Montebourg défend les heures supplémentaires défiscalisées alors qu'il les fustigeait quand il était ministre

Publié à 12h36, le 25 mai 2016 , Modifié à 12h36, le 25 mai 2016

Montebourg défend les heures supplémentaires défiscalisées alors qu'il les fustigeait quand il était ministre
Arnaud Montebroug © Montage via AFP

À quoi reconnaît-on un homme en campagne ? Il est prêt à se renier littéralement pour épouser un message plus conforme aux aspirations du peuple électeurs. Ce n'est pas Arnaud Montebourg qui dira le contraire. L'ancien ministre du Redressement productif, qui laisse planer le doute sur sa possible candidature à la présidentielle 2017, s'est livré ce mercredi 25 mai à un formidable exercice de retournement idéologique.

Invité de BFMTV, Arnaud Montebourg a longuement critiqué l'action de François Hollande, estimant que l'actuel président de la République fait pire que son prédécesseur en matière de lutte contre le chômage. Mais l'emploi n'était pas le seul angle d'attaque de l'ancien ministre. Il a également reproché à François Hollande d'avoir supprimé les heures supplémentaires défiscalisées, mesure phare de la présidence Sarkozy. Dénonçant un "appauvrissement qui a été constaté" mais "qui n'a pas été comblé depuis le début de la crise" du fait d'une "austérité fiscale", . Voici l'échange avec Jean-Jacques Bourdin :

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-          Arnaud Montebourg : Je me souviens par exemple du débat qui a eu lieu sur la défiscalisation des heures supplémentaires. Pour des petits salaires, c'est 50 euros par mois en plus. Ces 50 euros ont été supprimés. C'était une économie…


-          Jean-Jacques Bourdin : Vous étiez favorable à la défiscalisation ?


-          Arnaud Montebourg : Il y a eu un débat à l'intérieur et je dois vous dire que c'était une erreur [de les supprimer, ndrl]. Pourquoi ? Parce que le pouvoir d'achat des personnes qui n'ont que leur travail pour vivre, généralement des salaires très modestes, s'en est ressenti. Vous avez eu des augmentations d'impôts importantes sur les retraités qui avaient des petits revenus et tout ça a eu pour conséquence de couler l'économie. Parce qu'évidemment, quand vous n'avez pas de pouvoir d'achat, vous avez ce que les entrepreneurs ont constaté, vous avez une économie qui s'est mise à l'arrêt. Et elle n'est toujours pas repartie. Toujours pas !

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Les heures supplémentaires défiscalisées étaient donc bonnes, contrairement à l'action de François Hollande, a admis Arnaud Montebourg. De fait, s'il veut se présenter à l'élection présidentielle, l'ex-ministre du Redressement productif ne veut logiquement pas trop vanter le bilan de l'actuel chef de l'État. Mais il n'est pas non plus forcé d'expliquer une nouvelle fois à quel point le "travailler plus pour gagner plus" était une idée de génie. C'est pourtant ce qu'il a fait, une heure plus tard, toujours en compagnie de Jean-Jacques Bourdin mais sur RMC uniquement cette fois.

Interrogé sur ce sujet précis, il a répondu ceci :

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C'était une bonne décision, il faut le reconnaître. C'est une mauvaise décision de les avoir supprimées.

 

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Arnaud Montebourg n'exclut d'ailleurs pas, si jamais il parvient au pouvoir, de remettre en place cette défiscalisation.

Seulement voilà. Arnaud Montebourg n'a pas toujours été un admirateur des heures supplémentaires défiscalisées. Sur France Inter, en 2013, le ministre du Redressement productif défendait même leur suppression. Voici comment :

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Le chemin du redressement des comptes publics n'est pas facile, puisque la situation dans laquelle –nous nous trouvons est extrêmement critique et préoccupante. Nous empruntons chaque année 180 milliards d'euros, nous avons un stock de dette publique de 1.600 milliards, le sarkozysme a finalement fait sa politique à crédit. On parlait des heures supplémentaires, nous avons été obligés de, finalement, re-fiscaliser. Pourquoi ? Parce que c'était de l'argent distribué à crédit. Le Sarkozy, ça consistait à emprunter sur le marché financier pour distribuer des cadeaux fiscaux, et essayer de se faire réélire. D'ailleurs, ça a failli marcher, vous l'avez remarqué.

 

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Dans cette même interview, Arnaud Montebourg saluait donc les choix fiscaux du chef de l'État afin de "briser les chaînes" de la dette. "Quel est le gouvernement qui a la facilité d'augmenter les impôts ? Aucun, c'est une garantie d'impopularité. Pourtant, nous le faisons, de façon la plus juste possible, en équilibrant les efforts, pour essayer de retrouver l'équilibre de nos comptes publics. Donc, ce n'est pas facile, moi j'apprécie que le président de la République soit sensible à ce que dit la société française", disait-il, à deux doigt de défendre "la politique d'austérité" qu'il critique aujourd'hui.

Alors évidemment, tout le monde a le droit de changer d'avis. Mais Arnaud Montebourg arrive à se démarquer en défendant mordicus ce qu'il critiquait hier – les heures supplémentaires défiscalisées - tout en dénonçant ce qu'il saluait à la même époque – l'assainissement des comptes publics.

Avant cette interview sur France Inter, Arnaud Montebourg avait déjà fustigé ce régime spécial de fiscalisation. Interrogé en novembre 2012 par Usine Nouvelle, il avait défendu par cet angle le pacte de compétitivité :

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C’est un plan de reconstruction car nos prédécesseurs nous ont légué un champ de ruines. Tout a été laissé à l’abandon. On a préféré soutenir les heures supplémentaires plutôt que le chômage partiel. C’était un choix borgne et même aveugle.

 

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En 2013, certains socialistes avaient entrouvert la porte à un retour de la défiscalisation des heures supplémentaires. "Je crois qu'en effet nous sommes allés un peu vite sur la suppression de la non-imposition des heures supplémentaires", avait reconnu Thierry Mandon, alors porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, sur Europe 1. La porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem avait alors démenti toute initiative du gouvernement allant dans le sens d'un retour en arrière. 

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