Le multiplex politique du 13 novembre avec Ayrault, Taubira, Le Maire, Juppé et Rachline

Publié à 10h36, le 13 novembre 2016 , Modifié à 19h33, le 13 novembre 2016

Le multiplex politique du 13 novembre avec Ayrault, Taubira, Le Maire, Juppé et Rachline
© Montage Le Lab via AFP

#MULTIPLEXPOLITIQUE - C’est dimanche, et comme chaque dimanche, c’est le jour de notre multiplex politique. Tout au long de la journée et des interviews politiques dominicales, Le Lab se plie en quatre (voire beaucoup plus) pour vous proposer ses morceaux choisis de ces rendez-vous.

Au programme de ce dimanche 13 novembre : Jean-Marc Ayrault au Grand Rendez-Vous Europe 1/Les Échos/iTélé, Bruno Le Maire à BFM politique, Christiane Taubira dans Questions politiques sur France Inter/franceinfo:/Le Monde, Alain Juppé dans Dimanche en politique sur France 3 et David Rachline à BFM politique.

  • Jean-Marc Ayrault


# Trump ne perturbera pas mon sommeil

Seule Marine Le Pen a félicité Donald Trump pour son élection à la présidence des États-Unis. Plusieurs candidats à la présidentielle ou à la primaire de la droite se sont contenté de récupérer l'élection, tantôt une leçon pour ceux qui ne jurent que par les sondages, tantôt la révélation de la colère du peuple. Jean-Marc Ayrault, lui, dit n'avoir pas été surpris du résultat qui ne l'a, de fait, "pas empêché de dormir" :

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- Jean-Marc Ayrault : Je l’ai appris comme tout le monde. Ça m’a pas empêché de dormir. J’ai pas passé une nuit blanche.



- Journaliste : Est-ce que vous avez été surpris ?



- Jean-Marc Ayrault : Écoutez, beaucoup moins que vous ne l’imaginez. C’est pas la sidération. Je vais vous dire pourquoi. Je me suis rendu assez souvent aux États-Unis ces derniers temps dans le cadre de mes fonctions. J’ai discuté avec beaucoup de monde. Je pense qu’il était en train de se passer quelque chose. Hillary Clinton avait des difficultés dans sa campagne, des difficultés de tous ordres, hein. Et puis, je pense que nous avons sous-estimé, vu de loin, les débats qui pouvaient avoir lieu dans la société américaine, notamment concernant le fait qu’une partie de la population américaine, malgré le plein emploi, était hors du jeu, avec beaucoup de précarité. Nous avons sous-estimé que la crise de 2008 a laissé des traces extrêmement profondes. Notre système en France avec la sécurité sociale, avec nos règles de système de santé, de retraite, d’assurance chômage, même s’il a des défauts, il est beaucoup plus protecteur que ce qui existe aux États-Unis.

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L'heure est désormais au travail, assure le ministre des Affaires étrangères, malgré les polémiques initiées par Donald Trump lorsqu'il était candidat :

 

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Il y a eu parfois des excès qui ont visé la France, Donald Trump a eu des propos désagréables à l’égard de la France. J’ai été amené à réagir. Pour maintenant c’est clair, il y a un Président, c’est le Président de l’États-Unis.

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# Toujours plus

La France commémore ce dimanche 13 novembre les attentats survenus il y a tout juste un an, et qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis. Interrogé sur les mesures prises pour lutter contre le terrorisme, le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a regretté les attaques des candidats à la primaire de la droite, alors que le premier tour du scrutin aura lieu le 20 novembre :

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Je n’irai pas sur ce terrain de la polémique avec la droite. C’est pas seulement parce qu’il y a les primaires [sic], c’est toujours la surenchère. C’est toujours : faire plus, faire plus, faire plus, mais sans solution concrète. Par contre, ce que je sais, et là on peut être sincère et honnête pour le reconnaître, c’est que ceux qui proclament ça et ceux qui ont gouverné avant nous, et en particulier Nicolas Sarkozy, ils ont supprimé 13.000 postes de policiers. Il faudra m’expliquer pourquoi.

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Le chef de la diplomatie française ne veut pas polémiquer, mais rappelle quand même, comme la gauche le fait régulièrement, que l’ancien chef de l’État a supprimé 13.000 postes de policiers. Ce qui rend ses critiques moins crédibles, selon Jean-Marc Ayrault.

# Inadmissible

Le journaliste du pure-player Les Jours Olivier Bertrand a été arrêté vendredi 11 novembre en Turquie à Gaziantep, dans le sud du pays, où il était en reportage. "Cette arrestation s’inscrit dans le contexte de purges post-coup d’état de juillet 2016, relaté par Olivier Bertrand", annoncent Les Jours. Jean-Marc Ayrault a demandé la libération du journaliste :

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Ce journaliste filmait une école de réfugiés syriens. Il s’est fait arrêter. C’est absolument inadmissible. Il est dans son rôle. Il est dans une sorte de centre de rétention. Bien sûr, nous sommes en contact permanent par notre ambassade avec lui. Nous faisons tout pour obtenir sa libération. [...] Ce qu’il se passe là, c’est profondément choquant, inadmissible. Donc la France exige la libération de ce journaliste.

