Entre "guillemets", "soi-disant" : comment Manuel Valls évacue les violences policières

Publié à 15h58, le 15 juin 2016 , Modifié à 17h10, le 15 juin 2016

Entre "guillemets", "soi-disant" : comment Manuel Valls évacue les violences policières
© DENIS CHARLET / POOL / AFP

CIRCULEZ, Y'A RIEN À VOIR - Des violences policières ? Quelles violences policières ? Vous avez vu des violences policières, vous ? Pas Manuel Valls. Le Premier ministre s'attache en tout cas, au lendemain de nouveaux affrontements en marge des manifestations contre la loi Travail, à discréditer du mieux qu'il peut l'idée selon laquelle il y aurait eu, depuis le début de la contestation, des violences policières.

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Durant la séance de questions au gouvernement, mercredi 15 juin à l'Assemblée nationale, Manuel Valls a ainsi évoqué des "soi-disant violences policières dans les manifestations", précisant qu'il "n'accepte pas" ce genre de "mise en cause des policiers".

Une phrase qui a choqué la députée Isabelle Attard, selon qui cela "n'est pas digne d'un chef d'État [sic] qui devrait rassembler".

Dans la matinée sur France Inter, il avait déjà évoqué le sujet des violences policières en affichant un certain mépris. Accusant la CGT d'entretenir une "ambiguïté" vis-à-vis des casseurs, il avait au passage fait référence aux affiches polémiques de la centrale syndicale contre les violences policières et lancé :

 

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Quand un syndicat sort un tract qui met en cause la police qui serait responsable, je mets des guillemets, de 'violences policières', demande une enquête sur ces violences policières, donne le sentiment d'établir un parallèle entre le travail de la police et la violence des casseurs, il y a bien sur une ambiguïté, il y a bien sûr une ambiguïté.

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"Je mets des guillemets", ou comment sous-entendre très fortement qu'il n'accorde que très peu de crédit à ce phénomène. Avec ce "soi-disant" ajouté dans l'hémicycle de l'Assemblée, il dit clairement que selon lui, tout cela n'a aucune réalité.

Il semble pourtant *un tout petit peu* compliqué de nier l'existence de tels actes. Depuis le début du mouvement social contre la loi El Khomri, de très nombreux témoignages s'accumulent, dans lequel des manifestants racontent avoir été brutalisés de manière injustifiée par des représentants des forces de l'ordre, en uniforme ou pas. Une quantité impressionnante de vidéos en atteste également. La police des polices a d'ailleurs ouvert 48 enquêtes judiciaires pour des faits de violences contre des manifestants.

Ce discours de Manuel Valls est d'autant plus étonnant que, fin mars, le gouvernement et le PS avaient dénoncé avec vigueur les... violences policières, après qu'une vidéo d'un policier frappant un lycéen maîtrisé au visage est devenue virale. Bernard Cazeneuve et Najat Vallaud-Belkacem avaient personnellement pris position contre ces agissements. "Des sanctions appropriées seront prises (...). Aucune violence, d'où qu'elle vienne, ne peut être tolérée", avait assuré le ministre de l'Intérieur. Il semblerait que les éléments de langage sur le sujet aient légèrement changé...

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