Fleur Pellerin souhaite sucrer les subventions destinées à "la presse récréative" comme les magazines people

Publié à 16h02, le 11 mai 2015 , Modifié à 14h47, le 12 mai 2015

Fleur Pellerin souhaite sucrer les subventions destinées à "la presse récréative" comme les magazines people
Image Delphine Legouté


Plus de subvention pour la presse "récréative". Tel est le souhait de la ministre de la Culture qui veut "faire en sorte que les subventions publiques aillent exclusivement à la presse d'information politique et générale, la presse du savoir et de la connaissance". Exclue, par exemple, toute la presse dite "people", celle pouvant révéler la relation de François Hollande avec une actrice comme l'homosexualité de Florian Philippot.

Ce souhait de Fleur Pellerin est expliqué par son chef de cabinet, Yann Battefort, dans un courrier adressé au politologue Thomas Guénolé et à la consultante en communication Katerina Ryzhakova. Fin 2014, après l'outing du numéro 2 du Front national par Closer, ces deux derniers avaient écrit à la ministre et lancé une pétition pour que le magazine ne reçoive plus de subvention de l'Etat. La réponse de la ministre vient d'arriver et Thomas Guénolé la publie sur Le Plus du Nouvel Obs, se satisfaisant d'une victoire.

Voici le contenu du courrier :

Vous avez sollicité auprès de Madame Fleur Pellerin (...) la suppression des aides à la presse pour les magazines ne respectant pas la "libre communication des pensées et des opinions".

La ministre a pris connaissance de votre correspondance avec attention et m'a chargé de vous informer que son souhait est de faire en sorte que les subventions publiques aillent exclusivement à la presse d'information politique et générale (IPG), la presse du savoir et de la connaissance, et qu'elles ne soient plus distribuées, en effet, à la presse "récréative".

"Qu'elles ne soient plus distribuées, *en effet* à la presse récréative", soit un soutien sans ambiguïté de la ministre de la Culture et de la Communication à la démarche anti-magazines people de Thomas Guénolé et Katerina Ryzhakova.

Selon les derniers chiffres du ministère de la Culture qui concernent les aides versées en 2013, et décryptés par Le Monde, Closer a par exemple bénéficié de 533.221 euros. A titre de comparaison, Le Figaro, premier aidé du classement, a touché plus de 16 millions d'euros en 2013. Chez les magazines people, Voici a bénéficié de 404.000 euros, Gala de 579.000 euros et Public de 353.000 euros.

Les 20 titres les plus aidés sont des quotidiens ou des hebdomadaires d'information générale mais également des magazines TV. Les dix premiers sont ainsi: Le Figaro, Le Monde, Aujourd'hui en France, Ouest-France, La Croix, Télérama, Libération, L'Obs, Télé 7 jours et L'Humanité.

La famille de presse "Féminins / people" était le 5e domaine le plus aidé en 2013 avec plus de 17 millions d'euros, derrière la presse locale (96 millions d'euros), la presse nationale généraliste (72 millions), les magazines d'information (27 millions) et de télévision (27 millions également).

Après les attentats de janvier en France, Fleur Pellerin avait déjà évoqué un "recentrage des aides directes sur les titres d'information politique et générale", pensant particulièrement à des titres comme Charlie Hebdo ou Le Monde diplomatique. Début mars, sur France inter, la ministre avait également tenu à préciser que les magazines people ou de télévision ne "bénéficiaient pas d'aide directe du gouvernement" mais essentiellement d'un "acheminement privilégié" avec des tarifs postaux avantageux.

Les aides à la distribution font partie intégrante des aides à la presse. Parmi elles, les tarifs postaux, qui touchent tous les journaux acheminés par La Poste, ont déjà été revus dans le budget 2014 avec une forte diminution de l'aide de l'Etat. La baisse des aides pour la presse dite "récréative" est donc déjà en cours par ce biais.





[EDIT 17:30]  La motion D, menée par Karine Berger, tient à revendiquer la paternité de cette idée. Dans son texte, soumis aux militants socialistes le 21 mai prochain, cette question est posée. Ainsi, après la proposition numéro 42, on peut lire :

"La liberté de la presse doit être sacralisée : l’élan salutaire qui a conduit les Français à souscrire à Charlie Hebdo ne doit pas s’éteindre et ne doit pas occulter les graves difficultés que traverse la presse écrite. Notre système d’aide à la presse doit être radicalement réformé, pour recentrer le financement public sur la presse d’opinion : après les événements du 7 janvier, comment pourrions-nous décemment continuer à distribuer des aides publiques à Charlie Hebdo et aux quotidiens d’information au même titre que Closer ou Playboy ?"

Précisons toutefois que Playboy n'a pas reçu d'aide à la presse en 2013.

Du rab sur le Lab

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