Comment Manuel Valls explique que le 49.3 est "tout l'inverse d'un passage en force"

Publié à 11h06, le 26 mai 2016 , Modifié à 11h26, le 26 mai 2016

Comment Manuel Valls explique que le 49.3 est "tout l'inverse d'un passage en force"
Manuel Valls © AFP
Image Sylvain Chazot


Manuel Valls aime beaucoup l'article 49.3 de la Constitution. Lui Premier ministre, il l'a déjà utilisé à deux reprises en autant d'années à Matignon, une première fois pour faire adopter la loi Macron, une seconde pour la non moins controversée loi El Khomri.

Malgré les critiques de la droite – et celles de la gauche au temps où elle était dans l'opposition – le chef du gouvernement apprécie cet outil constitutionnel, même si cela lui "fend le cœur" d'en user. Sur RMC ce jeudi 26 mai, répondant aux questions des auditeurs, Manuel Valls  défend donc longuement le 49.3 qui est "dans notre Constitution" alors que, fait-il remarquer, les blocages de la CGT, eux, ne le sont pas. Une logique imparable. Puis il explique que, selon lui, l'utilisation de cet article n'a rien du coup de force, bien au contraire. Il dit :



Le 49.3 c'est dire aux parlementaires : 'si vous ne voulez pas de cette politique, de cette loi, vous avez la possibilité de renverser le gouvernement'. C'est donc bien de se soumettre au jugement des parlementaires. C'est tout l'inverse d'un passage en force et c'est donc un acte qui est démocratique.

Le 49.3 est donc finalement, du moins dans l'esprit de Manuel Valls, une preuve d'un certain courage politique. En mars dernier, Bruno Le Roux estimait quant à lui que le 49.3 "favorise une véritable discussion". Ce jeudi, le chef du gouvernement fait également remarquer qu'il n'a pas été empêché par l'Assemblée nationale de faire adopter la loi Travail. Et ça, si ce n'est pas une preuve d'autorité…

Quant à sa popularité en berne, le Premier ministre fait comme s'il s'en moquait. "Ce n'est pas parce que la CGT aujourd'hui veut bloquer le pays, gêner les Français, que moi je vais partir, je vais plier", dit-il avant d'estimer que "la démocratie, ce n'est pas la loi de la rue, ce n'est pas la loi des sondages". Un argument étonnant de la part de Manuel Valls qui, quand cela est plus conforme à ses convictions, n'hésite pas à faire appel à l'opinion. "Ce que je constate, c'est le soutien et l'approbation des Français", disait-il par exemple en janvier dernier pour défendre la déchéance de nationalité…

Aujourd'hui, Manuel Valls revendique le droit de prendre des réformes impopulaires mais qu'il croit bonnes et justes pour le pays. Survient alors un exemple que l'on n'attendait pas, l'abolition de la peine de mort en 1981 :

Vous vous rendez compte si François Mitterrand avait écouté en 1981 les sondages sur la peine de mort ? Il avait une conviction profonde. Moi j'ai aussi une conviction profonde sur d'autres sujets, quand j'engage des sujets, des lois, des réformes, parce que je crois qu'elles sont utiles pour le pays.

Manuel Valls se plaçant dans les pas de François Mitterrand... Pour cet héritier de Michel Rocard, l'exemple est osé.

Du rab sur le Lab

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