Pour Macron, les anti-mariage pour tous ont été "humiliés" par Hollande

Publié à 12h17, le 16 février 2017 , Modifié à 20h41, le 16 février 2017

Pour Macron, les anti-mariage pour tous ont été "humiliés" par Hollande
Tel de Gaulle à Alger, Emmanuel Macron a compris La Manif Pour Tous © JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
Image Etienne Baldit


JE VOUS AI COMPRIS - C'est une phrase par laquelle l'ancien ministre devenu candidat tente de faire d'une pierre deux coups : 1) une attaque frontale concernant la méthode de gouvernance de François Hollande visant à se démarquer du quinquennat dont il est comptable et 2) un gros appel du pied à l'électorat conservateur, a priori acquis à François Fillon, qu'il doit aussi conquérir pour espérer une qualification au second tour. Ou quand Emmanuel Macron travaille sa posture d'homme transcendant les clivages politiques au moyen d'un gros coucou aux opposants au mariage pour tous.

Dans une interview à L'Obs en kiosque jeudi 16 février, le leader d'En Marche ! revendique une nouvelle fois de "parler" à tout le monde, à gauche comme à droite et même plus loin, à l'écrivain Erik Orsenna comme au polémiste Éric Zemmour ou encore à Philippe de Villiers. "Je suis en désaccord total avec le politique Villiers, mais j'admire l'entrepreneur culturel. Je suis également en désaccord avec Zemmour. Mais ce sont des gens avec qui je parle", fait valoir Emmanuel Macron.

C'est là qu'intervient, de but en blanc, le gros signal adressé à La Manif Pour Tous et ses sympathisants qui est aussi un violent scud à François Hollande :

Une des erreurs fondamentales de ce quinquennat a été d'ignorer une partie du pays qui a de bonnes raisons de vivre dans le ressentiment et les passions tristes.C'est ce qui s'est passé avec le mariage pour tous, où on a humilié cette France-là. Il ne faut jamais humilier, il faut parler, il faut 'partager' des désaccords.

Voilà qui, de manière à peine voilée, reprend donc l'un des arguments principaux des manifestants opposés à l'ouverture du mariage aux couples de même sexe : La Manif Pour Tous a toujours estimé avoir été méprisée par le pouvoir qui n'a pas correctement reçu ses représentants, malgré la présence de centaines de milliers de personnes battant le pavé des semaines durant. Ce qui a donné naissance au cri du cœur devenu culte de "dictature socialiste" - un mot d'ordre qui omettait *légèrement* qu'il était à l'évidence permis de manifester et d'exprimer son opinion en France, contrairement à un régime autoritaire.

Emmanuel Macron a précisé dans la soirée à Causette, lors d'une interview en direct sur le compte Facebook du magazine, qu'il était "favorable à la loi du mariage pour tous. Je la protégerai et la défendrai" alors que "d'autres candidats veulent la remettre en cause", a-t-il assuré. En revanche, il a regretté "la méthode" employée au moment du passage de cette loi.



Il fallait aller vite et ne pas laisser s'installer une espèce de débat qui a clivé profondément la société et a donné le sentiment à une partie qu'ils n'étaient pas entendus. C'est uniquement ce que j'ai ici voulu dire.

Emmanuel Macron revendique ici une autre méthode, plus ouverte, plus tolérante, du débat politique, y compris avec "des gens" avec qui il est "en total désaccord". Et ce en s'en prenant au seul véritable totem de ce quinquennat, argument massue durant la campagne de 2012 qui fait aujourd'hui, dans l'esprit de nombreux sympathisants de gauche mais pas seulement, figure d'unique grande avancée sociétale du mandat de François Hollande. Mandat qu'il a contribué à façonner avant d'en être un acteur majeur.

On appelle cela être en campagne. Et au passage, on pense très fort à ceux qui l'accusent d'être soutenu par "un très riche lobby gay"...

[Edit 20h39] Ajout déclarations d'Emmanuel Macron à Causette

Il semblerait toutefois que cela n'ait pas suffi à convaincre La Manif Pour Tous de se mettre "en marche". Sur Twitter, le mouvement fustige la "magie mystique indécente" d'Emmanuel Macron (référence à ceci) et rappelle qu'au moment du vote de la loi Taubira (et de leur "humiliation"), ce dernier était secrétaire général adjoint de l'Élysée, donc en position de discuter avec eux :





Traduction : merci mais non merci.

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