L'énorme langue de bois de Marlène Schiappa pour ne pas parler du flou de Macron sur la PMA

Publié à 08h58, le 16 octobre 2017 , Modifié à 11h10, le 16 octobre 2017

L'énorme langue de bois de Marlène Schiappa pour ne pas parler du flou de Macron sur la PMA
Image Etienne Baldit


À quand la PMA pour toutes ? La procréation médicale assistée ouverte à toutes les femmes, c'est une promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Mais ce dernier, devenu chef de l'État, aborde désormais le sujet avec une prudence de sioux visant à ne surtout pas réveiller les tensions qui avaient secoué le pays en 2013, au moment du mariage pour tous. Dimanche 15 octobre sur TF1, le Président a répété sa position personnelle en faveur de l'ouverture de la PMA et promis d'ouvrir "un débat" à ce sujet "durant l'année 2018"... tout en restant très évasif quant à la date à laquelle la décision serait finalement prise. Un flou savamment entretenu depuis plusieurs semaines déjà et qui entraîne des interrogations auxquelles Marlène Schiappa tente d'échapper comme elle peut. 

La question de la PMA n'est pas du ressort de la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, mais de celui d'Agnès Buzyn, ministre de la Santé. Mais on connaît ses positions personnelles en la matière. Alors, tout en reconnaissant être "convaincue" sur ce sujet, c'est derrière ce premier paravent que Marlène Schiappa se retranche, lundi matin sur RTL :

Ça n'est pas mon dossier, la PMA. Il ne vous aura pas échappé que c'est celui de la ministre de la Santé et des Solidarités. Donc c'est à elle qu'il appartient, avec le Premier ministre et le président de la République, de fixer le calendrier, les modalités.

Puis vient cet échange au cours duquel la secrétaire d'État botte systématiquement en touche et change de sujet pour ne pas dire si elle pense, oui ou non, qu'Emmanuel Macron tiendra bien sa promesse sur la PMA avant la fin de son quinquennat :

- Journaliste : Est-ce que vous êtes convaincue qu'il le fera avant la fin du quinquennat ? C'est un engagement de campagne... Il crée un débat comme on crée des commissions, c'est comme ça qu'on enterre les promesses les plus embarrassantes.

- Marlène Schiappa : Je suis absolument pas d'accord, puisque vous voyez, on a créé une commission de travail sur le harcèlement de rue et on est en train, au contraire, non pas de l'enterrer mais de se saisir du sujet et on crée là une grande concertation [voir ici, ndlr].

- Journaliste : [...] Il est extrêmement précautionneux.

- Marlène Schiappa : Le président de la République est de nature... de nature prudente et il ne vous aura pas échappé qu'il attache beaucoup d'importance au consensus.

- Journaliste : Est-ce qu'il le fera avant la fin du quinquennat, est-ce que votre conviction là-dessus est entière ?

- Marlène Schiappa : Le président de la République a répondu à cette question hier, je ne vais pas éternellement paraphraser ce qu'a dit le président de la République. Moi mon actualité, mon calendrier politique aujourd'hui, c'est cette grande loi contre les violences sexistes et sexuelles. Hier, c'était la première fois qu'un président de la République en France a dit à la télévision que ce n'était pas aux femmes victimes de harcèlement sexuel d'avoir honte, mais que c'était aux personnes qui les harcelaient sexuellement. Je pense que ça, c'est extrêmement important.

Entre autres diversions, Marlène Schiappa dit donc que "le président de la République a répondu à cette question" de la temporalité de cette réforme. Sauf que pas vraiment. Affichant sa volonté de ne pas "brutaliser les consciences", Emmanuel Macron a bien promis d'ouvrir "un débat" l'année prochaine. Une "concertation apaisée" au cours de laquelle les convictions de "chacune et chacun" seront entendues, après quoi seulement "des décisions" pourront "être prises"... Aucun calendrier n'est donc clairement établi, ce qui est rarement bon signe en politique, d'autant plus en ce qui concerne les promesses liées à des sujets sociétaux.

Voici l'intégralité du propos d'Emmanuel Macron à TF1 :

Vous me permettrez, sur des sujets aussi complexes, de refuser le oui ou non. [...] Je pense que, à partir du moment où on a accepté pour des femmes vivant en couple de bénéficier de la PMA, il est normal, compte tenu du fait que nous reconnaissons qu'une mère peut être seule, ou que deux femmes puissent être en couple, de reconnaître ce droit aux femmes seules et aux couples de même sexe. J'ai dit que j'attendais l'avis du comité d'éthique ; il a été rendu en juin et il va en ce sens. J'ai dit enfin que je respecterai l'ensemble des convictions. Sur ces sujets de société, le politique ne doit pas imposer un choix en brutalisant les consciences, des convictions profondes que je respecte chez chacun et chacun.

Et donc je souhaite que durant l'année 2018, nous puissions avoir ce débat de manière apaisée. Nous aurons à revenir sur les lois de bioéthique en 2018 ; le comité éthique lancera des consultations et je mènerai ce processus dans les prochains mois. Et je souhaite sur chacun de ces sujets, et chacun est d'une complexité extrême, ils heurtent les consciences philosophiques, religieuses, personnelles. Quand il s'agit de la filiation, de la procréation, etc., je souhaite que nous ayons un vrai débat.

Moi ce que je peux vous dire, c'est que je suis pour reconnaître des droits égaux à nos concitoyens. Je suis très sensible au respect de la filiation. C'est aussi pour ça que je suis contre la gestation pour autrui, parce que j'ai une conception de la dignité du corps de la femme. Et je pense que cette conception philosophique qui est la nôtre ne permet pas qu'on puisse porter un enfant pendant neuf mois pour le compte d'un autre. Et je souhaite qu'on ne puisse pas passer de la PMA à la GPA subrepticement. Mais je veux que nous menions ces débats. Je tiens à la filiation, je tiens à ce que nous ayons une vraie conception de la famille, des familles.

Je souhaite que nous ayons une concertation apaisée - je serai le garant de l'apaisement de cette concertation - et qu'au moment où tout sera exprimé, alors des décisions puissent être prises et le législateur légiférer.


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