La prise de position anti-déchéance de Macron, en plein débat à l'Assemblée et juste avant le remaniement

Publié à 06h31, le 10 février 2016 , Modifié à 14h05, le 10 février 2016

La prise de position anti-déchéance de Macron, en plein débat à l'Assemblée et juste avant le remaniement
© ALAIN JOCARD / AFP
Image Etienne Baldit


PROVOC' PUISSANCE 10 - Il est 22 heures passées, mardi 9 février. Les députés sont en plein examen de l'article 2 de la réforme constitutionnelle, celui qui traite de la déchéance de nationalité. Le dernier remaniement du quinquennat est attendu pour la fin de semaine, après ce fameux débat. C'est ce moment précis qu'a choisi Emmanuel Macron pour prendre publiquement position contre ce projet du gouvernement, qui divise la classe politique toute entière.

Le ministre de l'Économie n'est pas un adepte de la maxime "un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne". Alors que Manuel Valls et François Hollande sont de plus en plus irrités par ses sorties polémiques, il a récemment promis de continuer à "ouvrir des débats". Ce qu'il a donc fait ce mardi à Paris, lors d'une conférence devant la fondation France-Israël.

Le Figaro rapporte en effet ces propos très critiques du jeune ministre de l'économie :



J'ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la place que [ce débat] a pris, parce que je pense qu'on ne traite pas le mal en l'expulsant de la communauté nationale. Le mal est partout. Déchoir de la nationalité est une solution dans certains cas, mais à la fin des fins, la responsabilité des gouvernants est de prévenir et de punir implacablement le mal et les actes terroristes.[...] Il ne faut surtout pas le prendre comme un débat sur la binationalité [ou] sur le rapport à la nationalité française.

On ne peut pas faire plus clair. Un véritable défi adressé à l'exécutif, qui a fait de cette révision constitutionnelle un enjeu majeur. Devant les députés, dans l'après midi, Manuel Valls avait remis un sérieux coup de pression pour s'assurer de leur vote en faveur de la déchéance. 

Cela n'aura pas franchement réussi, puisque 92 socialistes ont voté contre, tard mardi soir. La mesure a finalement été adoptée à une très courte majorité. Et si même au gouvernement, des éléments essentiels se permettent de contester la volonté présidentielle et primo-ministérielle... Emmanuel Macron, dont l'hypothèse d'une démission avait été évoquée avant qu'il ne la démente vigoureusement, tente-t-il par là de mesurer jusqu'où il peut se permettre d'aller dans la provocation, alors même que le remaniement est imminent ? À noter que sur les coups de 23h30, s'exprimant face à la presse depuis l'Assemblée nationale, le Premier ministre n'était pas au courant de ces déclarations de son ministre

Plus tard, Manuel Valls a cependant rappelé que "tout le gouvernement était mobilisé sur la protection, la sécurité des Français". "Le texte a été adopté en conseil des ministres. Chacun, Emmanuel Macron parmi les autres, soutient cette démarche. Il ne peut pas en être autrement", a-t-il lancé.

Mais Emmanuel Macron n'est pas à une opposition près avec, tout particulièrement, Manuel Valls. Déjà sur le sujet du terrorisme, les deux hommes s'étaient affrontés par déclarations interposées. Le ministre avait estimé que la France devait assumer une "part de responsabilité" dans le "terreau" sur lequel le djihadisme a pu prospérer. Ce à quoi le chef du gouvernement avait rétorqué qu'"aucune excuse [au terrorisme] ne doit être cherchée : sociale, sociologique ou culturelle".

Pour rappel, seule Christiane Taubira s'était publiquement opposée à la déchéance de nationalité... avant de démissionner sur fond de "désaccord politique majeur". D'autres ministres sont sur la même ligne, mais se sont bien gardés de le dire trop fort ces derniers temps. À l'image de Marylise Lebranchu, déployant des trésors d'ingéniosité pour ne pas critiquer la mesure tout en laissant entrevoir qu'elle était contre. 





[EDIT 13h45] Ajout déclarations à iTÉLÉ et Reuters

Interrogé par iTÉLÉ en milieu de journée mercredi, le ministre de l'Économie a nuancé ses propos. Il a notamment précisé qu'il souhaitait voir cette réforme constitutionnelle votée :



Pour nombre de nos concitoyens, ce n'est pas une priorité et je pense qu'on a accordé trop de place à ce débat. […] Mon souhait le plus profond c'est que cette réforme puisse se faire comme le président de la République l'a voulu, parce que je suis loyal au président de la République, mais en pleine sincérité avec mes convictions, c'est que je pense qu'il ne faut pas donner plus de sens à ce débat qu'il ne doit en avoir, plus de place qu'il ne doit en avoir.

Des mots qui s'inscrivent dans la lignée de ceux formulés par son entourage auprès de l'agence Reuters, qui précisait qu'Emmanuel Macron ne s'était pas exprimé "contre la mesure qui a été votée" mais contre ce qu'était devenu le débat. "Il est gêné par le débat qui est devenu un débat sur l'identité, il dit qu'il faut remettre le débat à sa place, qui est un débat sur le terrorisme", disait-on.

Du rab sur le Lab

PlusPlus