Laguiller, Voynet et Buffet racontent le sexisme subi pendant leur(s) campagne(s) présidentielle(s)

Publié à 19h25, le 04 avril 2017 , Modifié à 19h33, le 04 avril 2017

Laguiller, Voynet et Buffet racontent le sexisme subi pendant leur(s) campagne(s) présidentielle(s)
Dominique Voynet, Arlette Laguiller et Marie-George Buffet. © Captures d'écran Canal +

"Nous sommes un vieux pays de machos", avait lancé, tonitruant, Jean-Luc Bennahmias (lui-même pas totalement exempt de quelques comportements sexistes) pendant le troisième débat de la primaire élargie du PS fin janvier. Et ça continue en 2017. Que ce soit chez Les Républicains, où, comme par le passé, plus d'hommes que de femmes seront investies pour les législatives. Que ce soit au PS qui demeure miné par un plafond de verre plus ou moins conscient qui prive les femmes des principaux postes décisionnels malgré des efforts pour une représentation plus égalitaire des deux sexes en politique.

[Lire notre palmarès des remarques sexistes prononcées par des responsables politiques en 2016.]

Malgré tout, et cela ne fait pas de mal de l’écrire, les mentalités ont évolué. Le documentaire Moi, candidat, diffusé sur Canal + mercredi 5 avril et que Le Lab a pu visionner, est la preuve que l'on va à rebours du fameux adage c’était mieux avant. Car oui, on peut le dire, c’était pire avant. D'anciennes candidates à la présidentielle racontent ainsi plusieurs anecdotes relatant le sexisme dont elles ont fait l’objet pendant une ou plusieurs de leur(s) campagne(s).

  • Arlette Laguiller

Sextuple candidate à la présidentielle sous l’étiquette Lutte ouvrière, Arlette Laguiller le dit sans ambages : elle n’était "pas à [sa] place" lorsqu’elle s’est présentée pour la première fois, en 1974 à l’âge de 34 ans. "Eh bien oui, je suis une femme et j’ose me présenter comme candidate à la présidence de cette République d’hommes, déclamait-elle dans son clip de campagne. C’est légal, et pourtant cela choque, cela paraît étrange, même aux hommes de gauche et cela doit l’être puisque je suis la seule". 43 ans plus tard, elle se remémore une réflexion machiste et paternaliste du général Bigeard. Celle qui est alors présentée à la télévision comme "mademoiselle Arlette Laguiller" est priée par le militaire de se trouver un petit mari et de disparaître fissa du monde politique :

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La petite Laguiller, là, qui est mignonne, la petite employée de banque, là, y’en a 1,30 [%] qui a voté pour elle, alors tout ça, c’est un peu les excités. La petite Laguiller, faut la marier à un second maître ou un parachutiste et on n’en parlera plus, quoi.

 

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Une vingtaine d’années et trois candidatures présidentielles plus tard, nouvel épisode sexiste, sur le plateau de l’émission de France 2 L’Heure de vérité. Deux journalistes interrogent ainsi tour à tour Arlette Laguiller sur des questions apparemment existentielles lorsque l’on veut accéder aux plus hautes fonctions : le maquillage et le charisme de Fidel Castro. Voici l’échange rediffusé dans le documentaire Moi, candidat :

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- Christine Clerc : En sortant d’ici, vous allez enlever ce très léger maquillage qu’on vous voit pour la première fois ou vous allez le garder ?



- Arlette Laguiller : Écoutez, je sais pas, j’y ai pas trop pensé. C’est pas trop de ça dont j’espérais qu’on allait parler.



- François-Henri de Virieu : Bien, merci Christine Clerc. Monsieur Fidel Castro est actuellement à Paris. C’est votre type d’homme, monsieur Castro ?

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¯\_(ツ)_/¯

  • Dominique Voynet

"Ça continue, le sexisme", balance Dominique Voynet. Certes, la question est toujours d’actualité. Mais la candidate des Verts en 1995 puis 2007 a quelques anecdotes dans sa besace pour prouver que c’était pire avant. Dans son viseur, les journalistes. Elle raconte :

 

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C’est vrai que, dans la campagne de 1995, je l’ai senti très fortement parce que j’étais une femme et une jeune femme. Donc la tendance au paternalisme d’un certain nombre de journalistes masculins était manifeste. Je me souviens d’une émission, c’est [Daniel] Bilalian qui m’interroge à la fin du journal, et il m’appelle par mon prénom : 'Dominique, que pensez-vous de, etc.'

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Le sexisme n’était cependant pas l’apanage des hommes, poursuit-elle :

 

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Je me souviens avoir vu des articles écrits par des femmes qui étaient peut-être encore pire, qui consacraient pas mal de lignes à la description de mes cheveux, de ma façon de me tenir

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La bien connue solidarité féminine.

  • Marie-George Buffet

Malgré son expérience de cinq ans au ministère de la Jeunesse et des Sports et six ans passés comme secrétaire nationale du Parti communiste français au moment de sa candidature, en 2007, Marie-George Buffet est l’objet de remarques misogynes. La candidate communiste à la présidentielle raconte ne pas avoir été prise très au sérieux en raison de son sexe :

 

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Je pense que l’idée que, quand même, une femme Présidente, est-ce qu’elle aura les épaules assez larges, est-ce qu’elle aura l’autorité, la force d’assumer ces responsabilités - la misogynie est quand même extrêmement présente dans la société française.

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Pour l’élection de 2017, les femmes demeurent largement sous-représentées. Nathalie Kosciusko-Morizet était la seule femme parmi les sept candidats à la primaire de la droite et du centre. Même situation à gauche où Sylvia Pinel était la seule représentante de la gent féminine sur sept candidats à la primaire de la Belle Alliance Populaire. EELV s’était démarqué avec trois candidates (Michèle Rivasi, Cécile Duflot et Karima Delli) à sa primaire remportée cependant par… un homme, Yannick Jadot.

Sur onze prétendants à l’Élysée ne figurent que deux femmes : Marine Le Pen (Front national) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière).

Du rab sur le Lab

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