Insolite : le président turc Erdogan "condamne la violence exercée par la police française" contre les manifestants

Publié à 16h23, le 30 mai 2016 , Modifié à 17h49, le 30 mai 2016

Insolite : le président turc Erdogan "condamne la violence exercée par la police française" contre les manifestants
Recep Tayyip Erdogan, le 4 mai 2016 © ADEM ALTAN / AFP

PROVOC' - Le conflit social autour de la loi Travail dure et dure encore. Entre les manifestations et les actions de grève et de blocage, le mouvement a été émaillé par de nombreux actes de violences, de la part des forces de l'ordre contre des manifestants, mais aussi de la part de casseurs contre la police. Et ce climat tendu est observé d'un œil attentif au-delà même des frontières de l'Hexagone.

Lundi 30 mai, c'est ainsi un Recep Tayyip Erdogan moqueur qui a tenu à donner son avis sur la situation sociale française. Défendant une vision personnelle de la démocratie - "La lutte contre le terrorisme est la plus grande priorité de la Turquie, et elle est même plus importante que la règle de droit.La démocratie, la liberté et l’Etat de droit n’ont plus aucune valeur", avait-il tranquillement déclaré en mars - le président turc y va donc de son commentaire acerbe sur... les violences policières en France, qui entraveraient le droit de manifester.

Il a ainsi déclaré, lors d'un discours à Istanbul et comme le rapporte l'AFP :

 

Je condamne la violence exercée par la police française contre les gens qui usent de leur droit de manifester.

Et de poursuivre avec ironie : "[Les pays d'Europe] nous avaient fait remarquer qu'il étaient inquiets [de la situation en Turquie]. Eh bien, moi-aussi, je suis préoccupé par ce qui se passe en France."

Voilà qui ne manque pas de sel, de la part d'un chef de gouvernement islamo-conservateur vivement critiqué après la répression policière de manifestations antigouvernementales en 2013. Cette contestation avait démarré par la mobilisation d'une poignée d'écologistes opposés à un plan d'aménagement urbain qui prévoyait la destruction du parc Gezi, un jardin public de la place Taksim d'Istanbul. La violente répression de ce noyau de protestataires avait déclenché un mouvement de masse contre ce même Erdogan, accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire et de vouloir "islamiser" la Turquie. Les heurts entre policiers et manifestants avaient fait 8 morts et plus de 8.000 blessés.

Peu avant la déclaration du chef d'État turc, le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Tanju Bilgiç, avait lui aussi fait part de sa "préoccupation", invitant les autorités françaises à se garder de "tout usage excessif de la force".

Le président turc ne s'est pas arrêté là, critiquant également les médias occidentaux qui, selon lui, n'ont pas couvert la fronde sociale en France.

De fait, les images choquantes de faits de violences de la part des forces de l'ordre se sont multipliées depuis le début des manifestations. Ces derniers jours, une vidéo d'une femme prise à la gorge par un CRS jeudi à Toulouse puis une autre d'un journaliste indépendant blessé sérieusement à la tête en fin de ­manifestation jeudi à Paris, ont énormément circulé. 

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