Eric Ciotti sur les victimes de l'attentat de Nice : "Eux ils n'en parlent plus, de l'État de droit"

Publié à 20h02, le 19 juillet 2016 , Modifié à 09h09, le 21 juillet 2016

Eric Ciotti sur les victimes de l'attentat de Nice : "Eux ils n'en parlent plus, de l'État de droit"
© Capture d'écran Public Sénat
Image Aurélie Marcireau


Une réunion au siège de LR le matin, une réunion de la Commission des lois l'après-midi avant le débat sur le texte prolongeant l’état d'urgence pour 6 mois le soir, ce 19 juillet est pour les parlementaires largement consacré aux nouvelles mesures à prendre après l'attentat de Nice la 14 juillet qui a endeuillé la France. La droite entend voter le texte mais souhaite apporter des modifications. Ainsi, Eric Ciotti, spécialiste des questions de sécurité et député des Alpes-Maritimes, estime que le gouvernement n'est toujours pas assez offensif, trop timoré dans sa réponse. Interrogé par Public Sénat à la sortie de la réunion du parti, il dit :

Il faut changer de cadre, il faut changer de degré dans la bataille. (...) Très clairement, nous devons dire que, si nous voulons gagner cette guerre contre le terrorisme (...), il faut les détruire jusqu'au dernier. Et pour cela, il faut changer de cap et rompre avec cette naïveté qui a des pudeurs, qui a des réticences de la part de ce gouvernement qui ne sait pas où il va.

Relancé sur une possible mise en cause de l'État de droit, il répond, tranchant :   

Si vous aviez vu les cadavres sur la Promenade des Anglais, je crois que vous ne me poseriez pas cette question, parce que eux ils n'en parlent plus de l’État de droit, madame.

A situation de guerre, législation de guerre, un avis partagé par Pierre Lellouche, député LR de Paris. Lors de l'examen du texte en Commission des Lois, ce dernier s'emporte suite au refus du rapporteur de porter de six mois à un an le temps de conservation des données informatiques saisies lors de perquisitions. Le rapporteur explique à Guillaume Larrivé, auteur de l'amendement, que sur demande du juge, cela est possible. Une réponse qui ulcère Pierre Lellouche. Il enchaîne sur le texte dans son ensemble. Et dit :

Ce texte, qu'est ce qu'il apporte par rapport à notre problème de défense par rapport au terrorisme ? Rien. La seule chose qu'il apporte éventuellement, c'est la saisie de ce matériel et vous l'encadrez de manière telle que ça devient ubuesque. Vous faites la guerre ou vous faites de la procédure ? Je ne comprends rien, je suis juriste, je suis avocat, je ne comprends rien à ce que vous faites. Ou bien c'est une guerre, ou bien c'est pas une guerre. (...) La seule novation de ce texte, c'est cette usine à gaz autour de la saisie des données informatiques. Si vous faites la guerre vous saisissez les données informatiques, c'est tout.

Il prend à témoin ses collègues de droite pour poursuivre : 

Je comprends pas ce que vous faîtes et ça fait un an et demi ça dure. A chacun de ces textes, on vous a dit : on peut pas continuer à faire la guerre les mains liées dans le dos et avec la mentalité du temps de paix. Ce texte est incompréhensible et dans ses objectifs et dans son contenu. Si vous souhaitez répondre aux attentats, donnez-vous les moyens de lutter contre le terrorisme et arrêtez de faire du juridisme. 

Le rapporteur PS Pascal Popelin prend ensuite la parole pour s'indigner :

J'entends bien ce discours qui permet facilement, par effet de tribune d'obtenir des applaudissements (...) J'ai souffert jusqu’au bout le long monologue de M Lellouche (...) quand on se dit qu'on va absolument pas s'embarrasser de considération juridique parce qu on fait la guerre (murmures )  

Après une remarque de Pierre Lellouche qui estime "pas convenable" de s'en prendre personnellement à un membre de l'opposition, Pascal Popelin explique :



La réalité quand on ne s'embarrasse pas de considération juridiques, on obtient ce sur ce quoi on est tombé lors du premier vote : le Conseil Constitutionnel a censuré des dispositions que nous avons prises car il a considéré que nous n'avons pas été assez précis. 

Du rab sur le Lab

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