Le multiplex politique du 21 février avec Ségolène Royal, Jean-Marc Ayrault, Marisol Touraine, Nadine Morano et François de Rugy

Publié à 09h41, le 21 février 2016 , Modifié à 20h59, le 21 février 2016

Le multiplex politique du 21 février avec Ségolène Royal, Jean-Marc Ayrault, Marisol Touraine, Nadine Morano et François de Rugy
© Montage Le Lab via AFP
Image Etienne Baldit


et Amandine Réaux

#MULTIPLEXPOLITIQUE - C’est dimanche et comme chaque dimanche, c’est jour de multiplex. Tout au long de la journée et des interviews politiques dominicales, Le Lab se plie en quatre, voire plus, pour vous proposer ses morceaux choisis de ces rendez-vous.

Au programme de ce 21 février : Ségolène Royal (dans Le Grand Rendez-Vous Europe1/iTélé/Le Monde puis dans Le Supplément sur Canal +), Jean-Marc Ayrault (dans le 12/13 dimanche sur France 3), Marisol Touraine (dans Le Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI), Nadine Morano (à BFM Politique sur BFMTV) et François de Rugy (dans 18h politique sur iTélé).

  • Deuxième partie

> François de Rugy (18h)

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# Vive Macron

Emmanuel Macron ne fait pas l’unanimité au sein du PS, au point d’agacer jusqu’à Manuel Valls. Mais il trouve des soutiens ailleurs, et notamment chez les écologistes. François de Rugy, président du parti "Ecologistes !", a dit tout le bien qu’il pensait du ministre de l’Economie :



Sans doute qu’Emmanuel Macron incarne ce désir des Français de renouvellement, de ne plus être enfermé dans des chapelles, dans des partis, dans des catégories pré-établies. Je ne suis pas toujours d’accord avec lui mais je suis heureux que les Français poussent en quelque sorte ce que fait Emmanuel Macron, c’est-à-dire de l’innovation, la parole libre et des propositions. Il est ministre de l’Economie, il n’est pas un agitateur d’idées. Il faut maintenant que ses propositions soient mises dans la réalité.

Lors du remaniement du 11 février, trois écologistes sont entrés au gouvernement, mais pas François de Rugy, à qui la proposition n’a pas été faite. "Moi, à mon niveau, j’agis au Parlement", a-t-il assuré.

# Du con-cret

Contrairement à certains parlementaires de gauche, François de Rugy n’est pas totalement opposé au projet de loi El Khomri sur la réforme du droit du travail. Il estime même qu’une telle réforme "arrive tard" dans le quinquennat de François Hollande. Et si le député écologiste préfererait que le gouvernement n’ait pas recours au 49.3 pour faire passer cette loi, il regrette que les frondeurs "s’opposent plus qu’ils ne proposent" :

Moi, en tant que parlementaire, je souffre qu’on ait des grands débats de valeurs et de principes parce que quand il s’agit d’être dans le concret, on n’avance pas.

Un discours sur les valeurs qui n’est pas sans rappeler celui de Manuel Valls qui avait reproché à une partie de la gauche, lors du débat sur la déchéance de nationalité, de s’égarer au nom de grandes valeurs.



> Nadine Morano (18h)

# Mais il était pour moi, ce ministère !

Pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, François Fillon a songé à proposer à Nadine Morano un grand ministère de l’immigration et de l’identité nationale… mais Nicolas Sarkozy a mis son veto. Une nouvelle que l’eurodéputée a apprise après 2012, et qui ne lui a pas fait franchement plaisir.

J’étais très en colère. J’ai dit à Nicolas Sarkozy : "c’est dommage parce que je l’aurais accepté et j’aurais fait beaucoup de travail". J’aurais travaillé sur des conventions de réadmission avec les pays, à des conventions tripartites pour les étudiants parce que très souvent vous avez des jeunes étudiants étrangers, africains notamment, qui bénéficient de bourses et qui ensuite ne reviennent pas.

Nadine Morano ne manque d'ailleurs pas de souligner qu'elle n'a jamais obtenu que des ministères de tutelle, cinq au total.

# Coucou Sarkozy et Juppé

Nicolas Sarkozy a certes été mis en examen dans l’affaire Bygmalion, mais pour Nadine Morano, "rien n’interdit" qu’il se présente à la primaire, d’autant qu’il "n’est pas condamné". Mais la candidate à la primaire tient tout de même à souligner que, elle mise en examen, elle renoncerait à se présenter.

