La contradiction entre les représentants de François Fillon sur la politique migratoire d’Angela Merkel

Publié à 11h58, le 21 décembre 2016 , Modifié à 12h56, le 21 décembre 2016

La contradiction entre les représentants de François Fillon sur la politique migratoire d’Angela Merkel
Benoist Apparu, Bernard Accoyer et Bruno Retailleau. © Montage Le Lab via BFMTV, LCP et LCI.

François Fillon largement vainqueur de la primaire de la droite le 27 novembre, toute la famille LR a répété inlassablement que l’heure était désormais au "rassemblement" entre les différentes écuries. Condition essentielle, selon eux, pour revenir aux affaires en 2017. Symboliquement, tous les anciens adversaires et/ou leurs représentants ont été intégrés à l’équipe de campagne, même si Laurent Wauquiez a dénoncé une "purge méthodique" contre les sarkozystes.

Tout ce petit monde qui portait des idées très différentes durant la campagne de la primaire doit maintenant parler d’une seule et même voix. Il existe même un poste dédié notamment à cette tâche : coordination et stratégie, occupé par Bruno Retailleau. Mais tout n’est pas forcément très bien *coordonné*, à l’image de cette contradiction ce mercredi 21 décembre sur différents plateaux de télévision.

Après l’attentat qui a fait 12 morts lundi soir à Berlin, Bruno Retailleau, Bernard Accoyer (secrétaire général de LR) et Benoist Apparu (ex-juppéiste, porte-parole de François Fillon), sont invités à commenter la politique migratoire d’Angela Merkel. Les critiques ont fusé notamment à droite, et au Front national, contre la chancelière allemande qui avait ouvert ses frontières à un million de migrants et réfugiés, à l’été 2015. L’amalgame a été établi entre immigration et terrorisme alors qu’un premier suspect, relâché mardi, était un demandeur d’asile. À ce jour, la police allemande est à la recherche d'un Tunisien dont un document d'identité a été retrouvé dans le camion qui a foncé sur un marché de Noël.

# Bruno Retailleau et l’"erreur" d’Angela Merkel

Sur LCI, le sénateur de la Vendée dézingue la politique d’accueil d’Outre-Rhin :

 

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La politique, ça peut être comme l’enfer pavé de bonnes intentions. On sait maintenant qu’Angela Merkel a fait une erreur lorsqu’elle a ouvert toutes grandes ses frontières. Elle l’a d’ailleurs reconnu. Il y a eu, il y a un an maintenant, les attentats de Cologne [en réalité, des agressions sexuelles, ndlr]. Elle a dû rétropédaler. Il faut être capable de tenir les frontières et ne pas se laisser abandonner à une forme de sentimentalisme parce qu’on voit bien que ça peut être le pire. Il y a le droit d’asile qu’il faut protéger, mais pour le protéger, il faut être très ferme.

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Il n’est pas tout à fait exact de dire qu’Angela Merkel a "rétropédalé". La chancelière allemande a en fait pris de la distance avec son fameux "Wir schaffen das" ("Nous y arriverons"), le slogan optimiste étant devenu "presque une formule vide de sens", selon elle. Si elle a reconnu des "erreurs" surtout dans la façon dont cette politique a été expliquée, elle n’entend pas changer de politique pour autant.

# Benoist Apparu refuse les "amalgames"

Sur BFMTV, l’ancien juppéiste devenu porte-parole de François Fillon invite à ne pas "confondre" les problèmes d’immigration et de terrorisme :

 

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Ce n’est pas en pointant du doigt ce qu’a fait Angela Merkel qu’on trouvera des solutions. Qui plus est le lien entre la politique migratoire et les attentats que nous avons vécus en Allemagne à Berlin ou en France il y a plusieurs semaines et plusieurs mois, ce lien n’a jamais été établi. Parce que là encore, ne confondons pas les choses : que dans les migrants il y ait potentiellement 0,1 % de fanatiques islamiques, c’est possible. Mais tant qu’on continuera à vouloir entretenir cette confusion entre l’immigration, l’islam et ce qui est un terrorisme islamique qui n’a rien à voir avec cette religion, là on continuera dans les amalgames, dans l’erreur et on brisera les sociétés occidentales. Ne confondons pas ce qui est un fanatisme soit disant religieux et une religion. L’islam n’est pas une religion de guerre, il y a des fanatiques islamiques qui utilisent la religion pour porter la guerre. Ce sont deux choses qui n’ont strictement rien à voir.

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# Bernard Accoyer refuse de critiquer Angela Merkel

Le secrétaire général de LR, filloniste, explique sur LCP qu’une "fermeté" est nécessaire dans le contrôle aux frontières, mais refuse de critiquer la politique migratoire d’Angela Merkel :

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Le problème est la confusion que l’on fait entre des réfugiés qui cherchent à échapper à la guerre, à la mort, aux conditions horribles qui sont celles que l’on connaît, en particulier en Syrie, et ceux qui viennent pour trouver ici soit des conditions économiques qui leur soient plus favorables, ou dans un but de commettre des attentats. La difficulté est de séparer ces deux types de migrants : ceux qui doivent être accueillis, parce qu’ils sont au coeur de notre devoir humanitaire, et ceux avec lesquels il faut être absolument ferme, je dirais même intransigeant aux frontières de l’Europe et à un certain niveau de contrôle avec derrière des procédures qui partout dans nos pays européens dont la civilisation est finalement la cible de ces terroristes sont l’objet de ces attentats. Je ne me permettrais jamais d’émettre un jugement sur le gouvernement d’un pays allié, ami, avec lequel justement dans la guerre contre le totalitarisme islamiste, le terrorisme, nous devons être les alliés indéfectibles. Que nous devions parler ensemble, il y a à relancer une coopération avec l’Allemagne en tout domaine.

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Au contraire, le député Guillaume Larrivé, a eu un discours encore plus radical, qualifiant la politique migratoire d'Angela Merkel de "tragédie". Mais lui n'est pas intégré à l'équipe de campagne de François Fillon, puisqu'il est porte-parole de LR.

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