Même son ami Luc Carvounas s'oppose à Manuel Valls au sujet des arrêtés anti-burkini

Publié à 13h10, le 25 août 2016 , Modifié à 14h42, le 25 août 2016

Même son ami Luc Carvounas s'oppose à Manuel Valls au sujet des arrêtés anti-burkini
Luc Carvounas et Manuel Valls © JACQUES DEMARTHON / AFP

HAUTE TENSION - D'ordinaire, Luc Carvounas est proche de Manuel Valls. Très proche même. Dans l'entourage du Premier ministre, le sénateur socialiste du Val-de-Marne fait partie du premier cercle. Mais cela ne l'empêche pas d'être parfois en profond désaccord avec le chef du gouvernement. Et de le dire haut et fort quand cela arrive.

L'élu PS est ce jeudi 25 août l'invité de l'émission Les Grandes Gueules, sur RMC. De manière totalement libre, le parlementaire critique ouvertement la position de Manuel Valls sur LE sujet ô combien important et ô combien passionnant de cette fin d'été 2016 : le port du burkini à la plage. Il dit :

 

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Sur la question du burkini, ma position est la même que sur la question du voile, liée à la notion de dignité de la femme en France. Je suis favorable à ce qu'on ne mélange pas laïcité et tenue vestimentaire. Aujourd'hui il y a une borne qui est celle de la dignité de la femme et une autre borne qui est fondamentale – je suis maire et parlementaire - qui est la loi. De la même manière que la loi ne demande pas aux femmes de ne pas porter de voile sur l'espace public – on les autorise et moi j'y suis favorable – je ne vois pas pourquoi on les empêcherait, si elles le souhaitent, de porter le burkini dans l'espace public.

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Voilà pour la première salve. La seconde arrive très vite, pas d'impatience.

Luc Carvounas ne considère pas que les burkinis puissent créer un trouble à l'ordre public. "On est sur un autre discours", lance-t-il, estimant que les maires qui ont pris des arrêtés anti-burkini l'ont fait essentiellement à des fins électoralistes.

Si, tel Julien Dray, il émet des réserves sur les photos prises de la verbalisation d'une femme voilée sur une plage de Nice, son discours reste ferme sur le fond :

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Je vous le dis très sincèrement : pour moi la gauche n'est pas la gauche à partir du moment où on demande à nos minorités qui composent le tissu national de baisser la tête ou de se faire discret. On dit ça aujourd'hui pour les Français de confession musulmane. On dira ça demain pour les Français de confession juive, catholique.

 

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Mais... n'est-ce pas Manuel Valls qui, après Jean-Pierre Chevenèment, avait estimé que "l'islam, comme les autres religions l'ont fait, [devait accepter] la discrétion dans la manifestation des convictions religieuses" ? Si si, c'est bien lui.

En outre, Luc Carvounas considère que les troubles à l'ordre public à Cannes et à Nice n'ont pas été créés par les femmes en burkini mais par "des fachos". "C'est eux qui fichent la pagaille", assène l'élu. Il ajoute :

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Si pour une minorité de racistes – j'espère que ce n'est pas une majorité en France – on doit interdire un habillement – j'ai dit à titre personnel ce que j'en pensais - alors qu'on n'interdit pas le voile dans l'espace public… C'est la loi qui dicte aujourd'hui en France ce qu'il est possible de faire ou de ne pas faire, c'est tout. Les troubles à l'ordre public sont causés par des personnes qui sont des racistes.

 

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Si Luc Carvounas pointe la responsabilité de "la droite dure" dans cette situation, il prend également le contre-pied de Manuel Valls. Le Premier ministre a défendu les arrêtés pris par certains maires pour interdire le port du burkini sur leurs plages. Ce jeudi, sur BFMTV, le chef du gouvernement a répété son opposition au burkini, symbole selon lui de "l'asservissement de la femme".

Et quant à ceux qui expliquent que les femmes peuvent aussi avoir envie de s'habiller comme elles l'entendent, Manuel Valls a expliqué qu'en cette période de troubles, il fallait "lutter avec la plus grande détermination contre l'islamisme radical, contre ces symboles qui visent à occuper l'espace public".

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