Laurence Rossignol veut combattre "sans arrière-pensée" le burkini, qu’elle juge "profondément archaïque"

Publié à 12h19, le 15 août 2016 , Modifié à 14h55, le 21 août 2016

Laurence Rossignol veut combattre "sans arrière-pensée" le burkini, qu’elle juge "profondément archaïque"
© FRED DUFOUR/AFP
Image Amandine Réaux


Faut-il interdire le burkini ? C’est la question qui taraude plusieurs édiles de communes situées sur le littoral français. Ainsi les maires LR David Lisnard et Lionnel Luca ont-ils décidé d’interdire cette tenue de bain recouvrant intégralement le corps sur la plage de leurs communes, Cannes et Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), au nom de la laïcité, quand le maire PS de Sisco (Haute-Corse), Ange-Pierre Vivoni, a pris un arrêté similaire ce lundi 15 août, après les incidents violents de samedi.

Laurence Rossignol aussi est opposée au burkini, mais pas tout à fait pour les mêmes raisons que la droite, comme elle l’a expliqué ce lundi sur Europe 1 :



Le burkini n’est pas juste une nouvelle gamme de maillot de bain [...] mais aussi un projet de société, une vision en particulier de la place des femmes et ne peut pas être abordé uniquement sous l’angle d’une pseudo-mode ou des libertés individuelles. Bien sûr, chacune s’habille comme elle veut, mais le burkini a un sens : cacher le corps des femmes pour cacher la femme. La place que ça accorde aux femmes est une place que je combats, que d’autres avant moi ont combattu. Il y a quelque chose de profondément archaïque. Il n’y a rien de moderne dans le burkini. [...] Je combats cet archaïsme qui consiste à considérer que les femmes sont impures, que leur corps est par définition une provocation aux hommes et à la société.

Fin mars déjà, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes s’était opposée au burkini au nom de la "liberté des femmes". Elle avait dénoncé en particulier l’appellation "pudique" par les marques qui proposent ces vêtements de bain à la vente, expliquant que cela insinuait que les femmes en bikini ou monokini étaient "impudiques". Mais Laurence Rossignol a tenu à différencier son combat de celui de la "droite dure" qui aurait "des arrière-pensées". Comprendre : la droite veut stigmatiser les musulmans, tandis qu’elle assure se battre pour "l’émancipation des femmes". Elle dit :



Pour combattre cet archaïsme, il faut des personnalités politiques de sang-froid et sans arrière-pensée. Or, ce que j’observe depuis un moment, c’est qu’il y a des arrière-pensées pour une partie de la droite dure, celle qui flirte avec le FN et qui veut faire de l’islam le sujet des mois à venir. [...] Il va falloir qu’on aborde ces sujets (interdits vestimentaires et alimentaires) avec beaucoup de sang-froid, et en ayant toujours en tête que ça ne concerne pas les musulmans, mais une fraction politique organisée qui veut développer un projet de société qui est celui contre lequel les femmes se sont battues et contre lequel nous continuerons à nous battre. Ce qui est en cause, c’est l’émancipation des femmes, mais il faut pas le faire pour d’autres raisons que l’émancipation des femmes, donc je souhaite qu’on aborde les mois à venir, qui seront ceux de la présidentielle, de la primaire de la droite avec beaucoup de sens des responsabilités. Je ne veux pas que notre société s’enflamme sur ces sujets parce que les musulmans sont pris en otage.

De son côté, Julien Dray a regretté sur RTL que "celles qui portent le burkini" soient "assimilées à ceux qui se sont livrés à des barbaries", mais estimé que "la laïcité" devait prévaloir dans "l’espace public". Le conseiller régional PS d’Île-de-France s’est dit personnellement favorable à l’interdiction de ce vêtement de bain, tout en reconnaissant qu’il s’agissait là d’"une discussion difficile".

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