis une loi de 2013 consécutive à l'affaire Cahuzac. "Prié comme n’importe quel élu d’inscrire la valeur de ses biens immobiliers, le parlementaire du Havre a systématiquement éludé : 'Aucune idée.'", indiquait Mediapart le 12 mai.

Sur France Inter jeudi 18 mai, le chef du gouvernement fait en quelque sorte amende honorable. Il admet ainsi ne pas "prétendre à l'exemplarité" en matière de transparence et avoir mis de la "mauvaise humeur" à répondre aux exigences de la HATVP. Mais il critique dans le même temps un "impératif de transparence absolue" et considère "l'incident clos" :

- Édouard Philippe : Oh je suis pas... je suis parfaitement conscient du fait que... du fait que si on veut rétablir le lien de confiance qui est distendu entre les Français et les hommes politiques - et en vérité, tous ceux qui exercent des responsabilités -, il faut qu'on fasse mieux que ce que nous faisions auparavant. Et je ne prétends pas à l'exemplarité en la matière parce qu'il se trouve qu'à titre personnel, j'aime pas beaucoup parler de ma vie privée, et que donc l'impératif de transparence absolue ne m'a jamais enchanté à titre personnel.

- Patrick Cohen : Donc vous n'avez pas donné l'exemple et vous en convenez ce matin ?

- Édouard Philippe : Euh j'ai répondu à un certain nombre de questions lorsqu'elles m'étaient posées, avec une forme de mauvaise humeur - ça n'est jamais la bonne conseillère. Je crois que l'incident est clos puisque la Haute autorité a indiqué d'abord ...

- Patrick Cohen : Vous avez eu un blâme pour avoir répondu avec désinvolture à une déclaration de patrimoine.

- Édouard Philippe : ... qu'elle avait désormais suffisamment d'éléments pour répondre aux questions qui étaient posées et que par ailleurs j'ai obtenu le quitus de ladite Haute autorité pour les déclarations de patrimoine que j'ai faites ultérieurement.

Mais s'il n'est pas vraiment fan de cette transparence dont Emmanuel Macron a pourtant fait un axe de campagne majeur, il indique tout de même sa détermination à porter la loi de moralisation de la vie publique promise par le chef de l'État au terme d'un accord avec le centriste et nouveau ministre de la Justice François Bayrou. Un texte qui devra édicter des "règles claires" et ne pas verser dans "l'inquisition". Édouard Philippe explique :

Ce qui est vrai, d'abord à titre personnel je préfère les règles claires plutôt que l'inquisition. Et donc je pense que dans la vie politique, dans le texte qui viendra, nous aurons à définir des règles claires : qu'est-ce qui est autorisé, qu'est-ce qui ne l'est pas. Beaucoup plus que cette transparence absolue dont j'observe d'ailleurs qu'elle suscite questions et questions et questions et questions.

Mais c'est une discussion que nous allons avoir, c'est un texte que nous proposerons rapidement, le garde des Sceaux sera chargé de proposer toute une série d'initiatives. Et je pense que nous irons beaucoup plus loin dans cette voie.

Une manière selon lui de faire baisser le "niveau de colère quasiment jamais historiquement atteint" qui s'est exprimé durant "les élections présidentielles". L'occasion pour nous de rappeler ici, sans transition, qu'on dit "la présidentielle" et qu'il serait bien de s'y mettre rapidement, sinon les cinq ans qui viennent risquent d'être longs pour tout le monde. En vous remerciant.







[BONUS TRACK] 

Plusieurs très proches (et mentors) d'Édouard Philippe lui avaient déconseillé d'accepter le poste de Premier ministre proposé par Emmanuel Macron. Son prédécesseur à la mairie du Havre, Antoine Rufenacht, avait publiquement dénoncé une "erreur politique" pour la droite. Quant à Alain Juppé, il lui avait conseillé de "ne pas y aller", au risque de "passer pour un traître", selon des propos rapportés par Le Canard Enchaîné

Sur France Inter ce jeudi, l'intéressé assume sa "transgression" et répète qu'il entretient des "liens de très grande affection pour Alain Juppé et Antoine Rufenacht". Mais s'il reconnaît que le second lui a donné son avis négatif sur cette nomination, il semble indiquer que le premier lui a plutôt donné sa bénédiction :

J'ai évidemment discuté de cette décision avec eux deux ; Antoine Rufenacht m'a indiqué qu'il pensait que ça n'était pas une très bonne idée, Alain Juppé a été plus bienveillant.

Du rab sur le Lab

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