Le gros rappel à l’ordre d’Édouard Philippe à François Bayrou après son appel à un journaliste de franceinfo

Publié à 09h51, le 13 juin 2017 , Modifié à 09h51, le 13 juin 2017

Le gros rappel à l’ordre d’Édouard Philippe à François Bayrou après son appel à un journaliste de franceinfo
© Montage Le Lab via franceinfo
Image Amandine Réaux


François Bayrou tient à faire la part des choses entre ses nombreuses casquettes : il se dit ainsi maire de Pau sur Twitter (et à Pau), ministre de la Justice à Paris et citoyen au téléphone avec les journalistes. Mais ce mardi 13 juin sur franceinfo, Édouard Philippe vient lui rappeler qu’il est ministre avant tout.

Le chef du gouvernement recadre le garde des Sceaux qui a appelé, mardi 6 juin, le responsable de la cellule investigation de Radio France pour se plaindre d'une enquête en cours de franceinfo au sujet des salariés du MoDem sur fonds de soupçons d'emplois fictifs - une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris vendredi. Un coup de fil qu’il avait passé, avait-il assuré auprès de Mediapart, comme "citoyen" et non comme ministre de la Justice. Selon lui, il ne faisait donc nullement pression sur la presse au sujet d'une enquête pouvant déboucher sur des investigations de l'institution judiciaire concernant un parti politique (de surcroît le sien).

Voici l’échange qu’a eu Édouard Philippe avec les journalistes de franceinfo ce mardi :

- Journaliste : Ce coup de fil d’un de vos ministres à un journaliste vous paraît-il une bonne pratique ?

- Édouard Philippe : Non, c’est d’ailleurs…

- Journaliste : Non ?

- Édouard Philippe : Bah, vous savez bien que… en fait, le truc qui est assez simple, c’est que quand on est ministre, on ne peut plus réagir comme quand on est un simple citoyen. Je comprends parfaitement que l’homme François Bayrou ait été agacé, peut-être - en tout cas, c’est ce qu’il a indiqué par la façon dont les questions ont été posées avec beaucoup de pression, probablement, sur des gens qui ne s’y attendaient pas. Je peux parfaitement comprendre ça et d’ailleurs, permettez-moi de vous dire que je pense que l’ensemble des Français peuvent comprendre ça. Il se trouve que, quand on est ministre, on n’est plus simplement un homme animé par ses passions ou par sa mauvaise humeur ou par son indignation. Je pense qu’il a parfaitement conscience de ça. [...]

C’est la raison pour laquelle j’essaie et j’ai indiqué à l'ensemble de mes ministres qu’il fallait systématiquement penser à cette question de l’exemplarité, pas seulement au titre des fonctions qu’on occupe, mais parce que justement, lorsque vous êtes ministre, vos actes, vos propos, votre façon de réagir parfaitement humaine, n’est jamais interprétée par vous-mêmes [les journalistes, NDLR] et par les Français comme simplement humaine, mais toujours dans le cadre de ces fonctions. C’est comme ça.

Quelques minutes plus tôt sur CNEWS, François Bayrou avait répété être "un défenseur de la liberté de la presse", mais aussi de "la liberté de critique de la presse", dont il assure que "les citoyens ressentent le besoin". Et il avait continué à se revendiquer citoyen avant tout :



Aucune enquête n’est embarrassante pour nous [...], mais lorsqu’il y a des pratiques qui sortent de ce que je considère être le respect des individus, hein ?, bah j’ai le droit de le dire parce qu’en devenant garde des Sceaux, je ne suis pas devenu le muet du sérail. Je n’ai pas perdu mes émotions, je n’ai pas perdu mes enthousiasmes, je n’ai pas perdu mes indignations.

Après ce recadrage d’Édouard Philippe, François Bayrou aura bien à contrôler ses émotions, enthousiasmes et autres indignations.

Du rab sur le Lab

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