Contrôles aux frontières : Manuel Valls alerte sur la "remise en cause de Schengen" si l'UE "ne prend pas ses responsabilités"

Publié à 20h59, le 19 novembre 2015 , Modifié à 21h26, le 19 novembre 2015

Contrôles aux frontières : Manuel Valls alerte sur la "remise en cause de Schengen" si l'UE "ne prend pas ses responsabilités"
Manuel Valls au JT de France 2, jeudi 19 novembre 2015

"Schengen est mort", répète volontiers Nicolas Sarkozy depuis des mois, demandant une refonte de l'espace de libre circulation européen. Marine Le Pen, elle, veut purement et simplement en sortir. Manuel Valls ne va pas jusque là. Mais lors du JT de France 2 jeudi 19 novembre, le Premier ministre veut clairement faire passer un message : l'Union européenne doit selon lui "prendre ses responsabilités" en matière de contrôle aux frontières, faute de quoi "c'est tout le système Schengen qui sera remis en cause".

Cette interview se fait évidemment dans le contexte des attentats de Paris et Saint-Denis, dont certains des auteurs revenaient de Syrie. Ce jeudi, on a aussi appris qu'Abdelhamid Abaaoud, l'un des organisateurs présumés des attaques et l'un des djihadistes les plus recherchés à l'heure actuelle, faisait bien partie des personnes tuées lors de l'assaut d'un appartement en plein coeur de Saint-Denis, mercredi. Une présence sur le sol Français qui pose *quelques* questions quant à l'action, notamment, des services de renseignements. 

Manuel Valls "ne veut pas dire" que l'Europe a "failli" en la matière. Même si "non", il ne sait pas comment Abdelhamid Abaaoud a pu rentrer en France. Les terroristes de Daesh sont "des individus expérimentés qui se dissimulent, qui évitent la police, qui ont des faux papiers, des complicités, une véritable organisation", dit-il. "Mais cela veut bien dire qu'il faut renforcer la coopération entre pays au niveau du renseignement et du contrôle aux frontières", ajoute-t-il aussitôt. Il poursuit son message à destination de l'Europe :

 

"

D'abord, les frontières extérieures de l'Union européenne doivent être renforcées. Nous le disons depuis des semaines, des mois, des années. L'Europe est placée devant ses reponsabilités, pas uniquement par rapport à la crise des migrants mais de manière générale. Moi je crois aux frontières, mais les frontières aujourd'hui sont celles de l'Union européenne, donc elles doivent fonctionner.

"

Il évoque ensuite la réunion qui se tiendra, vendredi, entre les ministres de l'Intérieur européens, "à la demande de Bernard Cazeneuve". Une réunion qui a un but, explique le Premier ministre :

 

"

Que chacun prenne ses responsabilités et qu'on mette des moyens considérables, comme nous sommes en train de le faire, pour assurer le contrôle aux frontières. [...] Si l'Europe n'assume pas ses responsabilités, alors en effet c'est tout le système Schengen qui sera remis en cause.

"

Voilà les partenaires européens de la France prévenus de la détermination de l'exécutif en la matière. Or, si "c'est tout le système Schengen qui [est] remis en cause", cela signifie qu'il faudra le réformer. Et comme le rappellent Les Décodeurs du Monde, "réformer ou sortir de Schengen nécessiterait un accord à l’unanimité des 26 [pays] membres". 

Le 16 septembre, lors d'un débat sur l'accueil des réfugiés à l'Assemblée nationale, Manuel Valls expliquait que le traité de Schengen était suffisant dans la situation actuelle, puisqu'il permet de rétablir les contrôles aux frontières des États de manière temporaire. Ce qui a été fait dès vendredi soir, juste après les attentats (la mesure était cependant prévue de longue date, dans le cadre de la Cop21). 

Dans le même temps, Manuel Valls reconnaît que tous les contrôles aux frontières du monde ne stopperont pas les individus les plus déterminés. Il prend deux exemples pour expliquer qu'il n'y a pas de "risque zéro" :

"

Quand Schengen n'existait pas, quand il y avait des contrôles aux frontières, la France a été touchée par des attentats ; une dictature comme l'Espagne, c'est-à-dire un régime policier, il y avait des hommes, des femmes, des Basques qui traversaient la frontière entre la France et l'Espagne pour commettre des attentats. On peut toujours passer les frontières, il n'y a pas de frontière hermétique. Et donc il y a toujours ce risque. Nous sommes en guerre et donc il n'y a pas de risque zéro.

"

"Pas de risque zéro", y compris pour la survie de l'espace Schengen lui-même. 

Du rab sur le Lab

PlusPlus