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  • Bruno Le Maire


# Vous n’avez pas le monopole du renouvellement

Bruno Le Maire a axé sa campagne sur le "renouveau". Difficile d’y échapper. Mais le député de l’Eure est conscient qu’il ne remportera peut-être pas la primaire de la droite. Et cela l’inquiète. Car selon lui, les Français veulent avant tout du renouveau, et choisiront le candidat qui l’incarne, même s’il est de gauche ou d’extrême droite. Tout du moins, ils rejetteront celui qui incarne le *vieux* et cela pourrait être un Alain Juppé, un Nicolas Sarkozy ou un François Fillon. Il dit :

 

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Imaginons qu’il y ait du renouvellement à gauche, qu’il y ait un Emmanuel Macron, un Manuel Valls parce que François Hollande ne serait pas en mesure de se présenter, qu’au Front national vous ayez Marine Le Pen. Et nous, on reviendrait avec les mêmes ? On mettrait, en face de cette offre politique nouvelle, les mêmes ? Je pense que ça nous met en situation de fragilité.

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# Encore plus de mégafichiers

La création d’un mégafichier des Français, baptisé "Titres électroniques sécurisés" (TES), a fait polémique jusqu’au sein du gouvernement. Le fichier, qui réunit dans une seule base les données (identité, couleur des yeux, domicile, photo, empreintes digitales...) des détenteurs d'un passeport et d'une carte d'identité, concerne potentiellement près de 60 millions de Français. La Commission nationale informatique et libertés (Cnil) a rapidement émis des critiques et le débat, à gauche et à droite, n'a cessé d'enfler, sur fond de craintes pour les libertés publiques ou face aux risques de piratage informatique.

Bruno Le Maire, chantre du "renouveau", considère que la création de ce fichier va dans le bon sens - si on répond "aux interrogations de la Cnil" - conformément à l’"administration moderne" qu’il souhaite mettre en place. Le candidat à la primaire de la droite en profite pour faire de la pub pour son "allocation sociale unique", pour la mise en place de laquelle il faut "croiser les fichiers" :

 

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Oui c’est nécessaire. Il faut savoir quelle administration on veut : est-ce qu’on veut l’administration des ronds de cuir du XIXe siècle, ou est-ce qu’on veut une administration digitale, moderne, numérique ? Dans ce cas-là, il faut pas hésiter. [...] Il faut répondre aux interrogations de la Cnil. La Cnil a fait un certain nombre de remarques. Il est indispensable de répondre aux remarques de la Cnil. Ensuite, si on veut avoir des passeports plus rapidement, si on veut avoir des cartes d’identité plus rapidement, si on veut mettre en place ce que j’ai proposé, une allocation sociale unique qui rassemble l’ensemble des aides sociales dont peut bénéficier un citoyen en France, pour que ces allocations ne dépassent jamais 60 % du SMIC par souci de justice vis-à-vis de ceux qui travaillent, ben il faut croiser les fichiers. Il faut rassembler les données, c’est indispensable. Je n’ai aucune hésitation là-dessus, il faut rassembler les fichiers.

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Bruno Le Maire est en toute logique farouchement opposé aux concessions faites par le gouvernement sur le mégafichier, à savoir que les usagers pourront refuser la prise de leurs empreintes digitales. Il dit :

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C’est même pas envisageable une seconde. Franchement, c’est de la politique de gribouille. Le ministre de l’Intérieur qui vous dit : 'Écoutez, si vous voulez, vous êtes dans le fichier, si vous voulez pas, vous y êtes pas'. Enfin, c’est pour tout le monde ou ça n’est pour personne. C’est efficace ou c’est totalement inefficace. Une administration efficace sera une administration digitale avec des croisements de données, des croisements de fichiers, et bien entendu sous la surveillance de la CNIL pour éviter toute dérive possible.

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  • Christiane Taubira

#KKK

Interrogée sur l’élection présidentielle américaine et la victoire de Donald Trump, Christiane Taubira, qui se dit "atterrée par la campagne d’une grande vulgarité" menée par le nouveau président des Etats-Unis, rappelle quels étaient ses soutiens :

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Sa campagne valorisait le racisme. Le président élu a reçu le soutien du Ku klux klan. Je rappelle qu’on lynchait encore des africains américains en 1980. C’est quelqu’un qui par ses propos justifie le racisme. Il a stigmatisé, a été d’un sexisme agressif contre les femmes. Il a été d’une grossièreté qui projette la banalité de propos vulgaires, agressifs.

