Najat Vallaud-Belkacem s’oppose à Manuel Valls sur le burkini : "La prolifération des arrêtés anti-burkini n’est pas bienvenue"

Publié à 09h03, le 25 août 2016 , Modifié à 12h25, le 25 août 2016

Najat Vallaud-Belkacem s’oppose à Manuel Valls sur le burkini : "La prolifération des arrêtés anti-burkini n’est pas bienvenue"

La polémique de l’été sur le burkini se prolonge en cette rentrée politique. Et alors que le débat s'emballe et que des femmes simplement voilées sur les plages sont verbalisées, le Conseil d'Etat, juridiction de dernier recours, examine ce jeudi 25 août la légalité des arrêtés anti-burkini.

Des arrêtés pris par de nombreux maires, bien souvent LR, soutenus par Manuel Valls. Mais la position du Premier ministre ne fait pas l’unanimité au sein même de son gouvernement. Ainsi Najat Vallaud-Belkacem, invitée d’Europe 1 ce jeudi, a-t-elle déploré, soulignant qu’elle était "contre le burkini", la place prise par cette polémique dans le débat politique. "La faute à ceux qui ont vu un potentiel d’exploitation, d’instrumentalisation politique, ce que je déplore", poursuit la ministre de l’Education nationale.

Surtout, elle s’oppose à Manuel Valls sur les décisions prises par les édiles. Elle affirme :

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La prolifération des arrêtés anti-burkini n’est pas bienvenue. Cela pose problème parce que cela pose la question de nos libertés individuelles. Jusqu’où va-t-on pour vérifier qu’une tenue est conforme aux bonnes mœurs ? Cela libère la parole raciste et on l’a remarqué dans la verbalisation, dans les incidents…

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Quelques minutes plus tard, sur RMC, Manuel Valls a reconnu les divergences existantes entre lui et sa ministre. "Ces arrêtés ne sont pas une dérive. Je ne suis pas d’accord avec elle ou c’est elle qui n’est pas d’accord avec moi", a d'abord rétorqué le Premier ministre, avant d'être interrogé sur la déclaration de Najat Vallaud-Belkacem selon laquelle "cela libère la parole raciste". Et de répondre : 

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Non, non, non. C’est une mauvaise interprétation des choses. Ces arrêtés ont été pris au nom même de l’ordre public. Le burkini, c’est l’asservissement de la femme.

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Pour "NVB" pourtant, il y a là "une dérive dangereuse pour la cohésion nationale", dit-elle sans viser les policiers mais bel et bien "les responsables politiques qui ont pris ces arrêtés". Et d’ajouter pour appuyer sa position :

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Rien n’établit de lien entre terrorisme de Daech et tenue d’une femme sur une plage. On a laissé croire qu’il y avait une évidence dans ce lien.

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Le 17 août, Manuel Valls avait apporté son soutien aux maires prenant des arrêtés contre cette tenue de plage critiquée. "Je comprends les maires qui, dans ce moment de tension, ont le réflexe de chercher des solutions, d'éviter des troubles à l'ordre public. Je soutiens donc ceux qui ont pris des arrêtés, s'ils sont motivés par la volonté d'encourager le vivre ensemble, sans arrière-pensée politique", indiquait-il tout en précisant qu’il ne souhaitait pas légiférer sur cette question.

Bernard Cazeneuve, lui, a appelé au calme et demandé à ce que les arrêtés en question ne conduisent pas "à des stigmatisations" alors que le journaliste spécialisé dans les questions jihadistes, David Thomson, prévenait que "les photos de Nice (où une femme voilée a été verbalisée sur la plage, ndlr)" allaient "alimenter des années de propagande jihadiste".

[Edit 10h35] Elle persiste et signe

Après le "recadrage" de Manuel Valls actant leurs divergences, Najat Vallaud-Belkacem a assumé ses propos et tweeté la vidéo de son intervention sur Europe 1, le tout accompagné de la phrase "les arrêtés anti-burkini libèrent la parole raciste, il y a là une dérive politique grave."

[Edit 12h15] Valls, ce "néoconservateur"

Dans la foulée de l'affichage de ces désaccords entre Valls et Vallaud-Belkacem (même si cette dernière a affirmé qu'il n'y avait aucune divergences entre eux) a fait réagir le député PS Yann Galut, porte-parole de la Gauche forte. En un tweet, l'élu du Cher fait passer trois messages au Premier ministre : 1. il divise la gauche et son gouvernement ; 2. beaucoup de socialistes "n'en peuvent plus" ; 3. Valls est un "néoconservateur". Tout simplement.

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