C’est une question d’éthique personnelle. Mon éthique personnelle, c’est que si j’étais mise en examen, ou si j’avais été condamnée par la justice, je ne serais pas candidate à la primaire. Donc je pense que quand on veut être candidat à la fonction suprême, je crois qu’il faut pouvoir cocher certaines cases.

Et Nadine Morano ne cache pas qu’elle fait référence à Nicolas Sarkozy… mais aussi à Alain Juppé, condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. L’argument ? La campagne électorale "va être difficile" et dans l’objectif de "faire sortir les socialistes", il ne faut "pas de faiblesse".

  • Première partie 





> Ségolène Royal

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# Du calme avec le 49.3

Avant même le débat parlementaire, le projet de réforme du droit du travail, porté par Myriam El Khomri, électrise la gauche. En partie à cause de la ministre du Travail, qui a laissé planer le spectre de l'arme atomique qu'est le 49.3 sur ce texte. Un article de la Constitution qui permet au gouvernement de passer en force, sans vote des parlementaires, sachant qu'une grande partie de la gauche est révoltée par les mesures prévues par ce texte de loi. Une méthode qui n'a pas les faveurs de Ségolène Royal :



Je ne crois pas en effet [que ce soit la meilleure manière de procéder]. De toute façon, le président de la République a remis les choses au point sur ce sujet-là [voir ici, ndlr]. Ce n'est pas en commençant un débat parlementaire qu'on commence par dire 'si vous n'êtes pas d'accord, on mettra le 49.3'.

Mais la ministre de l'Environnement défend sa collègue, dont les propos ont selon elle été "mal compris" et qui n'a "jamais" clairement annoncé ce recours au 49.3. Elle dit :



Je pense qu'on a peut-être mal compris ce qu'elle... d'ailleurs elle ne le dit pas, quand vous lisez précisément ce qu'elle répond. Elle ne dit pas : 'Je ferai le 49-3'.Il faut faire attention dans ce système médiatique [...] à tous les raccourcis, à toutes les caricatures. Jamais dans son interview la ministre du Travail ne dit qu'elle recourra au 49.3. Elle dit : 'Nous prendrons nos responsabilités' par rapport à une question qui lui est posée.

# Liberté d'amender

"Cette polémique-là doit maintenant cesser, le débat de fond doit maintenant commencer", estime encore Ségolène Royal sur ce sujet. Et la numéro 3 du gouvernement de glisser un appel du pied aux parlementaires :

Moi je fais toute confiance aux parlementaires pour apporter des améliorations au texte qui leur est proposé.

Ou comment signifier que non, le Parlement ne sera pas piétiné par le gouvernement. Elle avait auparavant déclaré : "Il faut que les parlementaires discutent. Ça ne sert à rien de caricaturer ou de résumer ou d'entrer dans des conflits. Pour bien se réformer, une société doit être apaisée et tout le monde doit être capable de dialoguer. On ne réforme pas bien un pays avec des tensions."







> Jean-Marc Ayrault

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# Tout baigne (mais...)

Après avoir été chef d'un gouvernement comprenant un certain ambitieux au ministère de l'Intérieur, Jean-Marc Ayrault est aujourd'hui ministre des Affaires étrangères alors que cette même personne est Premier ministre. Un Manuel Valls qui avait oeuvré en coulisses, à travers un accord avec Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, pour pousser l'ancien maire de Nantes dehors. Compliqué à gérer, comme le laissent à penser certains indices ? Pas du tout, dixit Ayrault, interrogé sur ses relations avec son successeur à Matignon :



Oui elles sont bonnes, mais je n'ai jamais eu de conflit personnel avec Manuel Valls.

"Après il y a la vie politique, avec ses aléas.  Il ne faut pas avoir peur aussi des sensibilités diverses, dans une démocratie, c'est comme ça", poursuit-il aussitôt, comme une sorte de mise en garde à peine voilée :



Toute mon énergie, tout mon engagement, est tourné vers cette mission [de mener la diplomatie française]. Mais j'y viens avec ma personnalité, mon histoire, ma sensibilité.

Le message est clair : lui ministre, il ne taira pas ses convictions. Le nouveau locataire du quai d'Orsay se dit cependant "solidaire du gouvernement", un "principe" personnel. "Moi j'ai un sens de la responsabilité de l'État", dit-il, comme pour assurer qu'il ne franchira pas la ligne jaune. "J'ai connu ça [des ministres qui sortent de leur cadre, ndlr] donc je trouve qu'il faut se tenir à l'essentiel". Et de marteler :



Je ne suis pas dans la revanche ou quoi que ce soit.

