L’énorme charge de Bernard Cazeneuve contre Fillon et Le Pen après l'attentat des Champs-Élysées

Publié à 13h48, le 21 avril 2017 , Modifié à 13h57, le 21 avril 2017

L’énorme charge de Bernard Cazeneuve contre Fillon et Le Pen après l'attentat des Champs-Élysées
© Montage Le Lab via BFMTV
Image Amandine Réaux


Dernier jour officiel de campagne présidentielle ce vendredi 21 avril avant le premier tour. Après minuit, toute parole politique en rapport avec l’élection est proscrite jusqu’à la publication des premiers résultats, dimanche à 20 heures. Au lendemain du passage télé des onze candidats à la présidentielle lors de l’émission 15 minutes pour convaincre sur France 2 et surtout de l’attentat des Champs-Élysées lors duquel un policier a été tué et deux autres blessés, Bernard Cazeneuve prend la parole depuis Matignon. Dans une allocution diffusée sur les chaînes de télévision, le Premier ministre (et ancien ministre de l’Intérieur) effectue un énorme et ultime recadrage contre Marine Le Pen et François Fillon, démontant méthodiquement (et sur un ton très calme) leurs propositions sécuritaires dans un fact-checking méticuleux.

"Alors que l’heure est à la dignité et à la responsabilités, certains candidats à l’élection présidentielle ont fait ce matin le choix de l’outrance et de la division", fustige en préambule le chef du gouvernement, à peine quelques heures après les allocutions des candidats LR et FN. Bernard Cazeneuve s'en prend très violemment à Marine Le Pen qui "instrumentalise" l'attentat, comme "chaque drame" :



Mesdames et messieurs, ces propos plus que tout autre révèlent son véritable objectif : la candidate du Front national cherche, comme après chaque drame, à profiter et à instrumentaliser pour diviser, elle cherche à exploiter sans vergogne la peur et l’émotion à des fins exclusivement politiciennes. Rien, aucun élément d’enquête, aucun renseignement ne permet de faire quelque lien que ce soit entre l’immigration, l’asile et ce qui s’est passé hier soir à Paris. Pour l’ensemble de nos concitoyens, pour notre pays entier, cette attaque est un drame. Madame Le Pen cherche à en faire une opportunité, une occasion médiocrement électorale au mépris de la vérité.

Juste avant, Bernard Cazeneuve avait énuméré les propositions de Marine Le Pen en matière de lutte contre le terrorisme en expliquant pourquoi elles sont inapplicables, dans l’objectif de "rétablir la vérité". Concernant la proposition de restaurer les frontières, le Premier ministre répond que, "depuis le 13 novembre 2015, le jour précis du rétablissement de ce contrôle, plus de 2.300 policiers et gendarmes sont mobilisés chaque jour à nos frontières" et que "plus de 105 millions de personnes [ont] été contrôlées depuis cette date et que 80.000 n’ont ainsi pu entrer sur le territoire national". "Sur ce sujet comme sur les autres, il faut rétablir la vérité", assène-t-il.

Sur l'expulsion de tous les fichés S prônée par Marine Le Pen, Bernard Cazeneuve égrène : "depuis mai 2012, 117 personnes ont été expulsées du territoire pour des activités à caractère terroriste dans le cadre de l’État de droit". Et concernant la poursuite des individus fichés S pour intelligence avec l’ennemi, cela "démontre", selon Bernard Cazeneuve, la "méconnaissance des dispositifs relatifs à la lutte antiterroriste et notamment de notre arsenal pénal" de Marine Le Pen.

Et Bernard Cazeneuve de rappeler les votes de son parti contre "la loi antiterroriste de novembre 2014", "la loi renseignement de juillet 2015 qui donnait des moyens nouveaux au service de renseignement pour prévenir les actes terroristes" et "les dispositions antiterroristes présentées au Parlement européen, notamment le PNR qui permet de disposer des informations nécessaires à l’arrestation des terroristes au moment de leur retour sur le territoire européen". "Elle semble donc délibérément oublier tout ce qui a été fait depuis cinq ans pour faire oublier en réalité qu’elle s’est opposée à tout sans jamais proposer rien de sérieux ni de crédible", fustige-t-il.

Voilà pour Marine Le Pen.

Bernard Cazeneuve embraye sur François Fillon qui n’en prend pas moins pour son grade. Selon le Premier ministre, le programme présidentiel du candidat LR est décrédibilisé par son action en tant que chef du gouvernement entre 2007 et 2012. Il détaille :

Quant à François Fillon, il appelle à la révision des accords de Schengen. Cette révision a été engagée au cours de ce quinquennat, alors que constamment évoquée entre 2007 et 2012, elle n’avait fait l’objet d’aucune initiative, ni avait abouti à aucun résultat. C’est sous l’impulsion de ce gouvernement que la France a obtenu la modification de l’article 7-2 du Code frontière Schengen qui a permis d’instaurer un contrôle aux frontières extérieures de l’Union européenne pour les ressortissants de l’Union. C’est grâce à cette réforme également que l’agence Frontex s’est vue dotée de moyens nouveaux et qu’elle agit désormais pour l’efficacité de ce contrôle.

François Fillon préconise la création de 10.000 postes de policiers. Comment croire sur ce sujet un candidat qui, lorsqu’il était Premier ministre, en a supprimé 13.000 dans les forces de sécurité intérieure, là où pendant ce quinquennat il en aura été créé 9.000, dont une part importante dans les services de renseignement. Je veux également rappeler que 54.000 postes auront été supprimés dans les armées entre 2007 et 2012 à l’époque où François Fillon était Premier ministre. Comment conforter enfin les services publics de la sécurité et les armées lorsque l’on propose, dans son programme présidentiel, la suppression de 500.000 fonctionnaires en 5 ans ?

Et voilà donc pour François Fillon. Bernard Cazeneuve, qui soutient le candidat socialiste Benoît Hamon, conclut par un appel "solennel" aux électeurs avant le premier tour, ciblant particulièrement "les attiseurs de haine du Front national" :

Je m’adresse aujourd’hui aux Français avec gravité et le seul souci de la vérité en n’étant guidé que par le souci de la nécessaire unité du pays face à une menace qui implique qu’on soit collectivement à la hauteur. Nous sommes à deux jours d’une échéance démocratique fondamentale pour notre pays. Et je veux appeler ce jour solennellement une fois de plus à la responsabilité.

J’appelle au refus des postures, de la facilité, de l’exclusion et de la haine. J’appelle à porter haut les valeurs de la République, à l’aimer, à la protéger, à s’en montrer collectivement digne. J’appelle à respecter à chaque instant une exigence de vérité. Notre avenir ne peut pas être à l’image de celui que nous propose les attiseurs de haine du Front national.

Notre meilleure réponse, c’est de faire bloc, de rester unis, d’être toujours soudés par delà les opinions, les convictions et les choix politiques que nous pouvons faire en conscience.

Immédiatement, les soutiens de Marine Le Pen et François Fillon ont vivement réagi aux propos de Bernard Cazeneuve :















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