Le gros plaidoyer d'Emmanuel Macron en faveur de l'accueil des réfugiés (qui va ravir Manuel Valls)

Publié à 11h39, le 20 avril 2016 , Modifié à 11h39, le 20 avril 2016

Le gros plaidoyer d'Emmanuel Macron en faveur de l'accueil des réfugiés (qui va ravir Manuel Valls)
Emmanuel Macron et Manuel Valls © AFP
Image Sylvain Chazot


On les a souvent comparés, les deux jeunes ambitieux prêts à bouleverser leur camp pour faire bouger les lignes. Mais, depuis quelques temps, il paraît plus logique de les opposer tant les deux hommes semblent vouloir prendre des chemins divergents. Emmanuel Macron et Manuel Valls s'opposent, et pas seulement sur les questions fiscales ou économiques.

Le ministre de l'Économie a accordé une longue interview au Soir, ce mercredi 20 avril, un grand entretien au cours duquel l'occupant de Bercy affiche sans retenue ses différences avec le chef du gouvernement. Dans le quotidien belge, le sujet de discorde concerne principalement l'accueil des réfugiés en France. Alors qu'on l'interroge sur les mots de Manuel Valls, mi-février, à Munich, critiquant la politique allemande concernant la gestion de la crise des réfugiés, Emmanuel Macron répond :

J’ai encore entendu le président de la République, qui était clair et solidaire sur ce sujet, sur le respect de nos engagements. Quant aux réfugiés, c’est vrai qu’ils vont moins en France, mais parce qu’il y a du chômage. Je le regrette pour mon pays car les réfugiés sont une force. […] Les réfugiés qui risquent leur vie pour des raisons politiques, sont des héros.

Emmanuel Macron se positionne ainsi à rebours de Manuel Valls. Le 13 février, dans le journal Funke, le Premier ministre avait fustigé la politique allemande vis-à-vis des réfugiés, la jugeant "non tenable dans la durée". "Nous ne pouvons pas accueillir plus de réfugiés", avait-il ajouté en marge de la conférence sur la sécurité de Munich. Et voici que le ministre de l'Économie, deux mois plus tard, se désole au contraire que les réfugiés ne cherchent pas à rester en France car, si on lit entre les lignes, cela en dit beaucoup sur l'état actuel du pays. Mieux, dans Le Soir, Emmanuel Macron défend la politique d'Angela Merkel :



Les gens disent 'c’est terrible' quand on voit un petit garçon mort sur une plage, et 'ce sont des salopards' quand on les confond avec des terroristes. Mais les réfugiés, ce sont des gens avec une force de caractère exceptionnelle. Vous et moi, on ferait des milliers de kilomètres à pied pour fuir la violence politique ? Nos civilisations ont oublié ce que c’était, c’est pour cela que la chancelière Merkel a eu raison de poser ce geste, sur le plan moral et politique.

Mais il n'y a pas que sur l'accueil des réfugiés qu'Emmanuel Macron s'oppose frontalement à Manuel Valls. Il y a la terminologie, notamment quand elle concerne la lutte contre le terrorisme. "Ce n’est pas ce que j’appellerais une guerre mais un conflit permanent qui se nourrit de métastases qui se reconstituent, qui pénètrent les esprits", dit-il alors que le Premier ministre et François Hollande n'ont de cesse de répéter que la France est "en guerre" contre le terrorisme.

Il y a également les idées et, par exemple, le regard porté sur l'islam. Le 13 avril, dans Libération, le chef du gouvernement se disait favorable à l'interdiction du voile à l'université – souhait que, dès le lendemain, François Hollande a pris soin de reléguer aux oubliettes. Emmanuel Macron est, comme d'autres ministres, opposé à Manuel Valls sur ce sujet :

On interdit le voile à l’école car les individus n’ont alors pas encore accès à l’autonomie, ils n’ont pas encore forgé leurs convictions et peuvent être manipulables. Cela veut dire qu’on est très vigilant à la neutralité dans les services publics car les religions s’organisent dans un cadre de respect mutuel. Mais qu’en effet, dans les lieux où les individus sont là comme adultes et ont forgé leurs convictions, ils peuvent exprimer leur religion dans le respect des autres. […] Ce qui est choquant n’est pas qu’une jeune femme aille avec son voile à l’université, si c’est son choix, mais qu’elle soit contrainte de mettre le voile parce qu’elle a peur ou que d’autres la forcent. Sur ce point, nous devons être intraitables.

Emmanuel Macron se démarque donc bien de celui qui, avant lui, symbolisait la rupture à gauche. Mais l'intéressé l'assure : cela ne veut pas dire qu'il nourrit de grandes ambitions personnelles.

Et pourtant, son mouvement En marche a bien comme objectif de "nourrir un projet résidentiel". "Mais c’est seulement après avoir établi un diagnostic et proposé un plan d’action que se posera la question de la personne", assure-t-il. Avec lui ? 

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