# La Cop, non merci 

Avec le remaniement, la présidence de la Cop 21 est passée des responsabilités du ministre des Affaires étrangères à celle de la ministre de l'Environnement. Laurent Fabius soughaitait la conserver en parallèle de la présidence du Conseil constitutionnel mais a finalement dû refuser, et c'est Ségolène Royal qui a récupéré cette fonction. Pourquoi Jean-Marc Ayrault n'a-t-il pas conservé cette atribution ? Parce qu'il n'en voulait pas, tout simplement. Il affirme :



Ségolène Royal va être présidente de la Cop 21. C'est une mission qui se fait au nom des Nations unies [...]. Pour moi, je l'ai dit au président de la République d'emblée, je souhaitais ne pas être président de la Cop. Bien entendu que la Cop, elle va la présider au nom des Nations unies, elle va le faire bien, j'ai toute confiance en elle. 

Et de souligner que ce "travail énorme" est en partie déconnecté du périmètre de son ministère... tout en précisant qu'en la matière, Ségolène Royal devra travailler main dans la main avec le MAE et "sous l'autorité" de ce dernier :



La tâche qui est la mienne, c'est de me consacrer au chantier des Affaires étrangères. Et les Affaires étrangères, c'est l'Europe, c'est le Moyen-Orient, le Proche-Orient, c'est l'Afrique, c'est la totalité du monde. Évidemment, il y a des questions environnementales, qui sont sous la responsabilité du ministère des Affaires étrangères. D'ailleurs Ségolène Royal va travailler avec le concours des services de l'administration qui sont sous mon autorité. Et je ferai tout pour que ce qu'elle a à faire pour la réussite de la Cop 21 soit la réalité.

Une manière très diplomatique de remettre l'intéressée à sa place, elle qui se répand dans les médias pour expliquer que Jean-Marc Ayrault est un second choix pour le quai d'Orsay. "C'est vrai que cette proposition [du ministère des Affaires étrangères] m'avait été faite, c'est vrai que je l'avais acceptée", a-t-elle ainsi répété ces derniers jours. Le match est bel et bien lancé.







> Marisol Touraine (12h30)

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# Nous sommes sociaux-démocrates

Oui, le gouvernement est encore de gauche. Ou en tout cas "social-démocrate", voire "social-réformiste". Interrogée sur la loi El Khomri qualifiée "de droite" par certains (la droite elle-même estimant qu'elle "va dans le bon sens"), la ministre de la Santé refuse d'entériner l'idée de droitisation de Hollande et de sa politique : "C'est ce même gouvernement qui a porté comme personne depuis longtemps les droits des femmes, c'est ce gouvernement qui porte le tiers payant, permet aux salariés de bénéficier de la pénibilité lorsqu'ils ont été exposés", fait-elle valoir.

Et alors qu'on lui fait remaquer qu'on a "l'impression que ces mesures de gauche c'était avant, et qu'on est entrés dans une phase de droitisation", elle rétorque :



Mais c'est maintenant, c'est maintenant. Et encore une fois, je crois que c'est une erreur de vouloir opposer des mesures estampillées de droite parce qu'elles viendraient briser un certain nombre de tabous et des mesures de gauche parce qu'elles seraient conformes à une certaine tradition. Ce qu'il faut, c'est transformer notre pays et le faire avec la volonté de protéger les plus fragiles et de réduire les inégalités. Ça a l'air d'être une évidence, mais cette évdience, c'est le coeur battant de la social-démocratie ou du social-réformisme. Et il ne faut pas abandonner l'un des termes au profit de l'autre.

# Ce cumul qui ne pose pas problème

Emmanuelle Cosse a décidé de cumuler ses nouvelles fonctions de ministre du Logement avec son mandat de conseillère régionale d'Île-de-France. Ce qui n'est pas vraiment gênant pour Marisol Touraine, qui estime que ce sera à sa nouvelle collègue de prouver que les deux sont compatibles, qualifiant au passage cette polémique de "faux débat" :



Ce qui est compliqué, c'est de cumuler des fonctions ministérielles avec des fonctions exécutives dans une communauté locale, ça n'est pas son cas. [...] À elle de montrer que son action ministérielle n'est en rien entravée par cette fonction régionale et n'ayons pas de faux débats, elle aura sûrement l'occasion de s'exprimer là-dessus. 

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