Opé com' de Matignon sur TF1 : les ministres "choqués, estomaqués"

Publié à 18h57, le 28 février 2013 , Modifié à 19h13, le 28 février 2013

Opé com' de Matignon sur TF1 : les ministres "choqués, estomaqués"
Montage de captures d'écran
Image Le Lab

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Le reportage était censé mettre en scène l'autorité retrouvée de Jean-Marc Ayrault sur ses ministres. Principale victime: Cécile Duflot, sèchement recadrée lors d'une réunion sur le logement, inscrite à l'agenda du Président de la République. Problème: aucun ministre n'avait été prévenu de cette opération de communication. Selon les informations du Lab, c'est très mal passé auprès des ministres concernés...

TF1 a diffusé, ce mercredi 27 février, un reportage "embed with Jean-Marc Ayrault", dans lequel ces deux poids lourds du gouvernement jouent des rôles clefs.

  

>>> Cécile Duflot: le recadrage :

C'est dans les salons feutrés du Palais de l'Elysée que se déroule la scène. Elle oppose Cécile Duflot à Jean-Marc Ayrault, avec, au centre, François Hollande.

Le contexte: le 17 février dernier, Cécile Duflot réclame dans une interview au JDD moins de rigueur, afin de mener à bien sa politique du logement, arguant que "la réponse à la situation financière de la France ne peut se réduire uniquement à tailler dans les dépenses". C'est avec Delphine Batho, qu'une semaine plus tard, elle fait passer le même message aux caméras de TF1. Delphine Batho lance :

[Des économies] on en a fait déjà en 2013 !

Cécile Duflot insiste dans un sourire :

Beaucoup, oui !
 


Les deux ministres attendent alors d'assister à une réunion de travail sur le plan de rénovation thermique qu'elles ont élaboré. Une mauvaise nouvelle les attend: il va falloir couper dans les dépenses. A la fin de la réunion, les portes s'ouvrent et la camera de TF1 filme alors Cécile Duflot, visiblement énervée. Aux côtés de Pierre-René Lemas, le secrétaire général de l'Elysée, la ministre du Logement est encore prête à en découdre avec ses interlocuteurs. 



On l'aperçoit sortir de la salle, sourire crispé. Elle s'avance vers la camera. Mais - scène rare - François Hollande arrive sur la droite, lui prend le bras, et lui lance :  

Je vous raccompagne, je vous raccompagne.


 


[On aperçoit, en arrière-plan, Rémi Rioux, dossier bleu en main, directeur de cabinet de Pierre Moscovici, en pleine discussion avec Emmanuel Macron, secrétaire général adjoint de l'Elysée]



Une façon de lui faire comprendre qu'il n'est pas question de répondre aux journalistes ? Quoiqu'il en soit, on retrouve Cécile Duflot dans le hall d'entrée du Palais de l'Elysée. Seule. Visiblement informée du recadrage, la journaliste de TF1 lui lance alors que la réunion a été "difficile". La ministre du logement admet tout juste que "c'est une réunion forcément difficile". "Il paraît que Monsieur Ayrault vous a dit 'non'" lui répond son interlocutrice. Et Cécile Duflot de lâcher :

C'est sa fonction !


  

Il a visiblement été expliqué à la journaliste de TF1 que la réunion était une opération recadrage : "Il paraît que la réunion a été agitée", lance ainsi la journaliste de TF1 à la ministre du Logement.

Tous les spectateurs du jité savent en tout cas à présent à quel point la discussion a été agitée.

>>> Laurent Fabius: cajolé

Une gaffe ? Quelle gaffe ? C'est le message que veut afficher le couple Fabius-Ayrault, avec un Premier ministre qui se fait cette fois cajoleur.

Et pourtant ... dans ce reportage destiné à montrer à quel point la communication est fluide, Laurent Fabius persiste et signe sur les chiffres de la croissance.

  

Ainsi, à la journaliste qui lui demande si il a "gaffé" en annonçant, sur RTL, le 19 février, que la prévision de croissance du gouvernement pour 2013 serait "autour de 0,2%, 0,3%", Fabius énonce, sûr de lui :

  

Non non, pas du tout.D'ailleurs, ils ont été annoncés là, il y a peu de temps, et ils sont un peu en-dessous de ce que j'avais dit.


Ce que confirme implicitement le Premier ministre, dans une interview réalisée en dehors de ce plan séquence :

  

En tout état de cause, Fabius n'a pas dit des choses qui sont très éloignées de la réalité ..."
  


Sorte d'encouragement implicite à la cacophonie, tant que les éléments annoncés ne sont pas "trop éloignés de la réalité", quel que soit le prix à en payer en terme d'unité gouvernementale.

  

Problème ? Laurent Fabius se trompe, de nouveau.

Si Bruxelles a annoncé, vendredi 22 février, qu'elle tablait sur un taux de croissance de 0,1% et un déficit de 3,7% du PIB en 2013, les perspectives françaises n'ont pas encore été révisées, Bercy renvoyant à un calendrier, invariable : "le gouvernement [rendra ses prévisions de croissance] lorsqu'il transmettra son programme de stabilité mi-avril", répète ainsi en boucle Bercy depuis plusieurs semaines à présent.

 >>> L'opération "autorité" au 20 heures :

Les ministres filmés dans ce reportage ont-ils découvert la caméra de TF1 ?

"Oui, assurément", répond sans l'ombre d'un doute un conseiller ministériel, non directement concerné par le sujet, mais à qui Le Lab a soumis le reportage pour un petit arrêt sur images.

Exemple avec Cécile Duflot et Delphine Bathot : les ministres apparaissent seules, sans leurs conseillers communication, ce qui est extrêmement inhabituel.Ils ont été manifestement bloqués en dehors de l'Elyséeà ce moment là, avec les autres journalistes.

 Le même décrypte les jeux d’influence en cours au sein du gouvernement

  

Le Premier ministre et/ou le président auraient voulu punir les deux ministres, qui s'étaient toutes les deux démarquées sur la question de l'austérité budgétaire, ils n'auraient pas fait autrement.

Allusion à l’interview donnée par Cécile Duflot dans le JDD, dimanche 17 février et citée plus haut, dans laquelle la ministre de l’Ecologie appelait à limiter les mesures d’austérité.

Une autre conseillère gouvernementale assure, elle, au Lab, que Cécile Duflot et Delphine Batho ont été "choquées", et même "estomaquées" du dispositif retenu, confirmant que les deux ministres ont "découvert les images au JT de 20h de TF1 mercredi".

>>> Bonus Track : Jérôme Cahuzac, "monsieur six milliards" :

On aperçoit également Jérôme Cahuzac dans le reportage. Ministre du budget, et donc en charge des économies à réaliser pour réduire les déficits. La journaliste de TF1 l'interpelle alors sous le surnom de "Monsieur six milliards", en référence aux six milliards d'euros à économiser en 2014. Et le ministre de répondre: "Pourquoi si peu ?" dans un grand éclat de rire...



Voir le reportage de TF1 en intégralité ici :



Antoine Bayet et Thibaut Pézerat 

Du rab sur le Lab

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