Le grand n'importe quoi de Robert Ménard à propos du pape, des migrants mexicains et de Donald Trump

Publié à 11h16, le 19 février 2016 , Modifié à 11h29, le 19 février 2016

Le grand n'importe quoi de Robert Ménard à propos du pape, des migrants mexicains et de Donald Trump
Robert Ménard © PASCAL GUYOT / AFP

L'Amérique, c'est comme demain : c'est loin. Et pourtant, médias et politiques français suivent de près les primaires démocrates et républicaines actuellement en cours au pays de l'oncle Sam. Le problème est que, en essayant de transposer sur le sol français des problématiques purement américaines, certains notables politiques se livrent à de gros raccourcis et d'énormes interprétations.

Prenons le cas de Robert Ménard. Le maire de Béziers, élu faut-il le rappeler avec le soutien du Front national, s'est fait un devoir de dénoncer l'arrivée de réfugiés en France. Il le fait sans trop de subtilité, quitte à s'arranger avec la réalité en trafiquant par exemple une photo de l'AFP pour suggérer que les migrants sont sur le point d'envahir sa ville.

Cette lutte contre l'immigration vaut pour Béziers, pour la France, pour l'Europe. Elle vaut aussi pour les États-Unis, selon Robert Ménard. Ce vendredi 19 février, l'élu a donc pris fait et cause pour… Donald Trump, fortement critiqué par le pape François pour ses positions sur l'immigration.

Sur Twitter, le maire de Béziers écrit :

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Les chrétiens attendent du pape qu'il défende la Chrétienté, pas sa submersion par l'immigration...

 

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Le problème de Robert Ménard est que, dans ce cas spécifique, il mélange un peu tout.

Il suffit, pour s'en apercevoir, de s'intéresser aux propos du pape François et de Donald Trump. Jeudi 18 février, dans l'avion qui le ramenait du Mexique, le souverain pontife a estimé qu'"une personne qui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétienne". Une référence au mur qu'entend bâtir Donald Trump le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Cette déclaration n'a pas du tout plu au candidat à l'investiture républicaine pour l'élection présidentielle américaine. "Qu’un responsable religieux mette en doute la foi d’une personne est honteux. Je suis fier d’être chrétien et, en tant que président, je ne permettrai pas que la chrétienté soit constamment attaquée et affaiblie", a répondu Donald Trump.

Voilà qui fera plaisir à notre Robert Ménard national, qui estime que "les chrétiens n'attendent pas du pape qu'il défende la "submersion" de la chrétienté "par l'immigration". Sauf que…

Sauf que le pape François et Donald Trump s'affrontent au sujet de l'immigration mexicaine vers les États-Unis. On imagine pourtant que, quand Robert Ménard parle de "submersion" de la chrétienté "par l'immigration", il pense à des migrants d'une autre religion (on vous laisse deviner laquelle). 

Or, les Mexicains sont à une très large majorité chrétiens (92,4%, dont 82,7% de catholiques selon les chiffres de l'Instituto Nacional de Estadística y Geografía de 2010). Il est donc très cavalier de voir dans l'immigration mexicaine une "submersion" de la chrétienté, d'autant que 68% des Américains sont chrétiens, dont 21% de catholiques.

En voulant surfer sur une actualité brûlante, en essayant de transposer par tous les moyens une problématique américaine sur le terrain hexagonal, Robert Ménard dit un peu n'importe quoi. 

Du rab sur le Lab

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