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"De toutes façons, il y a un problème", enchaîne l’ancienne ministre de la Justice, pondérant néanmoins ses critiques en estimant que Donald Trump "ne va pas mettre en pratique toutes les extravagances qu’il a promises".

Et l’ancienne candidate à la présidentielle de 2002 de faire un parallèle avec la montée du populisme en Europe et en France. "La gauche doit s’interroger sur son incapacité aujourd’hui à analyser l’état de la société et à apporter des réponses. Glisser dans la thématique identitaire n’est pas une réponse", fustige-t-elle sans pour autant donner de noms.

#La faute à Zuckerberg

Quelle responsabilité des réseaux sociaux dans l’élection de Donald Trump ? Grande, pour Laurent Fabius comme pour Benoît Hamon. Le candidat à la primaire de la gauche a pointé la "coresponsabilité" de Facebook dans les résultats électoraux aux Etats-Unis. Une position partagée par Christiane Taubira qui estime que Mark Zuckerberg "ne peut s’exonérer aussi facilement" de sa responsabilité. Elle explique :

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Internet pose un vrai problème parce que c’est un espace de liberté, de circulation de connaissances, de savoirs. Mais cet espace virtuel ne peut pas être en dehors de toutes règles, de tous principes. Il y a eu une série d’informations, méthodiquement de la désinformation donnée sur les réseaux sociaux. Zuckerberg ne peut pas s’exonérer aussi facilement. C’est très simple de faire de la désinformation, du détournement sur Facebook. Et c’est très compliqué de corriger. C’est grave. C’est comme ça qu’on a des insultes antisémites, racistes. Il y a des personnes malhonnêtes. Les responsables de ces réseaux doivent être responsabilisés. On ne peut pas être dégagé de toute responsabilité. 

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Des accusations dont s’est défendu le patron de Facebook après qu’un article du New York Times a pointé la responsabilité du principal réseau social dans cette immense surprise électorale.

  • Alain Juppé

#Etat d’urgence permanent

Manuel Valls a annoncé ce week-end que l’état d’urgence serait prolongé jusqu’au printemps, soit jusqu’au moment de l’élection présidentielle. Une décision approuvée par Bruno Le Maire, ce dimanche sur BFM TV. "Ne laissons pas le terrorisme perturber les événements démocratiques à venir", a expliqué le candidat à la primaire de la droite. Egalement candidat à la primaire, Alain Juppé est allé dans le même sens, après avoir estimé que François Hollande avait "réagi comme il devait réagir" face aux actes terroristes et dénoncé la suppression des renseignements généraux et la baisse des effectifs de police et de gendarmerie sous le quinquennat Sarkozy :

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Tant que la menace est aussi forte, il faut que les pouvoirs publics se donnent les moyens de réagir. Il faut le prolonger tant que la menace est à ce niveau.

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Soutien de Nicolas Sarkozy, le député LR Georges Fenech, spécialiste de ces questions, a quant à lui été plus critique, jugeant que "l’état d’urgence a montré toutes ses limites et ne permet plus d’avoir des enquêtes approfondies sur les réseaux jihadistes".

#OLD

En économie, il y a deux idées à la mode qui se développent : le prélèvement à la source, que le gouvernement tente de mettre en place ; et le revenu universel de base. Concernant ce dernier, il fait son bonhomme de chemin tant à droite qu’à gauche. Alain Juppé, lui, n’a pas encore tranché. "J’y serai favorable après mûre réflexion. Il faut étudier cette question parce qu’on dit tout et son contraire là-dessus", commence par expliquer l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac avant de multiplier les questions qu’il se pose à ce sujet :

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Est-ce que c’est un revenu véritablement universel ? Est-ce que tout le monde va le toucher, de madame Bettencourt jusqu’à la vendeuse de Prisunic ? Universel, ça veut dire ça. Et à quel niveau on le place ?

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Oui, oui, vous avez bien lu, Alain Juppé parle bien de "la vendeuse de Prisunic". Sauf que cette enseigne, rachetée par Monoprix, n’existe définitivement plus depuis… 2002. Soit quatorze ans. Un peu #old quand même. Ou alors petite boulette ?

  • David Rachline

#Scepticisme

Manuel Valls a annoncé que l’état d’urgence pourrait être prolongé jusqu’au printemps, soit jusqu’à l’élection présidentielle. Bruno Le Maire et Alain Juppé, à droite, ne semblent pas opposés à une telle éventualité. En revanche, coté Front national, c’est le scepticisme qui domine.

David Rachline, directeur de campagne de Marine Le Pen pour la présidentielle, préfère attendre le débat parlementaire avant de se prononcer. "Ils n’ont pas fait grand-chose de cet état d’urgence. Peut-être que nous voterons l’état d’urgence. Peut-être", élude le sénateur-maire FN de Fréjus.

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