Pour le député LR Julien Aubert, "un vrai député a d’autres choses à faire que garder des factures"

Publié à 19h06, le 01 juin 2017 , Modifié à 19h06, le 01 juin 2017

Pour le député LR Julien Aubert, "un vrai député a d’autres choses à faire que garder des factures"
Julien Aubert, un "vrai député". © MARTIN BUREAU / AFP
Image Victor Dhollande-Monnier


NON MAIS ALLÔ, DES NOTES DE FRAIS - Il n’aura pas fallu attendre très longtemps pour voir un député tout colère contre la loi de moralisation de la vie publique – qui s’appellera finalement "loi pour la confiance dans notre vie démocratique". En présentant ce jeudi 1er juin les contours de la réforme, François Bayrou a annoncé entre autres deux révolutions pour les députés : les remboursements au réel des frais de mandat des parlementaires et la suppression de la réserve parlementaire. Une heure à peine après ces annonces, le député LR Julien Aubert a estimé sur RMC.fr que ces mesures étaient "une fausse bonne idée".

L’élu LR du Vaucluse s’en prend d’abord à la suppression de la réserve parlementaire. "C'est scandaleux et démagogique", estime-t-il. Il dit :

Vouloir supprimer la réserve parlementaire, c'est scandaleux et démagogique. Ce sont des milliers d'associations qui risquent de disparaître demain parce qu'on estime qu'un élu, par définition, fait du clientélisme dès qu'on lui met de l'argent entre les mains. Il faut alors aller au bout de la logique et supprimer toutes les subventions des conseils généraux et régionaux parce que ce sont des volumes beaucoup plus importants, avec des risques de clientélisme encore plus grand ! […] La réserve parlementaire, c'est le dernier maillon qui permet à des milliers de petites associations de survivre alors qu'on a baissé les ressources des collectivités ces dernières années.

Sauf que, dans sa critique, Julien Aubert oublie un *petit* détail. 90 millions d'euros sont versés chaque année aux députés, 56 millions aux sénateurs. La réserve sert généralement à financer des associations et des collectivités de la circonscription de l'élu. Mais cet argent ne va pas disparaître du tout. "Le montant correspondant à l'actuelle réserve parlementaire dotera, dans la prochaine loi de finance, un fond d'action pour les territoires, notamment ruraux, les petites communes, et les projets d'intérêt général", a précisé François Bayrou. Autrement dit, ce ne seront plus les députés qui décideront d’attribuer telle ou telle subvention mais ce fameux fond d’action pour les territoires.

Mais Julien Aubert est aussi très remonté contre les remboursements au réel des frais de mandat des parlementaires. Jusqu’à présent, les députés disposaient d’une enveloppe de 5.770 euros par mois pour couvrir leurs frais de mandat. Avec la loi Bayrou, si elle est adoptée, les députés devront justifier toutes leurs dépenses. Ce qui pose un gros problème à Julien Aubert :

L'autre mesure scandaleuse, c'est de demander aux parlementaires de fournir des preuves de leurs dépenses. Lorsqu'on est un vrai député et qu'on travaille, on a d'autres choses à faire que de garder toutes les factures et de les envoyer.Ça va être un bazar innommable ! Certes, il y a des frais qui se répètent, comme les frais de voiture ou de permanence. Mais chaque fois qu'on fait un repas, un dépôt de gerbes, qu'on achète des stylos pour la permanence on va devoir donner des justificatifs ? Ça va provoquer un engorgement des services de l'Assemblée, c'est une fausse bonne idée.

Au Lab, on s'est quand même demandé ce que Julien Aubert entend derrière sa notion de "vrai député". On a évidemment pensé au sketch des Inconnus [voir ici en vidéo] mais ça ne nous a pas vraiment aidé à y voir plus clair. 

Pour conclure, Julien Aubert estime que cette "fausse bonne idée" aura une conséquence grave. "A force de considérer qu'en démocratie il faut payer le plus mal possible, et que c'est un gros mot de dire qu'on doit rémunérer au juste niveau des efforts fournis, on attirera les moins bons et ceux qui font ça pour de mauvaises raisons", assure-t-il. 





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