Le "mensonge éhonté" de Laurent Wauquiez qui affirme que Najat Vallaud-Belkacem défend la théorie du genre

Publié à 10h41, le 05 octobre 2016 , Modifié à 10h41, le 05 octobre 2016

Le "mensonge éhonté" de Laurent Wauquiez qui affirme que Najat Vallaud-Belkacem défend la théorie du genre
Laurent Wauquiez © Capture d'écran FranceInfo:
Image Sylvain Chazot


Où l'on reparle de la fameuse théorie du genre, du pape et de Najat Vallaud-Belkacem. Dimanche 2 octobre, le pape François a accusé certains manuels scolaires de propager un "sournois endoctrinement de la théorie du genre". "Il s'agit là d'une volonté de changer les mentalités", d'une "colonisation idéologique", avait affirmé le leader religieux. Le lendemain sur France Inter, la ministre de l'Éducation nationale a répondu au souverain pontife, regrettant "cette parole légère et infondée".

La droite et notamment Christian Estrosi, a critiqué Najat Vallaud-Belkacem, le président de PACA expliquant sur Europe 1 mardi que la ministre faisait "honte à la France" en s'adressant ainsi au pape. Son homologue de la région Auvergne-Rhône-Alpes va plus loin ce mercredi 5 octobre. Sur FranceInfo:, Laurent Wauquiez ne se prononce pas sur le fond car, dit-il, il n'a "pas regardé les manuels scolaires". Surtout, le président (par intérim) de Les Républicains explique que la ministre de l'Éducation nationale défend la théorie du genre. Il dit :

Que Najat Vallaud-Belkacem ne fasse pas preuve d'hypocrisie. Il est connu et c'est connu que c'est une défenseure de la théorie du genre. Elle s'est plusieurs fois exprimée dessus.  

Et lorsque Jean-Michel Aphatie demande à Laurent Wauquiez s'il a déjà entendu Najat Vallaud-Belkacem dire qu'elle était pour la théorie du genre, l'élu LR rétorque "bien sûr". Ce dernier poursuit en donnant sa définition de cette théorie :

En gros, la théorie du genre, elle consiste à considérer que notre sexualité est un asservissement et que donc il faut s'en libérer, et expliquer à un petit garçon que ce n'est pas nécessairement un petit garçon et à une petite fille que ce n'est pas nécessairement une petite fille.

Dans l'entourage de la ministre de l'Éducation nationale, on dénonce le "mensonge éhonté" de Laurent Wauquiez, nouvel exemple, selon eux de la campagne de désinformation menée sur le sujet depuis des années. "Ces rumeurs remontent à 2011 et depuis, cela n'a cessé d'être alimenté. Certains cherchent à jouer sur les peurs sur le sujet", explique-t-on au Lab.

Évoquant la polémique sur "l'ABCD de l'Égalité", un proche de la ministre assure que cette dernière défend une seule chose, et cela n'a rien à voir avec la théorie du genre :

Ce que défend Najat Vallaud-Belkacem, c'est l'égalité entre les filles et les garçons, comme la lutte contre le sexisme, le racisme, les discriminations.

En 2011, dans une interview à 20 minutes, Najat Vallaud-Belkacem avait pourtant déclaré ceci : "La théorie du genre, qui explique 'l'identité sexuelle' des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d'aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l'homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets." Celle qui était alors conseillère municipale à Lyon ne parlait de la théorie du genre que pour défendre la lutte contre les inégalités entre les sexes.

Faut-il voir dans ces propos une défense de la théorie du genre ? Pas vraiment. En tout cas pas si l'on se base sur les déclarations de la ministre depuis plusieurs années ou sur la définition qu'en donne Laurent Wauquiez...

En septembre 2012, en visite dans une crèche de Saint-Ouen, celle qui était alors ministre des Droits des femmes défendait la mise en place dans cet établissement de plusieurs mesures destinées à gommer les inégalités entre sexes. "Ce que fait la crèche ici, c'est-à-dire apprendre dès l'âge de 2 ans, 3 ans, qu'on peut, même quand on est un garçon, laver un bébé, mettre les couches, on peut même quand on est une fille jouer au soldat, à la guerre. Le mieux finalement, pour l'équilibre harmonieux des deux sexes, c'est que chacun tire parti de toutes les qualités, de toutes les potentialités possibles. Ça va vraiment dans le bon sens pour moi", disait-elle. 

En septembre 2014, sur France 2, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l'Education nationale, allait plus loin. Elle disait :



Mon objet est celui de faire en sorte de promouvoir l'égalité entre les filles et les garçons, et ça passe notamment par l'école. Apprendre aux filles et aux garçons à ne pas censurer leurs ambitions professionnelles, apprendre aux filles et aux garçons à se respecter, c'est l'objet d'un enseignement et d'une formation que nous offrons aux professeurs. La 'théorie du genre', cela n'existe pas. Je ne sais pas ce que veut dire 'théorie du genre'. N'adoptons pas les mots de ceux qui, par la rumeur, par la manipulation, cherchent à déstabiliser l'école. Ça n'existe pas. La seule chose qui existe et que nous allons mettre en œuvre, je vous le dis à nouveau, c'est un plan d'action pour l'égalité entre les filles et les garçons dans lequel nous formerons les enseignants pour qu'ils veillent dans leurs pratiques professionnelles, dans leurs façons d'interroger filles et garçons, dans leurs façons de les noter, dans leurs façons de créer des appétences pour tel ou tel métier chez elles et chez eux, à ne pas introduire de différences qui ensuite se traduisent par des inégalités quelques années plus tard quand ces filles et ces garçons deviennent grands et qu'ils sont confrontés au marché du travail ou aux responsabilités.

Il ne s'agit donc pas de promouvoir la théorie du genre, comme l'affirme Laurent Wauquiez, ni de la défendre, mais plutôt de lutter contre les inégalités entre les sexes. "Que l'on se rassure, en cours de bio, on apprend bien la différence entre les filles et les garçons", raille-t-on dans l'entourage de la ministre.

 

 


[BONUS TRACK] Fangio est désolé

Militant quotidien de l'ex-UMP, Laurent Wauquiez est un homme pressé. Très pressé. Pas facile lorsque, comme lui, on doit jongler entre ses fonctions de président (par intérim) de Les Républicains, de député de Haute-Loire et de président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Alors il arrive que, parfois, en homme pressé, Laurent Wauquiez veuille aller vite, très vite. Littéralement.

Sur FranceInfo:, l'élu revient sur cette séquence de Quotidien diffusé le 28 septembre. On y voit le président de Les Républicains rouler très très vite, en tant que passager, sur les routes de la banlieue lyonnaise. Le convoi du président d'Auvergne-Rhône-Alpes faisait même des pointes à 160 km/h, et des excès de vitesse d’environ 40 km/h au-dessus des limites. Alors ce mercredi, Laurent Wauquiez fait amende honorable :

C'est de ma faute. C'est un moment où je n'ai pas été bien, où j'ai été distrait, je l'assume totalement et j'en présente mes excuses [sic].

Mais afin de prouver qu'il reste quelqu'un d'exemplaire, le président d'Auvergne Rhône-Alpes ajoute qu'il a réussi à mieux contrôler la dépense publique dans sa région. Cela n'a rien à voir mais ce n'est pas très grave. 

Du rab sur le Lab

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