Pour Jean-François Copé, le référendum n'est pas "le vote d'une grande démocratie"

Publié à 13h19, le 27 juin 2016 , Modifié à 13h19, le 27 juin 2016

Pour Jean-François Copé, le référendum n'est pas "le vote d'une grande démocratie"
Jean-François Copé © JOEL SAGET / AFP

Le professeur Jean-François Copé a toujours quelque chose à dire. Aujourd'hui : le rôle du référendum dans une démocratie.

C'est joli, un référendum. Cela permet de demander leur avis aux citoyens, de voir ce qu'ils pensent d'un sujet en les interrogeant directement plutôt qu'en interprétant des sondages. C'est pratique aussi, un référendum, puisque que comme l'a légèrement montré le traité de Lisbonne en 2007, deux ans après le "non" français sur la Constitution européenne, les dirigeants ne se sentent pas forcément tenus par le résultat d'une telle consultation (n'est-ce pas EELV ?). C'est jovial, enfin, un référendum, puisqu'on crée un rendez-vous électoral dans une période où, a priori, aucune élection n'était prévue.

C'est tout cela à la fois, un référendum.

En revanche, s'il y a quelque chose que le référendum n'est pas, c'est le summum de la démocratie. C'est en tout cas l'avis de Jean-François Copé qui, ce lundi 27 juin sur France Inter, détaille les inconvénients de ce scrutin à ses yeux. Après avoir estimé que le Royaume-Uni, en choisissant le Brexit, "a voté contre l'avis de sa jeunesse", le candidat à la primaire de la droite développe :

 

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Je pense qu'il faut avoir le courage de dire aux Français que le référendum, en réalité, ce n'est pas le pouvoir de décider. C'est, au mieux, le pouvoir de s'opposer. […] On voit bien que la vraie légitimité du vote, c'est de choisir ses dirigeants sur la base d'un programme. Ce n'est pas, en plein milieu d'un mandat, de dire : 'ha bah comme j'étais pas très au clair lorsque je me suis fait élire, j'aimerais que vous me disiez ce que vous pensez de l'Europe'. Sinon qu'est-ce qu'il se passe ? Le vote est détourné. Et c'est exactement ce qu'il s'est passé [au Royaume-Uni].

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Jean-François Copé admet volontiers être "à contre-courant" de la pensée dominante dans son camp sur ce sujet. Il le sait. Il en rajoute, prenant l'exemple du référendum de 2005, suivi du traité de Lisbonne, montrant ainsi que tout cela ne sert vraiment à rien. "On a détourné la décision du référendum pour finalement faire un traité à trois quarts de qui avait été décidé, donc un compris tiède. A-t-il pour autant relancé la dynamique européenne ? Bah bien sûr que non", note-t-il.

Cela est donc étonnant venant de la part d'un responsable politique. D'où ce dialogue à couteaux tirés entre Léa Salamé et Jean-François Copé :

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-          Jean-François Copé : Il y a des choses à faire pour l'Europe. Mais ces choses à faire, elles ne doivent pas prendre la forme d'un traité qui va prendre encore des mois et des années et qui va se solder, parce que c'est la tentation ambiante, par un référendum où les électeurs voteront selon l'atmosphère du moment. Et pour peu que les choses n'aillent pas bien, eh bien ils revoteront 'non' et on va donc se tromper…



-          Léa Salamé : On va se tromper ? Non mais pardon…



-          Jean-François Copé : Oui, on va se tromper d'interprétation du texte.



-          Léa Salamé : Si le peuple dit 'non', le peuple se trompe ?



-          Jean-François Copé : Non mais ça, c'est des clichés.



-          Léa Salamé : Non !



-          Jean-François Copé : Encore une fois…



-          Léa Salamé : Non !



-          Jean-François Copé : Ce qui fait la différence c'est l'élection…



-          Léa Salamé : C'est la démocratie monsieur Copé.



-          Jean-François Copé : Non… Bien, écoutez, vous n'êtes pas la grande démocrate et moi qui ne le serait pas.  



-          Léa Salamé : Non, je ne dis pas ça. Je ne suis pas en train de m'improviser grande démocrate. Vous dites : 'si le peuple dit non, le peuple a tort'.



-          Jean-François Copé : Non, je ne dis pas que si le peuple dit non, le peuple a tort. Je dis qu'en réalité, les électeurs, et vous le savez comme moi, bien souvent ne répondent pas à la question posée. On le sait tous.



-          Léa Salamé : L'électeur est débile.



-          Jean-François Copé : [Silence] Écoutez, nous sommes en désaccord là-dessus. J'assume ma responsabilité. Pour moi le vote d'une grande démocratie, c'est le choix de ses dirigeants sur la base d'un programme qui soit clair, argumenté et chiffré.

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Après la victoire du Brexit, vendredi, plusieurs cadres LR se sont prononcés en faveur d'un nouveau traité européen, traité qui pourrait donc être soumis à référendum. "Si j’étais en situation, je proposerais que la France et l’Allemagne mettent sur la table des chefs d’État et de gouvernement un projet en cinq points en interdisant à la technocratie bruxelloise de le transformer en monstre juridique", ainsi déclaré Nicolas Sarkozy au JDD.

Ce lundi, Alain Juppé a pour sa part estimé, auprès du Monde, qu'organiser "un référendum aujourd'hui en France serait totalement irresponsable". 

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