Même lorsqu'il parle de la France, Nicolas Sarkozy parvient à critiquer Alain Juppé

Publié à 07h15, le 27 novembre 2015 , Modifié à 09h19, le 27 novembre 2015

Même lorsqu'il parle de la France, Nicolas Sarkozy parvient à critiquer Alain Juppé
Nicolas Sarkozy © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
Image Sylvain Chazot


Deux semaines plus tard et un hommage national. Une semaine avant le premier tour des régionales. On ne parle que d'elle, la France. Ce vendredi 27 novembre, il y aura du bleu, du blanc et du rouge aux fenêtres et aux balcons.

Il y en avait déjà jeudi, à Avignon, où Nicolas Sarkozy était venu épauler Christian Estrosi, tête de liste LR en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Car, évidemment, l'ancien chef de l'État a longtemps parlé de la France. Mais il a aussi, habile qui l'est, critiqué de manière très subtile Alain Juppé.

Nicolas Sarkozy a ainsi déclaré qu'il n'y avait "pas d'identité française heureuse dans une société devenue multiculturelle". Et d'ajouter :

Ici, c'est la culture de la France, ce n'est pas la culture multiculturelle. Il n'y a pas d'identité française heureuse si nous ne partageons pas des valeurs morales, un mode de vie, le sentiment d'appartenir à une Nation, d'avoir une histoire, une langue, qui est le français, un imaginaire commun, une politesse et une courtoisie. Une solidarité dans les plus grands succès comme dans les pires épreuves, c'est cela être Français.

Le terme "identité heureuse" n'est pas inconnu à droite. Il se veut le répondant du livre d'Alain Finkielkraut, L'identité malheureuse, où le philosophe dénonce les excès, selon lui, du multiculturalisme. En 2014, Alain Juppé avait, lui, parlé d'"identité heureuse" dans le livre initié par le juppéiste Benoist Apparu Les 12 Travaux de l’opposition : nos projets pour redresser la France

Dans cet ouvrage, la contribution du maire de Bordeaux s'appelle donc L’identité heureuse. Il y dénonce le discours de la droite en matière d'immigration. Défendant l'intégration plutôt que l'assimilation, le maire de Bordeaux appelle à "comprendre et accepter" le lien des immigrés à leur culture d’origine, "une source d’une diversité qui enrichit notre patrimoine", expliquait Alain Juppé.

À l'époque, le sarkozyste Geoffroy Didier avait critiqué cette idée. "Etant donné les urgences nationales, la question de l''identité heureuse' chère à Alain Juppé est, selon moi, une erreur de diagnostic", avait-il dit au JDD

Et jeudi à Avignon, Nicolas Sarkozy a dit à peu près le contraire d'Alain Juppé :

Je le dis avec gravité : nul ne peut plus désormais vouloir partager le destin français sans prendre en compte les valeurs de la France. La France n'est pas un supermarché où l'on choisit ce qui nous convient. La France est un tout qu'on adopte comme tel et à qui on apporte sa contribution. Si ça ne plaît pas, on n'est pas Français.

Voilà. Même en campagne pour les régionales, même avec Christian Estrosi, Nicolas Sarkozy n'oublie jamais de penser à son meilleur ennemi.

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