La défense alambiquée d'Éric Ciotti après avoir raconté n'importe quoi sur l'absence de la France à l'investiture de Donald Trump

Publié à 12h26, le 10 janvier 2017 , Modifié à 13h41, le 10 janvier 2017

La défense alambiquée d'Éric Ciotti après avoir raconté n'importe quoi sur l'absence de la France à l'investiture de Donald Trump
Éric Ciotti © AFP
Image Sylvain Chazot


Comme plusieurs autres élus, Éric Ciotti a cru trouver, lundi 9 janvier, un bon moyen d'attaquer François Hollande : Paris n'enverra personne pour représenter la France, le 20 janvier prochain à Washington, lors de la cérémonie d'investiture du 45e président américain, Donald Trump.

Alors ça, c'est le pompon ! Le député LR des Alpes Maritimes s'est donc fendu d'un tweet dans lequel il fait part de sa "honte" devant cette absence alors que la France était représentée aux obsèques de Fidel Castro, en décembre, par Ségolène Royal.





Sauf que tout ceci est normal. En 2009, pour l'investiture de Barack Obama, la France présidée par Nicolas Sarkozy n'avait envoyé aucune délégation. "Ce n'est pas la coutume. Aucun chef d'État n'y participera", s'était justifié à l'époque l'Élysée auprès du Post. De fait, l'investiture du président américain est un événement national et aucune délégation étrangère n'est jamais conviée, à l'exception du Mexique et du Canada. Ces deux pays sont frontaliers des États-Unis, ce qui aurait pu être le cas de la France si Napoléon 1er n'avait pas vendu la Louisiane aux États-Unis en 1803, mais bon, on ne va pas refaire l'histoire ici.

Éric Ciotti a donc dit un peu n'importe quoi. Invité de RFI ce mardi 10 janvier, on s'attend à entendre l'élu LR faire amende honorable en reconnaissant s'être un peu laissé aller dans la critique facile de François Hollande. Sauf que ce n'est pas le cas, bien au contraire : le membre du secteur "chiffres, faits et arguments" de l’équipe de campagne de François Fillon se défend. Son argumentaire s'organise en cinq temps.

 

#1 Éric Ciotti critique l'ambassadeur de France aux États-Unis

Le journaliste de RFI signale à Éric Ciotti sa bévue. Il évoque le tweet de Gérard Araud, ambassadeur de France aux Etats-Unis qui, lundi, a expliqué que "l'investiture du président [américain, NDLR] est un événement purement national", qu''il n'y a pas de délégations étrangères" et que "seuls sont invités les ambassadeurs".





Pour le député des Alpes Maritimes, le messager est bien plus important que le message. Il décide donc de s'en prendre directement à Gérard Araud qui, dans la nuit de l'élection de Donald Trump, avait fait part de son "vertige" face à ce résultat. "Après le Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s’effondre devant nos yeux", avait-il écrit avant de supprimer son message face au tollé engendré. Éric Ciotti lance :



Le même ambassadeur de France aux États-Unis qui avait, le soir de l'élection de Donald Trump, quasiment insulté le nouveau président élu et qui l'avait conduit d'ailleurs, par les tweets, à retirer immédiatement son tweet (sic)

La notion d'insulte est une question d'appréciation mais en faisant part de son "vertige" face à une élection qui, ce jour-là, était une surprise pour le monde entier, Gérard Araud ne semble pas avoir "quasiment insulté" Donald Trump. Surtout, son tweet du 9 novembre ne signifie pas qu'il a tort sur la présence de pays étrangers à l'investiture du président américain.

 

#2 Éric Ciotti explique que l'Élysée n'avait pas rédigé de lettre de félicitations pour Donald Trump

Critiquer l'ambassadeur peut permettre de gagner du temps mais l'élu LR ne peut pas totalement s'en sortir ainsi, les attaques lancées lundi restant toujours fausses malgré tout. Le député des Alpes Maritimes décide donc de s'en prendre directement à l'Élysée en ciblant le comportement de Paris après l'élection de Donald Trump.

