La grosse avoinée "socialiste" de Michel Rocard à Manuel Valls et Emmanuel Macron

Publié à 11h54, le 23 juin 2016 , Modifié à 11h56, le 23 juin 2016

La grosse avoinée "socialiste" de Michel Rocard à Manuel Valls et Emmanuel Macron
Michel Rocard © PATRICK KOVARIK / AFP
Image Etienne Baldit


Les relations père-fils, c'est compliqué. Il y a des hauts et des bas. En ce moment, entre Michel Rocard et Manuel Valls par exemple, on est plutôt dans le bas. Alors que l'ancien Premier ministre de François Mitterrand reconnaît volontiers en celui de François Hollande "l'un de ses enfants", tout n'est pas si facile quand même.

Car la figure tutélaire de l'aile "social-démocrate" et "réformatrice" du PS adresse de temps en temps ses critiques à l'encontre de son ancien collaborateur, aujourd'hui tenant de ce même courant solférinien. Il lui est ainsi arrivé de conseiller, à mots à peine voilés, une "cure de gauchisme" à son poulain, coupable selon lui de vouloir "déclarer la désuétude [du PS] et programmer sa disparition". Nouvel exemple dans une interview du même Rocard, dans Le Point en kiosque jeudi 23 juin.

Mais cette fois, ses attaques concernent également un autre individu : Emmanuel Macron. Non encarté au PS mais membre éminent du gouvernement, le ministre de l'Économie veut lui aussi incarner cette frange du parti qui ne se contente pas d'être de gauche. Michel Rocard commence par une gentillesse à l'égard des deux hommes : il les "remercie" de l'identifier comme leur mentor. "Ils le font tout le temps, c'est gentil à eux", reconnaît l'ex-chef de gouvernement. Mais ça se gâte très vite :



Mais ils n'ont pas eu la chance de connaître le socialisme des origines, qui avait une dimension internationale et portait un modèle de société. Jeune socialiste, je suis allé chez les partis suédois, néerlandais et allemand, pour voir comment ça marchait. Le pauvre Macron est ignorant de tout cela. La conscience de porter une histoire collective a disparu, or, elle était notre ciment. Macron comme Valls ont été formés dans un parti amputé. Ils sont loin de l'Histoire.

Voilà qui pique un tout petit peu. En résumé : les deux ambitieux manquent cruellement de "conscience" socialiste originelle. Oh ce n'est pas nécessairement entièrement leur faute : selon Rocard, il faut aussi blâmer ce "parti amputé" de cette même "conscience". Mais tout de même, cela les conduit l'un comme l'autre à *oublier* de "porter une histoire collective".

"Le socialisme porte un projet, mais il n'est plus clair depuis longtemps, regrette encore Michel Rocard dans Le Point. D'ailleurs, il n'y a plus guère que moi pour en parler... parce que je suis archaïque, probablement." Difficile, là encore, de ne pas voir un scud furtif mais bel et bien destiné à Manuel Valls, lui qui prône le divorce définitif entre deux "gauches irréconciliables", dont l'une (pas la sienne, n'est-ce pas) serait "passéiste" et enfermée dans ses "conservatismes".

De son côté, Michel Rocard est beaucoup moins offensif à l'égard des frondeurs, même s'il adresse cette mise en garde contre certaines de leurs revendications :



Les frondeurs exigent des politiques qui ont gardé le nom de 'gauche' dans leur patrimoine qu'ils envoient des ordres politiques au marché, comme corriger les inégalités ou préserver le repos dominical. Mais le marché digère mal les signaux politiques non calibrés.

Mais au final, il semble bien que ce soit contre Emmanuel Macron que ses critiques soient les plus fortes. Questionné pour savoir si le ministre, qui revendique de ne pas être encarté au PS et a monté son mouvement "et de droite et de gauche", est "de gauche", Michel Rocard a cette réponse :



La vérité française, c'est que l'on ne sait plus ce qu'est la droite et la gauche. Autrefois, les critères étaient la proximité avec le PC et un degré d'étatisme important, préservé même à droite par de Gaulle. Deux archaïsmes dont Macron s'est totalement affranchi, mais il reste du côté du peuple, donc de la gauche. Assurer un bien meilleur niveau d'emploi, Macron ne pense qu'à ça. Réduire les inégalités, on peut encore faire avec lui. Reste le vrai signal de gauche qui consiste à donner à l'homme plus de temps libre pour la culture, les choses de l'esprit, le bénévolat associatif, etc. Le capitalisme doit ménager cet espace.

Ce qu'Emmanuel Macron ne fait donc pas (encore ?), selon lui. Et la leçon vient du père de la "deuxième gauche", qui veut notamment que la pleine prise en compte de l'économie de marché prime sur l'héritage "marxiste" du PS.





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