Le festival de langue de bois d’Emmanuel Macron lorsqu’on l’interroge sur son avenir

Publié à 10h56, le 26 août 2016 , Modifié à 10h56, le 26 août 2016

Le festival de langue de bois d’Emmanuel Macron lorsqu’on l’interroge sur son avenir
Emmanuel Macron. © AFP

LANGUE DE BOIS D’OR - A quoi joue Emmanuel Macron ? Partira, partira pas du gouvernement ? La question ne cesse de se poser depuis que le ministre de l’Economie fait sa petite danse du "provocation-recadrage-pseudo mea culpa" (quand il ne s’autorecadre pas lui-même, comme sur la déchéance de nationalité) et qu’il a lancé son parti politique "En marche !".

Selon Europe 1, ce vendredi 26 août, l’entourage de l’iconoclaste ministre de Bercy le pousse à quitter le gouvernement. Mais qu’en dit l’intéressé publiquement ?

Eh ben pas grand-chose. Interrogé à plusieurs reprises sur son avenir dans une interview aux Echos ce vendredi, Emmanuel Macron nous offre un festival de langue de bois et de non-réponses. Tout en lâchant, énigmatique, qu’il "prendra ses responsabilités" à la fin du mois de septembre.

La première question au sujet de l’avenir ministériel d’Emmanuel Macron est ainsi formulée : "Donc vous laissez la main au président de la République". Le ministre n’infirme alors rien mais ne confirme rien non plus, laissant juste traîner l’idée qu’il pourrait prendre une décision fin septembre, même s’il "respecte le bon fonctionnement des institutions" et "la solidarité gouvernementale" :

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J'ai toujours pris mes responsabilités : le 6 avril quand j'ai créé En marche, le 12 juillet quand j'ai organisé mon premier meeting. Et je les prendrai aussi quand j'établirai le diagnostic du pays fin septembre. Mais je respecte simplement le bon fonctionnement de nos institutions, la solidarité gouvernementale et l'autorité du président de la République.

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Rien à signaler donc, passez votre chemin.

Mais Les Echos insistent et lui opposent qu’ils comprennent qu’il ne va donc pas démissionner. Là encore, Emmanuel Macron manie la parole boisée à la perfection pour répondre sans répondre à la question mais sans jamais affirmer qu’il ne quittera pas le gouvernement. Jugez plutôt :

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J'ai déjà eu l'occasion de dire très clairement que je veux travailler au service de mon pays. Je ne renoncerai en rien à ma capacité à faire un diagnostic, des propositions et à la mise en action sur tous les champs que j'ai évoqués le 12 juillet.

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On n’est pas plus avancés. Celui qui répète qu’il n’est pas socialiste et irrite la gauche est alors questionné pour savoir "où cela le mène-t-il ?" Et l’autocar du mystère continue sa route :

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Je serai pour ma part constant sur ma ligne. Je vais construire et faire avancer cette offre progressiste, pour qu'elle gagne en mai 2017.

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Ok, très bien. Mais avec qui pour porter cette "offre progressiste" ? Là encore, le voile du mystère est aussi épais que le code du travail qu’il aimerait élaguer.

Tenaces, les journalistes chargés de l’interviewer ne lâchent pas l’affaire et tentent d’avoir une réponse qui ne soit pas un filet d’eau tiédasse. Alors ils le relancent, encore, avec la question concrète de savoir s’il serait prêt à se présenter contre François Hollande, dont il avait affirmé, avant de rétropédaler, qu’il n’était "pas son obligé". "Je ne fais pas de politique-fiction", rétorque alors Emmanuel Macron pour bien esquiver la question et livrer une nouvelle non-réponse :

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J'ai déjà dit que la séparation droite-gauche ne se fait pas sur les bonnes thématiques. Sur tous les sujets structurants, comme le travail, les inégalités, l'Europe, la mondialisation, l'identité, il y a des fractures au sein des deux camps. Il y a donc des progressistes dans chacun des deux camps. Depuis trente ans, le calendrier politique fait qu'on choisit d'abord les hommes avant de réfléchir aux idées, et c'est une des explications de l'état de notre pays. Ce système pousse les uns et les autres à se lancer dans une course pour essayer de se différencier. On le voit avec les primaires : chacun va gagner à l'extrême de son parti, avant de se recentrer. Le candidat désigné trahit donc le candidat aux primaires qu'il a été.

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François Hollande est-il dans cette configuration du "candidat désigné" qui "trahit" les engagements du "candidat aux primaires (sic) qu’il a été" ? Toujours est-il qu’Emmanuel Macron, entre les lignes, n’exclut pas l’idée de se présenter contre le chef de l’Etat qui l’a nommé à l’Elysée avant de le faire entrer au gouvernement.

Mais pour en savoir plus sur les véritables intentions de ce nouveau Georges Marchais ("C'était peut-être pas votre question, oui mais c'est ma réponse !"), il faudra repasser. Et attendre qu’il "prenne ses responsabilités" fin septembre. Quel suspense insoutenable.

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