Immigration : Ferrand invoque Mitterrand pour défendre la politique de Macron

Publié à 11h38, le 14 janvier 2018 , Modifié à 15h24, le 14 janvier 2018

Immigration : Ferrand invoque Mitterrand pour défendre la politique de Macron
Richard Ferrand © Capture d'écran CNews

C'est quelque chose dont raffole le Nouveau monde : faire appel à l'Ancien quand ça l'arrange. La majorité aime ainsi bien faire référence à un ancien chef de l'État lorsqu'il s'agit de défendre la politique actuelle. Nouvel exemple ce dimanche 14 janvier avec François Mitterrand appelé à la rescousse d'Emmanuel Macron.

En cause : la politique d'immigration menée par le gouvernement et qui suscite de nombreuses critiques. L'une d'elles a été remarquée, celle du prix Nobel de Littérature Jean-Marie Gustave Le Clézio qui, dans une tribune publiée par L'Obs, explique ne pas supporter "le tri" fait entre les migrants, entre ceux qui fuient la guerre et / ou les persécutions et ceux qui fuient la misère. Ce "tri" est un "déni d’humanité insupportable"  selon le romancier. "Il faut se garder des faux bons sentiments", a répondu jeudi Emmanuel Macron au cours d'une conférence de presse avec le chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni.

Invité du Grand Rendez-Vous ce dimanche 14 janvier, Richard Ferrand défend lui aussi la politique d'immigration du gouvernement. Le président du groupe La République en marche à l'Assemblée nationale salue les choix du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Et c'est donc là qu'il invoque François Mitterrand :

Je veux souligner ma totale solidarité et mon amitié indéfectible au ministre de l'Intérieur qui, avec courage, va mettre en œuvre rien de moins que ce que François Mitterrand disait en 1989 à vos confrères Ockrent et Elkabbach, ou que encore récemment Stéphane Le Foll a dit sur une autre chaîne que celle-ci ou même que certains de la droite disent. Et donc quoi ? Nous voulons mieux accueillir, mieux intégrer toutes les personnes qui ont le droit d'être sur notre territoire. Et ce que nous voulons, parce que nous ne pouvons pas tenir cette promesse, c'est organiser les modalités de reconduite à la frontières des personnes que nous ne pouvons pas accueillir et nous ne pouvons pas intégrer.

 

Richard Ferrand fait référence à une vidéo largement partagée par les militants LREM sur les réseaux sociaux et notamment par l'influent compte Twitter Team Macron. On y voit François Mitterrand président de la République expliquer aux journalistes qu'il faut faire une "distinction" entre les immigrés, entre d'un côté les clandestins, de l'autre les immigrés "que l'on a acceptés". Nous sommes en 1989. François Mitterrand lance :

 

Dès 1981, j'ai répété que l'immigration illégale ne doit pas être tolérée. Donc les clandestins qui viennent en France doivent s'attendre justement à être rapatriés ou dirigés sur un pays de leur choix. […] Ne croyez pas que nous avons à faire à une marée humaine. Simplement, il y en a trop.

Et le chef de l'État de poursuivre, ferme :

Les clandestins, que les Français me comprennent, doivent être ramenés chez eux.

 

À voir ci-dessous en vidéo : 

Ce qu'oublie de préciser Richard Ferrand, ce dimanche 14 janvier, c'est qu'au début de son premier septennat, François Mitterrand a régularisé plusieurs milliers de sans-papiers. Environ 130.000 personnes ont obtenu des papiers grâce à des régularisations massives d’étrangers en situation irrégulière. Mais la montée du FN et la cohabitation ont forcé le PS a modifié son discours. "La gauche ne peut pas borner son message à des leçons de morale" estime-t-on ainsi en avril 1988 du côté du parti à la rose.

La référence à François Mitterrand pour défendre Emmanuel Macron est en tout cas une habitude du côté de la majorité. Pas plus tard que lundi 8 janvier, pour l’anniversaire de la mort de l’ancien chef de l’Etat, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux s’est rendu à Jarnac et a lancé, selon plusieurs journalistes présents sur place : "François Mitterrand n’aurait peut-être pas été marcheur, mais il aurait été sensible à la démarche." Un avis partagé par le neveu de François Mitterrand, ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Frédéric Mitterrand, assurant que son oncle "aurait adoré le Président". "Il aurait aimé le personnage, l’aventure, le charisme" de son lointain successeur.  

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