Le mauvais exemple de Marine Le Pen pour s'ériger en victime du machisme médiatique

Publié à 16h19, le 07 mars 2016 , Modifié à 16h38, le 07 mars 2016

Le mauvais exemple de Marine Le Pen pour s'ériger en victime du machisme médiatique
Marine Le Pen, une femme dans le vent © GIUSEPPE CACACE / AFP
Image Sylvain Chazot


VICTIMISATION - Marine Le Pen s'est trouvé un nouvel argument politique : la présidente du Front national se veut désormais le chantre du féminisme, le symbole de la lutte pour les droits des femmes. Vendredi 4 mars, après la publication de l'interview de François Hollande dans le magazine Elle, la cheffe frontiste prenait la plume sur son blog et s'indignait. "Nous, femmes de France, combien de temps allons-nous laisser une politique impuissante piétiner des siècles de combats menés énergiquement par nos mères et nos grand-mères ? J’ai deux filles, et je ne veux pas qu’un jour, ne serait-ce que l’espace d’un seul instant, elles soient contraintes, parce que femmes, à quelque chose qu’elles ne souhaitent pas", s'alarmait-elle en réponse au chef de l'État qui se disait "féministe" tout en doutant que la présidente du FN le soit, elle.  

Rebelote ce lundi 7 mars. Toujours sur son blog, Marine Le Pen dénonce le machisme politico-médiatique dont elle est la supposée victime. Dans un billet intitulé "Drageuse !" et illustre d'une photo de la présidente du FN en train de se maquiller, elle s'insurge contre un reportage réalisé lors de son passage au Salon de l'agriculture : "Marine Le Pen drague les agriculteurs à Paris".

C'est, selon elle, la preuve qu'elle est maltraitée par rapport aux autres politiques. Et, pour le prouver, Marine Le Pen avance un argument de taille : les occurrences Google. Elle écrit :

J'ai fait le test de soumettre le terme 'Marine Le Pen drague' au suffrage de la Toile. Et là surprise, je découvre que je suis une dragueuse invétérée, en témoignent des pages entières du fameux moteur de recherche !

Comment ? Marine Le Pen serait donc, d'après les médias référencés par Google, une "drageuse", une "allumeuse" même, comme elle l'écrit ? Une nouvelle fois, la cheffe frontiste se dit victime d'une malveillance des médias. Sauf que l'exemple pris cette fois par la présidente du FN n'est pas vraiment pertinent. D'une part, elle est loin d'être la seule politique concernée, des hommes étant encore plus mal lotis qu'elle. D'autre part, les contenus référencés par Google ne sont pas tous des articles de presse. 

Mais prenons Marine Le Pen au mot et effectuons la même démarche qu'elle en recherchant, sur Google, le nombre d'occurrences à l'expression "Marine Le Pen drague". On arrive à un total de 1.000 résultats, un peu moins que "Le Pen drague" (1.070) qui prend aussi en compte les articles concernant Jean-Marie Le Pen. On se rend compte que, selon les contenus référencés, la cheffe frontiste a successivement dragué "les agriculteurs", "le vignoble", "les musulmans", "les mères de famille", "les abstentionnistes", etc. 



L'intéressée le note bien, recensant elle-même toutes ces catégories qu'elle est supposée draguer, "un palmarès à faire pâlir la plus acharnée des courtisanes", ajoute-t-elle avant de s'interroger :

Pourquoi donc la presse use (et abuse…), quand cela me concerne, du terme 'draguer' ? Les autres responsables politiques 'viennent au chevet', 's’inquiètent du sort de' , 's’adressent à',… […] Si dans les milieux médiatiques on fait de moi une telle allumeuse, c’est bien sûr pour me dénier toute sincérité, toute capacité à convaincre, à argumenter, à articuler une vision politique cohérente et constructive. La ficelle est très grosse, mais il est bon de la montrer à ceux qui ne décryptent pas encore les trucs et astuces du métier médiatique quand il est militant.

Malheureusement, Marine Le Pen n'aurait pas dû limiter son petit jeu à sa propre personne. Si elle avait testé les mêmes occurrences sur d'autres personnalités politiques, elle se serait rendu compte que non, la presse n'essaye pas de la faire passer pour une dragueuse invétérée, du moins pas plus que les autres responsables publics.

Essayons par exemple avec Nicolas Sarkozy. Le nombre de résultat obtenus avec la recherche "Sarkozy drague" est de 2.940, soit bien plus que Marine Le Pen. Le président de Les Républicains drague pour sa part "les gros donateurs", "les militaires", "la Manif pour tous", "le vote juif", "les eurosceptiques" ou encore "l'électorat FN". 



Avec 1.580 occurrences pour "Hollande drague", le chef de l'État n'est pas mieux loti. Il a successivement dragué "l'électorat féminin à Sciences Po" et "les artistes". Le président de la République est surtout ciblé pour un grand moment de séduction opéré en Australie auprès d'une employée de Thales et qu'avait mis en lumière Le Petit Journal



Jean-Luc Mélenchon aussi a droit à son portrait de gros dragueur. Avec 536 occurrences, l'ancien co-président du Parti de gauche fait du pied aux "écologistes", à "Arnaud Montebourg", à "l'aile gauche du PS", au "parti de la banlieue" ou encore à "l'électorat populaire de Lorraine".



Même le Premier ministre fait son courtisan. En cherchant "Valls drague" sur Google, on obtient 217 résultats. On apprend ainsi que le chef du gouvernement a tenté de séduire "les musulmans", "le centre de Bayrou" ou encore "le MEDEF".



Et ce n'est pas tout. Alain Juppé ? Il drague l'Algérie. Emmanuel Macron ? Les investisseurs japonais à Tokyo. François Fillon ? L'Alternative de Borloo et Bayrou. Robert Ménard ? Les sarkozystes. Même Jean-Marc Ayrault : L'Asie du Sud-Est. Tout le monde drague, y compris les femmes. Ségolène Royal, Cécile Duflot, Nadine Morano ou encore Anne Hidalgo ont aussi eu droit à leurs articles relayant leur tentative de séduction auprès de tel ou tel électorat.

La drague n'est donc pas l'apanage de Marine Le Pen, du moins dans le monde médiatique. Mais on notera tout de même que la présidente du FN a raison sur un point : les autres responsables sont plus souvent "au chevet" qu'elle. Ils "annoncent" également plus de choses que la présidente du FN. Du moins si on en croit les références Google. On trouve ainsi 15.300 résultats pour "Sarkozy au chevet", 42.600 pour "Hollande au chevet" et…. 10 pour "Marine Le Pen au chevet".

Mais la pertinence de ces occurrences reste à prouver. Si l'on cherche "Hollande annonce" par exemple sur le célèbre moteur de recherche, le premier résultat est un article titré ainsi : "François Hollande annonce sa démission"... 

Du rab sur le Lab

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