Matignon tempère l'annonce de Christophe Castaner sur l'interdiction totale du glyphosate d'ici 2022

Publié à 10h17, le 25 septembre 2017 , Modifié à 18h44, le 25 septembre 2017

Matignon tempère l'annonce de Christophe Castaner sur l'interdiction totale du glyphosate d'ici 2022
Christophe Castaner © AFP
Image Sylvain Chazot


C'est officiel. Enfin presque. La France va prochainement et progressivement interdire le glyphosate, ce fameux désherbant ô combien controversé, pour tous les usages, y compris agricoles. C'est en tout cas l'annonce que fait ce lundi 25 septembre Christophe Castaner, sur BFMTV, ce lundi 25 septembre. Le porte-parole du gouvernement assure que la France sera hostile à la prolongation de l'autorisation du glyphosate pour 10 ans, telle que voulue par la Commission européenne. "Nous le refusons. La position de la France sera hostile à cela. Nous voterons contre. Dès le vote qui doit avoir lieu dans les semaines qui viennent, la position de la France sera claire", assure Christophe Castaner.

Puis il fait une annonce :

On veut aller plus loin. On veut investir massivement, c'est à peu près 5 milliards d'euros qui seront mobilisés sur le quinquennat… on veut donner les moyens aux agriculteurs, mais aussi aux scientifiques, de trouver des produits de substitution au glyphosate. Et le Premier ministre a arbitré - ça sera communiqué dans quelques heures - il a arbitré pour faire en sorte que ce produit soit interdit en France, ainsi que tous ceux qui leur ressemblent et menacent la santé des Français, d'ici la fin du quinquennat.

Cette interdiction concernera tout le monde, y compris les agriculteurs, assure le porte-parole du gouvernement. "C'est l'engagement qu'Edouard Philippe confirmera dans les heures qui viennent et l'arbitrage qu'il a rendu ce week-end", précise-t-il.

Dans le même temps, lundi matin, Matignon a publié un communiqué qui répète que "la France votera contre la réautorisation pour dix ans du glyphosate en raison des incertitudes qui demeurent sur sa dangerosité", "comme elle l’a clairement indiqué dès le mois de juillet", peut-on lire.

Il est ajouté ceci :

Pour les autres usages, et notamment l’usage agricole, le Premier ministre a demandé au ministère de l’Agriculture et de l'Alimentation et au ministère de la Transition écologique et solidaire de lui présenter - avant la fin de l’année et en fonction des conclusions des états généraux de l’alimentation - les conditions d’un plan de sortie du glyphosate, compte tenu de l’état de la recherche et des alternatives disponibles pour les agriculteurs.

Aucune annonce de date n'est faite. Et encore moins la volonté du gouvernement français d'interdire le glyphosate d'ici la fin du quinquennat, comme Christophe Castaner l'annonce. Le communiqué de Matignon précise d'ailleurs :

Le Gouvernement arrêtera alors sa position, qu’il confrontera à celles de la Commission et des autres Etats-membres, pour trouver les conditions d’une transition raisonnable vers la sortie du glyphosate.

Le Gouvernement réaffirme son engagement d’obtenir avant la fin du quinquennat des progrès significatifs vers l’interdiction de l’usage des substances dangereuses et vers une agriculture moins dépendante aux pesticides.

Christophe Castaner transforme donc une volonté de Matignon "d’obtenir avant la fin du quinquennat des progrès significatifs vers l’interdiction" du glyphosate en une annonce d'interdiction du glyphosate.

Du côté de Matignon, d'ailleurs, on s'étonne de l'annonce de Christophe Castaner. "C'est le communiqué qui fait foi", assure-t-on au Lab. Comprendre : Christophe Castaner s'est un peu emballé en annonçant l'interdiction totale du glyphosate en France d'ici 2022. "La position du Premier ministre est claire : on refuse la date de 10 ans proposée par la Commission européenne et on engage des discussions avec la Commission. Ne pas donner de date précise pour l'interdiction, c'est volontaire de notre part", ajoute-t-on.  

Il s'agit, en l'espèce, d'un sujet éminemment sensible du côté du gouvernement. Vendredi, des agriculteurs ont manifesté sur les Champs-Élysées contre l'interdiction du glyphosate. Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot est venu à leur rencontre pour les assurer qu'une solution sera trouvée par le gouvernement. Le lendemain, dans Ouest-France, il a néanmoins réaffirmé la volonté de la France d'en finir avec le glyphosate.

Mais tout le monde n'est pas de cet avis. Le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert a ainsi suggéré, vendredi, que la France prolonge de "cinq à sept ans" l'autorisation de l'usage du désherbant…

Du rab sur le Lab

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