L'Élysée veut choisir les journalistes qui suivent les déplacements d'Emmanuel Macron

Publié à 12h57, le 18 mai 2017 , Modifié à 17h34, le 18 mai 2017

L'Élysée veut choisir les journalistes qui suivent les déplacements d'Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © Philippe HUGUEN / AFP
Image Sylvain Chazot


Emmanuel Macron l'a bien martelé : il veut que le temps médiatique s'adapte au temps politique, et non plus l'inverse. Mais l'influence de la présidence de la République sur le monde journalistique ne concerne pas uniquement l'agenda. L'Élysée entend également choisir quels seront les journalistes qui couvriront à l'avenir l'action présidentielle.

Ce jeudi 18 mai, en marge du premier conseil des ministres du gouvernement Philippe, la présidence de la République a donc fait savoir que, désormais, c'est l'Élysée qui choisira les journalistes qui accompagneront Emmanuel Macron lors de ses déplacements. Le choix n'est donc plus laissé aux rédactions.





Concrètement, si le chef de l'État se déplace à l'étranger, c'est un journaliste spécialisé en diplomatie qui devra l'accompagner. S'il effectue un déplacement en France sur le thème de l'éducation, c'est un journaliste spécialisé sur cette rubrique qui devra l'accompagner. Et cetera, et cetera, et cetera. Auprès de Marianne, un conseiller d'Emmanuel Macron explique que l'Élysée ne choisit pas les journalistes. "Nous indiquons notre préférence pour chaque déplacement, en raisonnant par domaines", précise-t-on. 

Interrogé à ce sujet lors du point presse du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a essayé de botter en touche : 



Il y a la volonté aussi, notamment dans les déplacements, que le président de la République mais aussi celles et ceux qui l'accompagnent puissent avoir la liberté de déplacement, la liberté d'échange avec les Français. Et vous savez comme moi, on s'est croisés souvent ces dernières semaines dans la campagne électorale, que la présence de 50 journalistes, d'une dizaine de caméras, nuit un peu au dialogue direct et à l'échange que peut avoir le président de la République avec les Français. Donc il ne s'agit pas de contrôler, il ne s'agit pas d'imposer. Bien évidemment, je souhaite réaffirmer pour le président de la République et le Premier ministre le respect et notre attachement au respect de vos conditions de travail. Et comme porte-parole du gouvernement, j'y veillerai.

Le cas se pose en pratique très rapidement avec le déplacement du chef de l'État vendredi au Mali et pour lequel des journalistes ont été choisis par l'Élysée. Christophe Castaner évoque des raisons de sécurité – ce qui peut expliquer le nombre de journalistes accrédités, pas leurs identités. "On ne peut pas organiser un déplacement au Mali, surtout dans des délais aussi courts et compte tenu du contexte militaire et des questions de risque qui portent sur nos épaules, dans n’importe quelles conditions", a avancé le porte-parole du gouvernement. 

Ce verrouillage suscite de grandes interrogations concernant une volonté de l'Élysée d'interférer dans les choix des rédactions : l'Association de la presse présidentielle, qui réunit les journalistes chargés de suivre l'actualité de la Présidence de la République française, doit rencontrer les responsables de la communication d'Emmanuel Macron pour leur soumettre les inquiétudes des rédactions. 

Plusieurs sociétés des journalistes de médias nationaux, dont celle d'Europe 1, de Libération, de RTL, du Monde, de BFTMV, de TF1, de franceinfo: ou encore de L'Express, se sont publiquement inquiétées de ces mesures. Dans un communiqué directement adressé à Emmanuel Macron, ces SDJ écrivent : 



Ce n’est pas au président de la République, ou à ses services, de décider du fonctionnement interne des rédactions, du choix de leurs traitements et de leurs regards. Ce choix relève des directions des rédactions et des journalistes qui la composent, qu’ils soient permanents ou pigistes, JRI ou reporters, photographes ou dessinateurs.

Et le communiqué de préciser qu'aucun des prédécesseurs de l'actuel chef de l'État "ne s’est prêté à ce genre de système, au nom du respect de la liberté de la presse". "Alors que la défiance pèse de plus en plus sur l’information, choisir celui ou celle qui rendra compte de vos déplacements ajoute à la confusion entre communication et journalisme, et nuit à la démocratie", conclut le communiqué. 



[EDIT 16h04] Ajout déclaration conseiller à Marianne

[EDIT 17h33] Ajout communiqué des SDJ

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