Pour Marion Maréchal-Le Pen, nous sommes dans une "guerre identitaire"

Publié à 11h23, le 27 juillet 2016 , Modifié à 20h05, le 27 juillet 2016

Pour Marion Maréchal-Le Pen, nous sommes dans une "guerre identitaire"
© Gif via captures d'écran BFMTV

De nombreux politiques ont appelé à ne pas tomber dans le piège de la guerre de religions après l’assassinat du prêtre Jacques Hamel, 86 ans, par deux terroristes se réclamant de Daech, mardi 26 juillet dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). C’est le cas de Jean-Pierre Raffarin, Nadine Morano ou encore Jean-Luc Mélenchon.

Mais alors que le député LR Georges Fenech a appelé à ne pas tomber dans la division, Marion Maréchal-Le Pen a opposé, sur BFMTV ce mercredi, au concept de "guerre de religions" celui de "guerre identitaire" :

- Journaliste : Est-ce qu’on est dans une guerre de religions ?



- Marion Maréchal-Le Pen : Non, je pense qu’on est dans une guerre identitaire. Je pense que ce fanatisme religieux est la traduction d’une carence identitaire de ces personnes, qui y voient un nouveau moyen d’identification parce qu’ils n’ont pas été capables, ou parce qu’on n’a pas réussi à leur imposer, en réalité, le modèle culturel français de l’assimilation.

Si l’on suit le raisonnement de la députée FN du Vaucluse, les Français qui se tournent vers le djihadisme sont ceux qui n’ont pas assimilé le mode vie français. Elle embraye sur une vive critique du "multiculturalisme", en expliquant que, les cultures étrangères, c’est bien, mais tant qu’elles restent à l’étranger :

Moi précisément, je réfute le multiculturalisme comme une richesse. Il y a évidemment de très belles cultures à l’étranger, mais la seule culture qui devrait avoir droit de cité en France, c’est la culture française. On a laissé tolérer l’importation de cultures étrangères qui sont parfois d’ailleurs radicalisées, dans lesquelles ces personnes se sont enfermées. Je crois que c’était un très mauvais modèle particulièrement conflictuel.

Selon Marion Maréchal-Le Pen, il existe "une forme de mépris de la France", qui serait alimenté "par les élites et par l’Education nationale" qui met "parfois en exergue certains épisodes". Mais elle ne précise pas de quels "épisodes" il s’agit.

La solution proposée par la nièce de Marine Le Pen ? "Faire une révolution intellectuelle". Ce qui consiste, pour Marion Maréchal-Le Pen, à durcir la politique d’immigration, en supprimant "le regroupement familial et le droit du sol" ou en mettant en place des "conditions beaucoup plus exigeantes pour la naturalisation".

[BONUS TRACK] Double intox

A propos précisément du seul terroriste identifié de l’attaque du 26 juillet, qui avait tenté par deux fois de rejoindre la Syrie, Marion Maréchal Le Pen a dit :

- Marion Maréchal-Le Pen : A son retour de Syrie, cette personne aurait dû être immédiatement déchue de la nationalité française, condamnée au titre d’intelligence avec l’ennemi et expulsée à la fin de sa condamnation.



- Journaliste : Expulsée où ?



- Marion Maréchal-Le Pen : Dans son pays d’origine… si tant est qu’il soit double national, parce qu’évidemment on ne peut pratiquer la déchéance que dans le cas de la double-nationalité.



- Journaliste : Mais on n’a pas encore tous les éléments...



- Marion Maréchal-Le Pen : Oui enfin, vous avez dans l’immense majorité des cas des terroristes qui ont frappé la France des double nationaux.

Marion Maréchal-Le Pen reprend donc la proposition portée par Marine Le Pen de juger les djihadistes pour "intelligence avec l’ennemi" en vertu de l’article 411-4 du code pénal… ce qui serait inapplicable, selon la juriste Stéphanie Aubert, spécialiste de l'article 411 citée par Les Décodeurs du Monde.

Par ailleurs, la députée FN propose de déchoir de sa nationalité française le terroriste, sans même savoir s’il possède effectivement la double-nationalité (selon Le Monde, plus tard dans la matinée, Adel K. serait Franco-Algérien). Peu importe pour Marion Maréchal-Le Pen, qui explique que de toute façon, les terroristes qui ont frappé la France sont "dans l’immense majorité des cas des double-nationaux". Ce qui est complètement faux : si l’on prend la liste des auteurs d’attentats ou de projets d’attentats de ces dernières années, seuls deux d’entre eux (Mohamed Merah et Abdelhamid Abaaoud) possédaient deux nationalités. La plupart des autres étaient uniquement Français, comme l’ont rappelé Les Décodeurs.

[EDIT 12h] Précision ajoutée : l'article 411-4 du code pénal n'est pas applicable pour les djihadistes, selon la juriste spécialiste de cet article.

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