L'étrange argumentation de Christian Estrosi pour qui la police de proximité n'a pas été supprimée

Publié à 09h42, le 13 février 2017 , Modifié à 10h06, le 13 février 2017

L'étrange argumentation de Christian Estrosi pour qui la police de proximité n'a pas été supprimée
Christian Estrosi © Capture Europe 1

Sachez-le : la police de proximité n'a jamais été supprimée. C'est ce qu'annonce Christian Estrosi ce lundi 13 février sur l'antenne d'Europe 1. Le premier adjoint au maire de Nice évoque les violences qui ont émaillé les manifestations en soutien à Théo, ce jeune homme brutalement interpellé par la police début février. Vient alors cette question : ne paie-t-on pas finalement la suppression de la police de proximité ?

Pas. Du. Tout, d'après Christian Estrosi. Et pour cause : selon lui, la police de proximité n'a jamais été supprimée. Il assure :

"

Il n'y a jamais eu de suppression de la police de proximité. Chacun peut l'appeler comme on veut.

 

"

Pour défendre cette annonce pour le moins surprenante, le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a deux arguments. Le premier est d'ordre sémantique. En gros, pour Christian Estrosi, si un policier fait un travail de proximité, c'est bien qu'il existe une police de proximité. Il explique :

"

On peut appeler ça comme on veut mais lorsque je recrute, en ayant déjà 330 policiers municipaux qui sont là pour faire la circulation, la garde des parcs et jardins, la surveillance des écoles  à la rentré pour faire de l'école de la République des sanctuaires, et que j'en recrute 130 de plus, des fonctionnaires territoriaux, est-ce que c'est autre chose que de la police de proximité ?

 

"

Le deuxième argument avancé par Christian Estrosi est d'ordre pratique. Le premier adjoint niçois assure que les syndicats de droite dans la police approuvent la suppression de la police de proximité – alors même que cette suppression n'a pas eu lieu selon lui, on le rappelle.

"

Vous avez les syndicats de gauche qui en disent une [de réorganisation de la police, NDLR], les syndicats de droite qui en disent une autre, comme Alliance et d'autres qui au contraire estiment que la réorganisation de 2003 était la bonne parce que c'était celle qui permettait de mieux répondre à la montée des violences qu'on connaît et les taux d'élucidation qui, à la suite de cela, n'ont cessé de monter.

 

"

Contacté par le Lab, Jean-Claude Delage, secrétaire du syndicat Alliance, considère que la question n'est plus là. "Je ne pense pas que le débat aujourd'hui soit la police de proximité et nous aurons bien le temps de nous exprimer sur tout cela dans la période qui s'ouvre. Christian Estrosi peut dire ce qu'il pense, je ne souhaite pas avoir ce débat. Nous avons des sujets plus urgents", déclare-t-il.

D'un point de vue purement factuel, la police de proximité telle que créée par le gouvernement de Lionel Jospin a bien été supprimée en 2003 par le ministre de l'Intérieur de l'époque, un certain Nicolas Sarkozy. Avec cette phrase lancée par l'occupant de la place Beauvau : "organiser un match de rugby pour les jeunes du quartier, c'est bien, mais ce n'est pas la mission première de la police. La mission première de la police, c'est l'investigation, l'interpellation, la lutte contre la délinquance", avait asséné le ministre de l'Intérieur.

En 2009, deux ans après sa victoire à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait voulu créer des unités territoriales de quartier (UTEQ), censées remplacer la police de proximité. Mais, faute de budget, l'initiative avait été abandonnée. "Je n'ai pas les moyens de les développer", avait déploré à l'époque le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux.

 

[BONUS TRACK]  

Les violences qui ont émaillé les manifestations en soutien à Théo ont profondément choqué Christian Estrosi. De son point de vue, les rassemblements n'auraient même pas dû être autorisés. Pour justifier cette interdiction, l'élu LR prend des exemples 1) inattendus et 2) pas franchement opportuns :

"

Laissons la justice faire son travail. Ne laissons pas la rue s'exprimer de cette manière.

Et je pose la question : nous avons des dizaines de personnes, notamment des retraités, des dames âgées, qui se font arracher leur sac dans la rue chaque semaine, casser le col du fémur en étant bousculées. Est-ce que vous avez systématiquement des manifestations ? Nous avons connu le drame d'Ilan Halimi il y a quelques années de cela, est-ce  qu'on est descendu par milliers ?

 

"

Concernant Ilan Halimi au moins, ce jeune homme en 2006 séquestré et torturé jusqu'à la mort par "le gang des barbares" en raison de sa confession juive, on ne peut que contester la version de Christian Estrosi. Des manifestations avaient rassemblées plusieurs dizaines de milliers de personnes contre le racisme et l'antisémitisme. 

Du rab sur le Lab

PlusPlus