Investitures PS aux législatives : la candidature dissidente qui agace l’ex-ministre George Pau-Langevin

Publié à 17h31, le 16 novembre 2016 , Modifié à 20h22, le 16 novembre 2016

Investitures PS aux législatives : la candidature dissidente qui agace l’ex-ministre George Pau-Langevin
L'ex-ministre George Pau-Langevin affrontera la maire du 20e Frédérique Calandra dans une primaire interne au PS pour les législatives. © Montage Le Lab via AFP / BERTRAND GUAY / JOEL SAGET

Tous propos recueillis par Le Lab.





TAMBOUILLE - Quand George Pau-Langevin s’est retrouvée, un matin de juin, sur un marché du 20ème arrondissement en face de sa suppléante frondeuse Fanélie Carrey-Conte, l’une tractant pour, l’autre contre le gouvernement, ce fut le déclic. L’anecdote aurait été cocasse si elle ne reflétait pas un manque de cohérence, pointé régulièrement par des députés PS : une suppléante qui signe jusqu’à la motion de censure contre le gouvernement, auquel appartenait la députée titulaire. La ministre des Outre-Mer sortira du gouvernement le 30 août, en même temps que le trublion Emmanuel Macron. Officiellement pour "raisons personnelles", en réalité pour reprendre en main sa circonscription, la quinzième de Paris (qui s'étale sur une partie du 20ème arrondissement).

Deux mois après son retour en circo, l’ex-ministre tombe des nues. La hollandaise sera défiée, non pas par une frondeuse mais par… une vallsiste. Le 4 novembre, la maire PS du 20ème arrondissement Frédérique Calandra, s’est portée candidate à la députation. Conformément aux statuts du parti, une primaire interne opposera les deux femmes le 8 décembre.

Qu’est-ce qui agace autant George Pau-Langevin ? Être contestée en tant que députée sortante, évidemment, et qui plus est par une élue "dans la ligne de Dominique Strauss-Kahn, qui partage les mêmes positions que Valls sur le voile" - le Premier ministre considère que porter le voile islamique - et pas seulement le burkini ou la burqa - est un acte politique. L’ancienne ministre cogne :

Elle est moins à gauche que moi !



# Une dissidence pour fuir ?



Mais il y a bien plus. George Pau-Langevin doute du sérieux de la candidature de Frédérique Calandra. Son entourage rappelle volontiers que ce sont les députés résidant à moins d’une heure trente de Paris qui sont les premiers sollicités pour siéger en commission jusque tard la nuit. L’ex-ministre soupçonne la maire du 20ème de vouloir fuir sa mairie car "elle ne s’entend pas avec son équipe municipale", bien plus que de s'investir dans un mandat parlementaire.

Un responsable socialiste parisien confirme ces couacs à répétition au sein de la mairie d’arrondissement. "Elle est pas diplomate", euphémise-t-il à propos de Frédérique Calandra, évoquant des tensions "notamment avec les verts et les communistes". Certains élus PS frondeurs "soutiennent sa candidature… mais pour récupérer ensuite la mairie", décrypte-t-il.



# Le renouveau, c’est Calandra



"J’estime être mieux armée, dans une meilleure position vis-à-vis des électeurs" que George Pau-Langevin pour mener cette candidature, se défend Frédérique Calandra, insistant longuement sur le "travail de terrain" de son équipe municipale et notamment sur les places de crèche et l’emploi. Même si la gauche a été élue avec 73,5 % en 2012 ? La maire brandit l’argument du Front national : "Je vous rappelle que, dans le 20ème arrondissement, dans les années 90, Le Pen avait fait un de ses meilleurs scores. Si aujourd’hui c’est le cas [le succès de la gauche, ndlr], c’est parce que des gens comme Bertrand Delanoë ou Anne Hidalgo ont arpenté le terrain". Elle ajoute :

 

La dernière fois qu’elle s’est présentée, George Pau-Langevin avait laissé entendre que ce serait son dernier mandat. [...] Je m’étais préparée à me présenter. J’ai été surprise de la façon dont elle est sortie du gouvernement, en même temps qu’Emmanuel Macron, et de son annonce de candidature.

L'argument du "dernier mandat" est récusé par un proche de l’ex-ministre : "C’est avancé par certaines personnes mais jamais ça n’a été dit dans un tract ou dans une réunion publique, à aucun moment".

