Pour Éric Ciotti, François Hollande a "clairement" été "élu grâce à un islam politique"

Publié à 08h55, le 25 août 2016 , Modifié à 14h26, le 25 août 2016

Pour Éric Ciotti, François Hollande a "clairement" été "élu grâce à un islam politique"
Éric Ciotti © VALERY HACHE / AFP

Éric Ciotti est le porte-parole d'un Nicolas Sarkozy désormais en campagne. Aspirant ministre de l'Intérieur en cas de victoire à la primaire puis à la présidentielle, le député LR des Alpes-Maritimes se veut à la fois le porte-voix d'une critique sans concession de François Hollande, de son action et de son bilan, et de la lutte contre le "communautarisme" et le terrorisme. Ainsi fait-il d'une pierre deux coups, jeudi 25 août sur RTL.

Revenant sur les arrêtés anti-burkini pris par un certain nombre de maires LR depuis quelques semaines, le président du Conseil général des Alpes-Maritimes accuse le ministre de l'Intérieur d'avoir "fait marche arrière" sur ce sujet, alors que Manuel Valls avait soutenu cette démarche. Mercredi, à l'issue d'une rencontre avec le président du Conseil français du culte musulman et alors que des femmes simplement voilées sur les plages sont verbalisées, Bernard Cazeneuve ne s'est pas opposé, par principe, à ces arrêtés anti-burkini, mais a rappelé qu'ils devaient être appliqués "dans un cadre de mesures rigoureusement proportionnées, sans conduire à la stigmatisation ou à l'antagonisme poussant des Français les uns contre les autres".

Ne s'attardant pas sur cette nuance, Éric Ciotti a déroulé sur les "lâchetés permanentes" du gouvernement et du chef de l'État, qu'il accuse d'avoir "été élu grâce à un islam politique" :

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- Éric Ciotti : Ces arrêtés ont été jugés légaux par un tribunal administratif. Le Premier ministre a soutenu les maires et hier le ministre de l’Intérieur fait marche arrière. On croit rêver. On est dans ces lâchetés permanentes qui habitent le gouvernement actuel parce que monsieur Hollande paye le prix de l’addition de 2012. Il a été élu quelque part grâce à un islam politique [...].



- RTL : Il a été élu grâce à un islam politique ? François Hollande ?



- Éric Ciotti : Très clairement, je le dis, il y a eu un soutien très massif, toutes les analyses le disent. Il y a eu cette expression.



- RTL : Mais pas un islam politique. Un islam politique ?



- Éric Ciotti : Oui, il y a aujourd’hui cette revendication d’un islam politique en France, qu'il faut combattre comme il faut combattre toute forme de communautarisme.



- RTL : Mais pourquoi dites-vous que François Hollande a été élu grâce à un islam politique ?



- Éric Ciotti : Bah, je vous invite à regarder toutes les enquêtes de sciences politiques qui précisent la sociologie de son électorat.



- RTL : Que les musulmans français aient voté pour François Hollande c'est une chose, mais qu'il s'agisse d'un islam politique c'en est une autre.



- Éric Ciotti : On voit bien qu’à l’époque il y a eu des appels. Et il y a aujourd’hui une grande difficulté de la part de ce pouvoir à combattre le communautarisme. Et on voit bien qu'une partie de la gauche - pas toute la gauche, c'est pas le cas du Premier ministre - [est] prisonnière aujourd'hui d'une approche communautariste de la société qui est dangereuse, que nous combattons et que nous combattrons sans cesse. 

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Les études d'opinion ont en effet montré qu'une immense majorité des Français de confession musulmane qui ont voté au second tour de la présidentielle 2012 ont glissé un bulletin "François Hollande" dans l'urne. Reste à savoir comment Éric Ciotti sait qu'il s'agissait là d'une revendication tenant de "l'islam politique", qui suppose un projet de société fondé sur la primauté de la loi religieuse. Une notion que le porte-parole de Nicolas Sarkozy ne détaille d'ailleurs pas.

Dans l'après-midi, le Parti socialiste s'est insurgé contre les déclarations d'Éric Ciotti. Dénonçant "une affirmation monstrueuse dans la période que nous traversons et une déclaration profondément anti-républicaine", le PS a demandé au porte-parole de Nicolas Sarkozy de s'expliquer : 

 

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Nous exigeons du député des Alpes-Maritimes qu’il revienne immédiatement sur ses propos et demandons au Parti Les Républicains de les condamner avec la plus grande fermeté

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Ce jeudi, la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a estimé que "la prolifération des arrêtés anti-burkini n’est pas bienvenue", jugeant que "cela libère la parole raciste" et y voyant une "dérive dangereuse pour la cohésion nationale". En total désaccord avec Manuel Valls, donc. Le Premier ministre qui, tout en répétant son opposition au burkini et son soutien aux arrêtés visant à l'interdire, a demandé du "discernement et de la lucidité aux agents" de police chargés de les faire respecter. Et d'ajouter : "Tout ce qui peut apparaître comme une stigmatisation [...] est condamnable."

Soit la même position que Bernard Cazeneuve : sanctionner le port du burkini mais pas celui du simple voile (qui est totalement légal). Et ce même si, dans la lignée de Nicolas Sarkozy, Manuel Valls a vu dans le port de ce dernier un acte "politique"...



[EDIT 14h25] Ajout communiqué du PS

 

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