Il poursuit :

Ce que j'ai voulu dire c'est que l'administration française, enfin le gouvernement français, au regard de la nouvelle administration américaine, celle de Donald Trump, qui va s'installer la semaine prochaine, a installé une absence quasi-totale de relations : il n'y avait pas de lettre de félicitations rédigée. Donc il y a aujourd'hui cette attitude encore une fois d'isolement vis-à-vis des États-Unis, il n'y a pas de geste d'amitié. Pourtant nous avons besoin d'avoir cette relation forte.

Tout cela est subtil : l'Élysée n'aurait pas rédigé par avance de lettre de félicitations pour Donald Trump et cela illustrerait la manière dont le pouvoir hollandais rechigne à travailler avec la nouvelle administration américaine. Cette information est issue d'un confidentiel de RTL qui, début novembre, avançait que Paris n'avait préparé qu'une seule lettre de félicitations, à destination de Hillary Clinton.

Mais une lettre a bien été envoyée le 9 novembre 2016, quelques heures à peine après l'élection de Donald Trump.

Et que peut-on lire dans cette lettre ? Ceci : "Les Etats-Unis constituent un partenaire de tout premier plan pour la France. Ce qui est en jeu c’est la paix, la lutte contre le terrorisme, la situation au Moyen-Orient, ce sont les relations économiques et c’est la préservation de la planète. Sur tous ces sujets, je souhaite engager sans tarder des échanges avec vous à la lumière des valeurs et des intérêts que nous partageons. L’amitié entre nos deux peuples et notre histoire commune nous y aideront."

Des mots qui semblent un peu contredire ceux d'Éric Ciotti qui, de toute manière, n'explique pas en quoi cette supposée absence de lettre rédigée lui permet de dire n'importe quoi sur la présence française à l'investiture du président américain.

 

#3 Éric Ciotti embraye sur la présence de Ségolène Royal aux obsèques de Fidel Castro

Le député LR des Alpes Maritimes justifie sa réflexion sur l'absence de délégation française à l'investiture de Donald Trump en critiquant la présence de Ségolène Royal aux obsèques de Fidel Castro. Il dit :

On a eu cette position ridicule de madame Royal allant aux obsèques de Castro, vantant les mérites du régime castriste qui a été, je le répète, une des pires dictatures de l'histoire contemporaine.

Début décembre, Ségolène Royal avait salué la mémoire de l'ex-président cubain, "un monument de l'histoire", rejetant les accusations de violations des droits l'Homme à son encontre. Des propos qui avaient indigné de nombreux élus de tous bords politiques, y compris au sein du gouvernement.

Une nouvelle fois, on ignore en quoi cette présence justifie l'intox d'Éric Ciotti.

 

#4 Éric Ciotti se défausse sur Twitter

L'élu LR est peut-être conscient que sa réflexion sur l'absence de délégation française à Washington n'était pas forcément justifiée. Il tente alors une pirouette, expliquant que ses propos ont été un peu raccourcis :

Il y a ce deux poids deux mesures [entre la présence de Ségolène Royal aux obsèques de Fidel Castro et l'absence de la France à l'investiture de Donald Trump, NDLR] qui a été peut-être traduit un peu rapidement comme c'est le cas dans un tweet mais, en tout cas, nous ne serons pas représentés.

140 signes, cela est court pour exprimer une idée, ce qui force à faire quelques raccourcis. Reste toutefois la possibilité d'écrire un second tweet, voire un troisième soyons fous, ce qui n'a pas été fait. 

 

#5 Éric Ciotti explique que la France aurait pu s'incruster

Certes, la France n'envoie jamais de délégation pour l'investiture du président américain. D'accord, seuls les ambassadeurs sont invités. Et alors ? Pour Éric Ciotti, Paris fait preuve d'une mauvaise volonté flagrante :

Il y a beaucoup d'invités, fortement (sic). On aurait pu faire d'autres signes et d'autres gestes et d'autres pays les feront.

Cela ne tient qu'à Éric Ciotti. Si le député LR tient à assister à l'investiture de Donald Trump, charge à lui d'activer ses réseaux et de dégoter une invitation qui sera, alors, personnelle. Ségolène Royal, encore elle, avait bien fait le déplacement en 2009, pour l'investiture de Barack Obama…

Du rab sur le Lab

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