Alors, la défier dans sa circonscription ? "Cette possibilité étant offerte, il n’y a rien de mal à s’en saisir", sourit Frédérique Calandra. Quant à ceux qui interprètent cette candidature comme une volonté de s’exfiltrer en raison de tensions avec son équipe municipale, elle ne passe pas par quatre chemins pour leur répondre :

 

Ce sont des imbéciles ! C’est faux, j’ai d’excellentes relations avec mon équipe municipale. Si on devait s’évanouir à chaque fois qu’un conseil municipal était compliqué… Il y a des verts, des communistes, ils sont pas toujours d’accord entre eux… mais la droite non plus !



# Une querelle qui se joue à un plus haut niveau ?



Les conseillers de George Pau-Langevin se sont livrés à un petit calcul : "Il faut que la maire soit une femme. Les seules adjointes qui peuvent la remplacer[piochées dans une liste de 12 adjoints car ils doivent être aussi conseillers de Paris, ndlr]sont deux frondeuses". Il s’agit de Nathalie Maquoi et Virginie Daspet, toutes deux soutiens de Benoît Hamon à la primaire de la Belle alliance populaire. Ce qui agace passablement George Pau-Langevin, elle qui défend aujourd'hui avec ferveur le bilan de François Hollande. Frédérique Calandra, elle, fait mine ne pas encore savoir à qui reviendrait la mairie. "On en décidera collectivement avec les élus de la majorité et madame Hidalgo", balaye-t-elle.

Les deux candidates ont rencontré Anne Hidalgo, qui visiblement ne tient pas à se mêler de la querelle. "Je respecte ton travail et ton parcours, à aucun moment je n’ai l’intention de m’immiscer dans cette campagne interne", aurait-elle assuré à George Pau-Langevin lors d’un entretien en tête à tête. L’ex-ministre l’a ainsi interprété : la maire de Paris ne s’opposera pas à sa candidature, comme elle a pu le faire pour Myriam El Khomri à cause de la loi Travail ou pour tout autre ministre parachuté. Hidalgo lui aurait également avoué qu’elle était dérangée par les problèmes au sein de la mairie du 20ème et qu’elle voulait trouver une solution pour exfiltrer Frédérique Calandra.

Contactée, la mairie de Paris refuse de confirmer la teneur des propos d’Anne Hidalgo lors de sa rencontre avec George Pau-Langevin, se contentant de dire que "c’est aux militants de choisir".

Quant à Frédérique Calandra, elle rapporte : "Anne Hidalgo m’a dit que j’étais légitime à me présenter et qu’il n’y avait aucune raison que je ne le fasse pas".

L’affaire a même fait l’objet d’une rencontre, jeudi 10 novembre, entre George Pau-Langevin et Manuel Valls. Le Premier ministre lui aurait assuré qu’il était au courant, mais pas à l’origine de la manœuvre. Il croirait même plutôt à l’hypothèse selon laquelle Anne Hidalgo aurait elle-même orchestré cette candidature. Une interprétation qui peut être influencée par les relations exécrables qu’entretiennent le Premier ministre et la maire de Paris. Un cadre socialiste parisien se montre ainsi plus modéré : la candidature de Frédérique Calandra relèverait de sa propre initiative et n’aurait "pas été encouragée… mais pas non plus dissuadée par Anne Hidalgo".

 







[BONUS TRACK] Démission express

Après l’épisode du tractage sur le marché face à Fanélie Carrey-Conte, George Pau-Langevin a dit à Manuel Valls son intention de quitter le gouvernement. Elle raconte :

 

Le travail à l’Outre-mer était passionnant mais fatigant, avec beaucoup de déplacements. J’avais toujours peur d’un dérapage en Outre-Mer. [...] En juillet, je lui ai dit une deuxième fois que je voulais partir, et il avait été décidé que je partirais mi-octobre. Le 30 août [jour de la démission d'Emmanuel Macron, ndlr], alors que je présentais ma loi sur les Outre-Mer, Valls est venu me voir pour me dire que c’était maintenant ou jamais car il n’y aurait pas d’autre remaniement avant la fin du quinquennat. J’ai réfléchi 30 secondes et je lui ai dit oui.

Ou comment prendre la décision de démissionner en 30 secondes… le jour de la rentrée.

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