Pour Emmanuel Macron, certains éditorialistes "sont à la déontologie ce que Mère Teresa était aux stups"

Publié à 09h52, le 07 septembre 2017 , Modifié à 09h52, le 07 septembre 2017

Pour Emmanuel Macron, certains éditorialistes "sont à la déontologie ce que Mère Teresa était aux stups"
Emmanuel Macron © PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP
Image Sylvain Chazot


REBELOTE – Qu'on se le dise : Jean-Luc Mélenchon n'a pas le monopole des critiques contre la presse en cette rentrée 2017. Emmanuel Macron a, par exemple, expliqué lundi 4 septembre, à un reporter de France 2, que les journalistes parlent trop d'eux. L'ambiance est donc plutôt sympa entre la presse et certains politiques.

Le livre de Philipe Besson sur les coulisses de la campagne présidentielle du candidat d'En marche ne devrait pas améliorer les choses. L'Obs publie ce jeudi 7 septembre des extraits d'Un personnage de roman (éd. Julliard). Proche du Président, le romancier livre des confidences, des instants glanés durant cette folle campagne pour l'Élysée, qu'il a pu suivre de l'intérieur.

Durant cette course, plusieurs médias avaient été accusés de faire la promotion d'Emmanuel Macron. Mais visiblement, ce n'était pas l'avis du futur Président. Dans son livre, Philippe Besson rapporte les mots du candidat contre certains éditorialistes. Attention les yeux, les propos tenus sont violents :

Ils disent à mon sujet : 'il ne veut pas jouer avec nous'. Eh bien non, je ne veux pas jouer avec eux. Franchement, il y a en a qui sont à la déontologie ce que Mère Teresa était aux stups. Ils me donnent des leçons de morale alors qu'ils sont dans le copinage et le coquinage depuis des années.

Le nouveau porte-parole de l'Élysée devrait apprécier.

La tension avec les journalistes avait atteint son comble après la soirée organisée au restaurant La Rotonde, au soir du premier tour de la présidentielle. Emmanuel Macron s'était violemment énervé contre un journaliste de Quotidien qui lui demandait si cette séquence était son Fouquet's à lui, du nom du restaurant où Nicolas Sarkozy avait fêté sa victoire en 2007.

Peu après, le candidat s'est confié à Philippe Besson. "La Rotonde ? J'assume totalement. C'est pour nous. On fête ça [le succès au premier tour, NDLR] avec les gens qui ont fait et je les emmerde [les commentateurs]. C'étaient pas des people, c'étaient des courageux", avait-il dit, ajoutant :

Je protégerai les faibles et je célébrerai les braves, c'est la France que je veux. Je ne leur céderai rien. Qu'ils aillent à Montretout chercher les châteaux. Chez moi, on fait et on fête.

Montretout, soit précisément là où vit Jean-Marie Le Pen et, jusqu'en 2015, Marine Le Pen, son adversaire du second tour de la présidentielle. Une adversaire qui n'arrêtait pas d'expliquer, à longueur d'interventions, que les éditorialistes faisaient campagne pour Emmanuel Macron. Bref, c'est compliqué.

Les intellectuels en prennent aussi pour leur grade, remarquez. Alain Badiou, Michel Onfray, Emmanuel Todd, Alain Finkielkraut et Régis Debray, pour ne citer qu'eux, "n'intéressent pas tellement" Emmanuel Macron. Précision du candidat :

Ils regardent avec les yeux d'hier, le monde d'hier. Ils font du bruit avec de vieux instruments. Pour une large part d'entre d'eux, ça fait longtemps qu'ils n'ont pas produit quelque chose de renversant.

Et le candidat d'estimer que ces intellectuels-là ne proposent rien. "Ils sont sur leur Aventin. Ils n'aiment pas l'action politique mais vivent de son commentaire. Ils sont devenus des éditorialistes. Des esprits tristes englués dans l'invective permanente. Ce qu'ils détestent, c'est l'idée même d'une réconciliation. Je leur préfère de vrais penseurs. Jürgen Habermas, par exemple. On se situe à un autre niveau", avait-il asséné.

+1 pour la classe de critiquer quelqu'un en citant Habermas.

 



[BONUS TRACK] "Par défaut"

Comme beaucoup de Français, Emmanuel Macron s'est copieusement ennuyé durant le débat télévisé rassemblant tous les candidats du premier tour de la présidentielle. Les prouesses médiatiques de Philippe Poutou n'y ont rien changé.

Au sortir du débat, Emmanuel Macron était donc plutôt déçu. "J'ai éprouvé peu de sensations. En fait, je déteste ce genre d'exercice : c'est trop formaté", avait-il confié à Philippe Besson. Et s'il estimait s'en être plutôt bien sorti, ce n'était pas forcément grâce à lui. Il dit :

À mes yeux, je n'ai pas été bon, mais les autres ont été plutôt mauvais. Si je gagne, c'est par défaut. […] J'avais beaucoup à perdre et je n'ai pas perdu.

Et ça, tout le monde ne peut pas en dire autant.

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